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Monde

Bruxelles contre les travailleurs

Une « approche commune » de l’Union Européenne pour surexploiter les travailleurs détachés

Ce jeudi 1er mars, le Parlement, la Commission et le Conseil européens ont annoncé qu'une « approche commune » sur la réforme du travail détaché avait été trouvée. Présentée comme une avancée sociale historique, la logique d’aggravation de l’exploitation des plus précaires apparaît dès que l'on gratte un peu sous le « vernis social ».

Crédits photo : LP/A.R

Un « accord » encore loin d’être signé

Pour l’heure, aucun accord n’est signé. En effet, il faudra attendre au moins le mois de Juin pour savoir si la nouvelle directive sur les travailleurs détachés, révisant celle de 1996, sera adoptée ou non.

L’annonce de ce jeudi 1er mars ne concerne qu’une « approche commune », selon les mots de la co-rapporteuse du Parlement européen, Elisabeth Morin-Chartier. Ainsi, les 28 représentants des Etats-membres se prononceront à la mi-mars, après examen de l’ensemble du dossier au sein de leurs institutions respectives. Viendront ensuite les pourparlers de la commission emploi du Parlement à Strasbourg puis, enfin, la validation en séance plénière qui se tiendra, sauf accroc, en juin. Enfin, les différents Etats-membres auront une période de deux ans pour appliquer la directive et l’adapter à leur législation. De ce fait, c’est au moins à l’horizon 2020 qu’un éventuel accord pourrait être appliquée.

Au milieu des déclarations triomphalistes, un autre discours, plus discret, fait surface. La grande réticence d’une série de pays de l’Est de l’Europe, très hostile à toute réforme concernant les travailleurs détachés, rend incertaine l’issue des négociations à venir. Morin-Chartier est montée au créneau : « Il n’y aura pas de perdants, mais il n’y aura pas de grands gagnants non plus, nous avons tenu compte de la diversité de l’Europe en rédigeant cet accord ».

Une concession a été faite aux pays réticents : l’engagement de maintenir les conditions de travail des routiers telles qu’elles étaient régies par la directive de 1996. Ainsi, leur temps de travail ne sera toujours pas limité, et leur salaire de misère sera maintenu.

Si les grandes puissances européennes, et en premier lieu la France, cherchent à lutter contre le « dumping social », les pays de l’Est entendent défendre la « compétivité » de leurs entreprises, maintenue essentiellement par des salaires extrêmement bas pour les travailleurs et l’absence quasi totale d’acquis sociaux.

Le très libéral gouvernement Macron met en avant une avancée sociale...

« Le compromis trouvé cette nuit est très positif, il garantit toutes les avancées essentielles de la réforme, notamment le respect du principe : à travail égal, salaire égal », a salué l’Elysée ce jeudi. Il faut dire qu’Emmanuel Macron avait fait de la réforme de la directive sur les travailleurs détachés une promesse de campagne centrale, censé lui donner un visage social au sein de l’Union Européenne.

Une hérésie tant le gouvernement s’attache, dans le même temps, à mener ses contre-réformes contre le code du travail, avec la loi travail XXL, de destruction du service public avec les réformes actuelles à la SNCF et, à l’avenir, contre les retraites et l’ensemble du système de sécurité sociale, sans parler des attaques contre l’éducation.

Salaires égaux aux « travailleurs locaux ». Vers un nivellement par le bas ?

A l’instar de la déclaration de Macron au salon de l’agriculture selon laquelle il serait impossible « de maintenir le statut des cheminots » quand, à côté de cela, un agriculteur travaille même les jours fériés, la logique de la réforme concernant les travailleurs détachés est celle du nivellement par le bas. C’est par ce prisme que l’on comprend l’acharnement de Paris à vouloir réduire les possibilités pour un travailleur détaché de travailler dans un autre pays – actuellement pour une durée maximum de 24 mois – à 12 mois avec la nouvelle directive.

On entend déjà les patrons des grands pays impérialistes européens s’émouvoir. Car le texte annoncé est clair : les travailleurs détachés doivent bénéficier « de la même rémunération, pour le même travail sur le même lieu de travail ». Autrement dit, les conditions de travail, les réglementations et les salaires des différents pays de l’Union Européenne, qui varient de 1 à 10, ne seront en aucun cas harmonisés. De quoi donner du grain à moudre aux discours des grands patrons sur l’inéquitable concurrence et la nécessité de libéraliser (et précariser) l’ensemble du monde du travail (sur le SMIC, la « flexibilité » ou bien encore les différents types de contrat).

Ne pas tomber dans le piège du « nationalisme de gauche »

En soi, la situation actuelle des travailleurs détachés est aujourd’hui dramatique, et la lutte contre la sur-exploitation de cette frange de la classe ouvrière est absolument centrale. Ce qui n’est évidemment pas l’essence de « l’approche commune » proposé par les instances européennes.

Pourtant, l’autre risque majeur réside dans un rejet de la défense des travailleurs détachés par les organisations et les travailleurs des pays impérialistes, à commencer par la France. Une forme de « repli national » visant à préserver les acquis sociaux à l’intérieur des frontières qui, en dernière instance, sert les intérêts des différentes bourgeoisies européennes.

A contrario, c’est en revendiquant une uniformisation des salaires revus à la hausse et indexés sur les variations du marché, ainsi que du système des retraites ; la régularisation de tous les sans-papiers ; la prise en compte de tout les corps de métiers (et donc, bien sur, des routiers) ainsi que la baisse drastique et la répartition du temps de travail à salaire égal, que s’ouvre une perspective progressiste pour l’ensemble des travailleurs à échelle de l’Europe.

En ce sens, la lutte pour la préservation et l’obtention de nouveaux acquis prend un sens internationaliste, luttant contre l’Europe du Capital et renversant le rapport de force en faveur des travailleurs. A l’heure ou les classes dominantes européennes cherchent un accord pour coordonner leurs offensives, il s’agit aujourd’hui de répondre à la hauteur de l’attaque, en ouvrant la voie à une alternative à échelle internationale.




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