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Une étudiante témoigne des conditions de travail dans les sociétés du nettoyage

Alors que les salarié d'Onet de la gare du Nord sont en grève depuis presque un mois, nous avons rencontré Nathalie (le prénom a été changé) une étudiante qui travaille l'été pour une société de nettoyage afin de payer ses études. Témoignage d'une jeunesse confronté très tôt à la précarité du travail.

Crédits photos : © maxppp

Révolution Permanente : Comme 75% des étudiants, tu travailles l’été pour pouvoir payer tes études. Job souvent précaire , toi tu as été engagé comme agent d’entretien. C’est donc pour une société de nettoyage, sous-traitante d’Airbus, que tu as été embauchée au mois d’août. Peux-tu nous décrire tes conditions de travail ?

Nathalie : Le travail est assez pénible pour différentes raisons : d’abord, parce qu’on est mal payé mais surtout par ce que la direction cherche à faire le maximum d’économies sur notre dos en nous donnant le travail de plusieurs personnes. Et le pire, c’est que les supérieurs qui arrivent à économiser des postes d’agents d’entretien en répartissant la charge de travail sur les autres employés touchent une prime ! Faire plus en moins de temps… En plus c’est très physique, car les bâtiments sont très grands et qu’il faut tirer ou porter des charges lourdes. D’ailleurs beaucoup de collègues, qui sont là depuis des années, ont des problèmes de santé parfois très invalidants, comme des douleurs musculaires ou articulaires.

RP : Qu’est ce qui a été le plus difficile à vivre pour toi ?

N : Sans hésitation, c’est le mépris de classe et étant donné que c’est un secteur qui emploi beaucoup de femme, le sexisme. On nettoie les sanitaires (toilettes, lavabos, …) mais aussi des bureaux, et beaucoup de salariés d’Airbus n’ont aucun respect pour ce qu’on fait. On est juste des petites mains qui doivent se faire discrètes mais efficaces, et qu’on doit voir le moins possible. On ne fait que du ménage, alors on est déjà pas grand-chose, mais le fait d’être aussi une femme n’arrange pas l’affaire. Mais c’est sans doute encore plus difficile pour toutes celles que j’ai côtoyé, qui travaillent là à l’année, et qui sont d’origine immigrée. Certaines ont la « chance » d’avoir un CDI, mais sont usées par la charge de travail, pour d’autres, c’est toujours la crainte de savoir si son CDD va être renouvelé. Et forcément dans ces cas-là, on est obligé de montrer patte blanche : nettoyer vite et bien, et subir les remarques déplacées de cadres d’Airbus pour qui nous ne sommes que des larbins.

RP : Actuellement on constate que ce secteur se mobilise. Que ce soit les femmes de chambre de l’hotel Campanile Tour Eiffel il y a quelques mois ou bien plus récemment celle de Airbus à Toulouse ou celle qui se déroule en ce moment à ONET Paris-Nord , il y a une véritable envie d’en découdre. Qu’en penses tu ?

N : Je pense que c’est une très bonne chose et que ça montre surtout qu’on est plus prêt à tout accepter et que nous aussi on peut relever la tête. La plupart de ces travailleurs subissent déjà la précarité alors il est essentiel qu’ils se mobilisent pour que les patrons ne dégradent pas encore plus leurs conditions de travail. A croire que c’est toujours les salariés qui coûtent trop cher à l’entreprise, et que c’est à eux de faire des efforts sur leurs conditions de travail, mais si on pouvait voir les comptes, je pense qu’on verrait vite que de l’argent il y en a, mais que les patrons se l’accaparent. Onet vient de racheter une boîte au Brésil qui a fait 80 millions de bénéfice l’an passé, je ne pense pas qu’ils connaissent la crise par contre nous on la subit. En plus dans ces grèves, il y a quelques chose d’extrêmement positif, c’est la dénonciation de la sous-traitance. A chaque fois qu’une société de nettoyage perd un chantier celle qui le récupère vire les CDD, essaye de rogner quelques acquis , quelques avantages que les salariés pouvaient avoir avec la société précédente. Et ça on n’en peut plus, on en veut plus.
Ce que je tiens à souligner c’est le cas de harcèlement sexuel à ONET de Paris-Nord, je trouve que ces femmes qui ont osé briser l’omerta sont très courageuses. Dans ce genre d’affaire on a toujours peur de pas être cru, ou encore de subir des menaces et des sanctions. Ce qui a été le cas pour Karima notamment, qui déjà victime d’agressions et d’humiliations, a été licenciée car son patron préférait couvrir les agissements scandaleux des chefs plutôt que prendre son parti. On fait du ménage parce qu’on est des femmes mais on se fait aussi agressée parce qu’on est une femme.

RP : Comment des étudiants comme toi peuvent soutenir les grévistes d’ONET ?

N : En allant les soutenir sur les piquets de grève, ou encore en popularisant leurs actions grâce aux réseaux sociaux par exemple, mais surtout en participant à leur caisse de grève. Je sais que des cheminots ont apporté leur soutien et ça me semble aussi important que des étudiants le fassent également. On pense souvent que les étudiants n’ont pas les mêmes préoccupations que les travailleurs, qu’ils profitent de leur jeunesse de manière un peu insouciante. Mais ils ne faut pas oublier que plus de la moitié d’entre eux travaillent à l’année pour payer leurs études, que le monde du travail, l’exploitation, la précarité ils connaissent aussi. Nous aujourd’hui, on se bat contre Macron qui veut faire de la sélection à l’entrée de l’université, mais on se bat aussi contre sa loi travail qui fragilise nos conditions de travail. Comme on dit étudiants et travailleurs, même combat !

Le lien vers la caisse de grève, pour y contribuer en ligne : www.lepotcommun.fr/pot/smk9h0kl ou par chèque à l’ordre du syndicat SUD-Rail de Paris Nord à l’adresse du syndicat :39 Bis Boulevard de la Chapelle 75010 Paris.




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