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Monde

Première année de Donald Trump

Une année dans l’ère Trump : calamité totale ou routine habituelle ?

Depuis l'élection de Trump c'est comme si toutes nos peurs étaient devenues réalité, et que le monde que nous connaissions s'était écroulé. Ou pas ? Alors que les élections de mi-mandat deviennent déjà le sujet de toutes les discussions, il est important de mesurer l'impact qu'a eu Trump depuis son accession au pouvoir.

Traduction de Left Voice

Le 20 Janvier 2017, il y a un an jour pour jour, Donald Trump Junior devenait le 45ème président des Etats-Unis. Ce 20 Janvier 2018, le pays était à nouveau paralysé par des protestations massives regroupant plus d’un million de personnes prenant la rue pour la seconde édition de la marche des femmes. En parallèle de l’imminent "Shutdown" du gouvernement américain, des centaines de personnes ont manifesté pour exprimer leur désaccord et leur dégout à l’égard du président Donald Trump. Au niveau international, Trump est vu comme un clown raciste. Ses commentaires insultants sur Haïti, Le Salvador et les pays africains ont intensifié la colère du monde contre son administration.

L’année dernière a connu de nombreuses catastrophes naturelles sans précédent dans le monde entier. Inondations, ouragans, incendies forestiers et glissements de terrain ont fait des centaines de morts, et la majeure partie de Puerto Rico est toujours sans gaz ni électricité et l’administration Trump ne lève pas le petit doigt pour leur venir en aide. Plusieurs journaux internationaux laissent par ailleurs entendre que la guerre nucléaire est plus proche qu’elle ne l’a jamais été depuis des dizaines d’années. Depuis l’élection de Trump c’est comme si toutes nos peurs étaient devenues réalité, et que le monde que nous connaissions s’était écroulé. Ou pas ? Alors que les élections de mi-mandat deviennent déjà le sujet de toutes les discussions, il est important de mesurer l’impact qu’a eu Trump depuis son accession au pouvoir. Forcement, la première sensation d’horreur ressentie au lendemain de l’élection a cédé la place a un état permanent de stupeur, mélangé à du dégout, de la colère et quelque chose ressemblant parfois à de l’amusement. Le cataclysme qui nous paraissait imminent ce lendemain de 8 novembre 2016 (le jour ou il est devenu "President elected") ne s’est pas encore produit, mais de nombreuses actions mises place par l’administration Trump ont eu des effets catastrophiques et ont beaucoup alarmé. Alors. Trump a-t-il changé le monde en un an ?

C’est certain ; le bureau du président américain n’a pas lésiné en annonces inquiétantes voir carrément terrifiantes : l’escalade incessante avec la Corée du Nord, l’annonce de la sortie des accords climatiques de Paris, la proposition d’annulation du DACA et du TPS (deux mesures de protections temporaires des immigrés) et la loi de réforme fiscale. S’il y a quelque chose de sûr, c’est que le futur avec Trump est plus qu’incertain. D’ailleurs, c’est exactement ce que l’émission de téléréalité de Trump vendait à son public : une incertitude spectaculaire !

Personne ne peut denier que ce fut un bien étrange voyage, un peu comme un voyage au cirque, sauf que vous ne pouvez pas rentrer chez vous au bout d’une heure car l’étrange performance continue. Ses tweets outrageux ne cessent pas, les démissions et scandales tombent encore et les parents ont pris l’habitude de couvrir les oreilles de leurs enfants lorsqu’ils entendent Trump parler à la radio. Cependant, les répercussions du comportement "peu présidentiel" de Trump ne semblent avoir comme conséquences que de nouvelles questions sur sa santé mentale. Le problème c’est que cette indignation basée principalement sur des questions morales ne peut pas être un terreau révolutionnaire. Il semble y avoir une limite aux intentions éclairées de ceux qui souhaitent établir un diagnostique médical du nouveau "leader of the free world" afin de prouver une pathologie narcissique ou une forme de démence. Finalement toutes ces discussions restent, à bien des égards, une distraction.

Qu’est ce qui a réellement changé depuis que Donald Trump est entré à la Maison Blanche ? Bien plus que ses prédécesseurs, il a failli à nombre de ses engagements. Le fameux mur qu’il promettait de construire à la frontière mexicaine reste un grand point d’interrogation (tout comme la question de son financement), l’interdiction annoncée de voyager pour les musulmans est largement contestée par les tribunaux et l’eau stagnante des marais qu’il proposait de drainer semble plus stagnante que jamais. D’un autre côté, les attaques de son administration contre les migrants, sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et donc son soutien à l’apartheid israélien, ainsi que ses positions d’extrême droite sur de nombreux sujets causent la destruction de milliers de vies et de moyens qu’avaient les gens pour survivre, aussi bien aux Etats-Unis que dans le reste du monde.

Les ouvriers blancs ayant voté pour Trump l’ont principalement fait espérant une amélioration de leurs conditions de vie. Il a été démontré à plusieurs reprises depuis l’élection que la base de Trump n’est en réalité pas la classe ouvrière du tout. Cependant, si un tiers des électeurs de Trump a un revenu familial inférieur à 50 000$ et un autre tiers en a un inférieur à 100 000$, c’est bien que la majeure partie de ces gens sont pauvres ou de classe moyenne, ce qui signifie qu’ils luttent pour joindre les deux bouts à la fin du mois. La rhétorique raciste de Trump est peut-être ce qui a attiré cette population mais le racisme est un instrument du capitalisme, utilisé pour masquer et approfondir les contradictions économiques.

En réalité, l’intolérance et la haine ne peuvent aider à « récupérer nos emplois ». Les salaires sont restés les mêmes pendant la première année du gouvernement Trump tout comme le chômage qui n’a pas baissé. Réduire les impôts des entreprises peut, ou non, générer une hausse de l’emploi (de fait la réduction d’impôts des entreprises en vue de diminuer le chômage est un facteur très peu fiable), mais engendre quasi systématiquement une augmentation des inégalités sociales. Expulser des migrants ne bénéficie pas plus aux travailleurs qui sont nés dans le pays ; ce n’est rien de plus qu’un exercice d’inhumanité et un écran de fumée politique qui obscurcit la réalité de ce qu’est de vivre et travailler dans le pays le plus riche du monde où presque la moitié de la force de travail vit dans la pauvreté (moins de 15$ de l’heure), plus d’un demi-million de personnes est sans-abri et où la crise du système de santé n’a pas diminué. Cependant, blâmer Trump ou se concentrer sur son comportement erratique dans cette situation serait faux et n’aurait aucun sens.

Comme les mouvements de droite se sont renforcés au cours de la dernière année, les inégalités économiques ont augmenté de façon abrupte. Une boule de cristal n’est pas nécessaire pour prédire une redistribution continue des richesses du bas vers le haut. Cette tendance est un phénomène mondial, mais elle est particulièrement marquée aux Etats-Unis. Comme l’indique le Rapport mondial sur l’inégalité 2018, en Europe et aux États-Unis, 1% des adultes gagnaient environ 10% du revenu national en 1980. En Europe ce chiffre est passé à 12%, aux États-Unis, il a atteint 20%. Au cours de la même période aux États-Unis, les revenus annuels pour les 1% les plus riches ont augmenté de 205%, et pour les premiers 0,001%, ils sont de 636%. En comparaison, le salaire annuel moyen des 50% les plus pauvres a stagné depuis 1980.

Le fait que les disparités sociales augmentent constamment aux Etats-Unis et dans le reste du monde indique que Trump fait partie du problème plutôt d’être le problème. Contrairement à son auto-proclamation en tant qu’anti-politicien anti-establishment qui se bat pour les travailleurs américains, ce président remplit efficacement les ordres de la classe dirigeante, dont il est lui-même l’exemple emblématique, détournant notre attention des vraies raisons qui causent la souffrance généralisée. Il se trouve que ce président « inapte » est remarquablement apte à créer de l’indignation sur des choses qui, finalement, ont très peu à voir avec les problèmes contre lesquels luttent les travailleurs et les opprimés.

Étant donné que 15% des Américains souffrent de troubles de la personnalité et environ 18% ont des troubles de santé mentale, il est parfaitement possible que Trump en fasse partie, mais cela n’explique pas pourquoi les conditions matérielles des Américains s’aggravent continuellement. Il est facile d’être étonné du vocabulaire limité de « The Donald », de sa bouche de « vestiaire / table de cuisine » et de son racisme et de sa misogynie presque insondables, ou même de son ego ridiculement gonflé. Cependant, ce qui est encore plus étonnant, c’est la façon dont la classe capitaliste mondiale a pu mettre en place des mécanismes toujours plus performants tranférer de la richesse des travailleurs aux propriétaires. Oui, Trump est dangereux. Il est aussi le visage hideux de l’Etat dans le capitalisme néolibéral.

Si l’on passe outre les fanfaronnades et le mélodrame, Trump a plus en commun avec les présidents républicains précédents comme Reagan, Bush et George W. Bush, et même avec les présidents démocrates comme Clinton et Obama, qu’il ne pourrait sembler - et certainement plus qu’il voudrait nous le faire croire. Le « changement » qu’ils étaient tous censés apporter a résonné chez tous les gens qui désirent une vie meilleure, mais s’est invariablement changé en la même chose. L’affirmation fréquemment répétée de Marx selon laquelle "l’exécutif de l’Etat moderne n’est rien de plus qu’un comité chargé d’administrer les affaires communes de toute la bourgeoisie" reste vraie. Peu importe que le comité soit plus ou moins attrayant, charismatique ou non conventionnel, il fera nécessairement l’impossible pour maintenir le statu quo au service de sa classe.

Après que Trump a remporté l’élection, des milliers de jeunes, inspirés par le « socialisme démocratique » de Bernie Sanders, ont commencé à affluer vers le DSA (Parti socialiste démocratique d’Amérique), et on a alors beaucoup parlé d’une « ouverture » pour la gauche. Il y a eu d’autres développements importants notamment, plus récemment, le mouvement #MeToo. Le défi pour la gauche reste la tâche de construire une organisation politique forte unissant les luttes contre toutes les formes d’oppression et contre l’exploitation capitaliste. Ce que l’année dernière a montré plus que tout, c’est que la lutte contre l’injustice doit être menée comme une lutte contre le système capitaliste, contre ceux qui veulent nous faire croire que cela ne concerne que la figure de Trump, qu’il faut lutter pour protéger les membres les plus vulnérables de la classe ouvrière et faire avancer les intérêts de notre classe dans son ensemble.

Photo credits Reuters




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