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Société

Islamophobie

Une épicerie condamnée à la fermeture pour… ne vendre ni porc ni alcool !

En août 2016, l'office HLM de Colombes dans les Hauts-de-Seine, présidée par la maire LR de la ville, Nicole Goueta, a attaqué en justice l'un de ses locataires, la supérette Good Price, pour demander la rupture du bail – et la justice a tranché en sa faveur. Le motif ? Cette supérette ne vend ni porc ni alcool !

Le litige opposait depuis plusieurs mois l’office HLM de Colombe et l’un de ses locataires, une « épicerie halal », qui a été accusée par son bailleur de « non respect du bail ». Le gérant de la supérette avait signé pour un commerce « d’alimentation générale », or l’office HLM et la maire de Colombes estiment que l’absence de porc et d’alcool est un prétexte valide pour affirmer que la supérette ne représente dès lors pas un commerce d’alimentation générale. La justice en a estimé ainsi également. Ce qui, même si cela est rageant et révoltant, n’a par ailleurs rien d’étonnant de la part de cette justice de classe qui sert les intérêts des classes dominantes et qui maintient l’ordre social qu’elles nous imposent, dont le racisme et l’islamophobie.

Ce lundi, le tribunal de Nanterre a ordonné la résiliation du bail de la supérette Good Price et l’expulsion des locataires. Puisque cette dernière ne vend pas d’alcool et de porc, le tribunal a lui aussi estimé que Good Price ne représentait pas « un commerce d’alimentation générale ». Des épices, des fruits et légumes, des boites de conserves, des jus de fruits, des pâtisseries… ne suffisent en effet apparemment pas pour considérer une supérette comme un commerce d’alimentation générale. Or le terme « alimentation générale » signifie seulement qu’il s’agit d’un commerce alimentaire non spécialisé, et qu’il réalise plus du tiers de son chiffre d’affaires dans la vente de produits alimentaires. Rien n’oblige à la vente de certains types de produits, comme l’alcool par exemple.

Comme si l’expulsion n’était pas une peine suffisamment lourde, le tribunal a condamné la société Anadolu Distribution à payer 4000 euros à l’office HLM pour frais de procédure…

Une supérette « communautariste » ?

Olivier Virol, directeur général de Colombes Habitats, considère que cette supérette est « communautariste à cause de ce qu’on n’y trouve pas — porc et alcool — mais aussi à cause de ce qu’on y trouve : de la viande à 95 % halal et des tapis de prière ». Afin de régler le « problème » à l’ « amiable », ce dernier a exigé au gérant d’installer un rayon d’alcool et de charcuterie, « pour répondre aux attentes de la population du quartier ».

Au-delà du soi-disant souci du directeur général de Colombes Habitats de répondre aux attentes de la population du quartier, il semblerait bien que cette décision d’attaquer en justice Good Price résulte davantage d’une aversion et d’une réticence à l’égard de tout ce qui a à voir avec la religion musulmane, et aux signes qui la rendent visible dans l’espace public.

La mairie à elle aussi brandit le danger du communautarisme pour justifier sa position, la maire affirmant qu’elle considérait la supérette comme une « épicerie communautaire, qui correspond à une pratique religieuse », soutenant qu’il n’était « pas possible qu’on laisse se communautariser le quartier », tout en se défendant bien évidemment de toute « stigmatisation d’une communauté ». Pourtant c’est tout ce qu’elle fait et produit : stigmatisation et discrimination.

Les propos évoqués par le directeur de Colombes Habitat et la maire démontrent bien que le problème dans l’affaire ne relève pas de la non-satisfaction des besoins et des attentes des habitants du quartier, mais plutôt d’un problème que ces derniers ont à l’égard de l’islam et des musulmans. Ces derniers brandissent, encore une fois, la notion de communautarisme à des fins nationalistes, discriminantes et islamophobes.

Dans la même veine, il y a peu, le probable futur président des Jeunes Républicains, affirmait par exemple que « les enfants de la première génération de musulmans brûlent des voitures ». Lorsque l’on analyse les durcissements que les Républicains – et avec ce parti, tout l’échiquier politique – ne cessent d’opérer ces dernières années sur les questions d’immigration, de nationalisme, les positions de la maire de Colombes n’ont rien d’étonnantes.

Crédits photo : Adeline Daboval/Le Parisien




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