Monde

Révolte en Tunisie

Une atmosphère printanière s’installe au Maghreb

Publié le 22 janvier 2016

La météo serait-elle en train de retrouver des couleurs au Maghreb, près de quatre ans après le mouvement des révolutions arabes ? Après quatre jours de contestation et l’instauration du couvre-feu, la révolte en Tunisie continue de prendre de l’ampleur, laissant espérer un scénario semblable à celui qui avait chassé Ben Ali du pouvoir en 2011. En Algérie également, des affrontements avec la police ont eu lieu dans la localité de Oued-El-Ma pour protester contre un projet de délocalisation d’une centrale électrique.

Renan Granger

Ce jeudi 21 janvier, la révolte qui a éclaté depuis quelques jours en Tunisie a gagné de nouvelles régions. Partie de la ville de Kasserine après le décès d’un jeune chômeur, le mouvement de révolte s’étend rapidement et des émeutes ont eu lieu pour la première fois hier soir dans la banlieue de Tunis. Toute la nuit, il y a eu des affrontements avec la police. Des banques et des magasins ont été saccagés. La révolte s’est aussi propagée à Thala, à Sidi Bouzid, ville-berceau de la révolution de 2011, ou encore à Feriana où un policier a été tué.

De plus en plus d’analystes, mais aussi d’habitants, n’hésitent plus désormais à comparer le mouvement au printemps tunisien qui avait mis fin au règne despotique de Ben Ali en seulement un mois, au printemps 2011. Et les raisons de la révolte sont également largement similaires à celles du printemps tunisien. Depuis le départ de Ben Ali, rien ou presque n’a changé : le chômage dépasse les 15%, la précarité et la misère sont le lot quotidien. Depuis 2011, le taux de pauvreté a même augmenté, passant de 15% à 20%. Surtout, la corruption et le système clientéliste continuent de bénéficier à une élite qui accapare les richesses.

La contestation commence donc logiquement à inquiéter le pouvoir tunisien et le gouvernement a rapidement envoyé les forces de répression et décrété le couvre-feu dans tout le pays de 20h à 5h du matin. Hier soir, les affrontements avec la police ont duré jusqu’à 6 heures du matin. Trois postes de police ont été attaqués dans le pays et 42 policiers ont été blessés dans les affrontements, en plus du policier mort à Fériana. A Tunis, 16 personnes ont été arrêtées. Dans le même temps, le gouvernement cherche à diviser les manifestants, en affirmant soutenir les manifestants « pacifistes » et en agitant le drapeau de « criminels » qui « profiteraient » de la manifestation pour piller.

François Hollande, fidèle à sa politique impérialiste, a d’ores et déjà assuré son soutien au pouvoir tunisien. Il s’est engagé à dégager 1 milliards d’euros pour aider le gouvernement face à la révolte. On attend déjà le moment où Manuel Valls proposera d’envoyer les forces de répression françaises pour mater la rébellion, comme en 2011 lorsque Michèle Aliot-Marie avait tenu à faire savoir au dictateur Ben Ali que la France mettait ses forces de répression à disposition.

La situation se réchauffe également, dans une moindre mesure, en Algérie, où des affrontements très localisés avec les forces de répression, ont lieu depuis quelques jours à Oued-El-Ma autour du projet de délocalisation d’une centrale électrique. Les manifestants ont bloqué des routes et érigé des barricades avec des pneus brûlés dans la localité. Les vidéos des manifestations sont d’ores et déjà largement partagées sur les réseaux sociaux.

Pour la jeunesse précaire du Maghreb, en Tunisie et en Algérie, tout est encore à faire. Si un mouvement révolutionnaire arabe émergeait à nouveau, pour en finir la misère, il faudrait aller plus loin qu’en 2011 et, non seulement renverser la dictature, mais aussi l’ensemble de la classe dominante qui spolie chaque jour les richesses de la jeunesse et des travailleurs.