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Notre classe

Solidarité étudiante à la Souterraine

Une journée de lutte aux côtés des travailleurs de GM&S

Depuis hier soir, nous savons que l’entreprise GMD a déposé une offre de reprise pour les salariés de l’entreprise GM et S qui propose de garder 120 emplois sur 273. Comprendre : 157 licenciements, pour la plupart secs, et sans indemnités supra-légales. Depuis décembre, Yann, Denis, Franck, Jean-Marc et les autres luttent contre leur 5ème plan social. Des 700 ouvriers des années 1990, il n’en reste aujourd’hui que 277, qui se battent pour conserver leur travail à l’usine.

Etudiants et militants pour Révolution permanente, nous faisons partie des 2500 personnes venues les soutenir à La Souterraine le 16 mai, nous avons pris part aux rassemblements devant les tribunaux, à Bercy lors des négociations le 15 juin, et commencé à tisser des liens de solidarité. Jeudi dernier, nous sommes descendus une nouvelle fois à La Souterraine, dans cette immense usine occupée depuis des mois, qui sent les pneus brûlés et transpire la colère. Tenter de se plonger dans la bataille avec eux, montrer que nos partageons les mêmes intérêts, mettre nos moyens au service de leur lutte, mais aussi apprendre de leur combativité, exemple à suivre dans l’ère de guerre sociale qu’annonce Macron.

« Il y aura forcément quelque chose, mais si on est déterminé à avoir quelque chose ».

Nous arrivons pour le déjeuner, Denis et Yann nous accueillent et nous montrent le local dans lequel ils ont accroché la banderole de soutien que nous avons confectionnée : elle regroupe plusieurs photos de salariés de différents secteurs (cheminots, Macdo, automobile, éducation nationale, etc.) qui expriment leur soutien aux ouvriers de GM et S. L’usine est occupée, il y a donc de grandes tables installées pour manger, discuter, rire, partager des moments de convivialité, suivre les nouvelles de la lutte dans la presse et penser l’avenir.

Vers 14h, l’AG commence. Comme chaque jour, c’est le moment de faire un état des lieux du combat et de préparer la suite. Le résultat des négociations n’était pas encore tombé, c’est à dire que les perspectives étaient celles d’une potentielle offre de reprise de GMD, qui concernait entre 110 et 200 emplois. Ce n’est pas assez évidemment, et ils vont se battre pour garder les emplois. Est aussi en cause l’obtention « d’indemnités supra-légales », c’est à dire d’une somme, pour chaque employé licencié, supérieure à celle prévue par le droit commun, pour accompagner une difficile période de chômage avec peu d’espoir de retrouver du travail. Mais qui dit « supra-légale » dit conquête par la lutte. Pour l’instant, Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des finances en charge des négociations pendant que Bruno Le Maire est à New York, affirme que « cette porte n’est pas ouverte pour le moment ».

Pourtant, ce qu’explique clairement Yann c’est qu’il « y aura forcément quelque chose, mais si on est déterminé à avoir quelque chose. Il y a un président de la république qui est en place, il faut attaquer son image. Si on ne veut pas partir une main devant et une main derrière, il va falloir se serrer les coudes ».

Et il n’y a pas que ça : les salaires qui tombent très tard, les mutuelles qui risquent de sauter avec la liquidation. Pour tout cela, il ne faut compter que sur la lutte et le rapport de force.

Arthur, un de nos camarades, est intervenu au cours de l’AG, pour expliquer les raisons de notre venue : le combat des GM et S ne concerne pas seulement les 277 salariés de La Souterraine mais « les dizaines de milliers de travailleurs qui bossent dans les taules » et aussi ceux, qui, même s’ils sont étudiants, doivent se salarier pour pouvoir aller à la fac, et à qui on propose de vivre dans une société de chômage et de pauvreté.

L’échange est réciproque : si nous sommes ici, c’est que cette lutte combative est un exemple pour ceux qui se préparent à affronter un gouvernement de patrons mais c’est aussi que notre soutien offre la preuve que les ouvriers de GM et S ne sont pas seuls. Un sentiment précieux après des mois de lutte acharnée contre les géants de l’automobile.

Une entreprise intégrée : « de l’or entre les mains »

Nous visitons ensuite l’usine. Elle est immense et comporte plusieurs ateliers. C’est parce que c’est une « entreprise intégrée » qui a obtenu dans les années 1990, au terme d’une lutte syndicale importante, la possibilité de faire de la « diversification ». C’est quelque chose que l’on sait peut : si les plus gros clients sont PSA et Renault et qu’une partie importante de la production comprend des pièces détachées pour l’automobile, ils produisent aussi des dessus de friteuse, des sièges de camping-car, disposent de soudeurs très spécialisés et d’artisans polyvalents. Ils ont même été à l’origine de la conception d’un bouchon de bouteille à air liquide, modèle breveté et distribué à l’international pendant des années.

Plus précisément, « entreprise intégrée » veut dire que plusieurs postes sont présents au sein de l’usine : la maintenance, l’outillage, la frappe, le contrôle qualité, la détoxification, la conception, la méthode. Comme nous explique Yann « on a de l’or entre les mains et on est capable de tout faire ». En somme, une usine qui pourrait fonctionner par elle-même : les travailleurs savent réparer les machines de leur collègues, concevoir de nouvelles pièces, gérer la comptabilité, prévoir les commandes.

C’est précisément cela que les patrons veulent briser. En ne reprenant que 120 personnes ils cherchent à mettre fin à cette autonomie potentielle. Le salariés le savent, 120 emplois « c’est une usine de frappe », « condamnée à mourir dans les prochaines années » nous dit Yann.

GM et S veut aussi dire « grand mouvement salarial »

La plupart des travailleurs menacés ont des dizaines d’années d’ancienneté, à l’image de Nadine, entrée à l’usine à 17 ans et salariée depuis 40 ans. Mais bien évidemment, les ouvriers de GM et S se sont pas les seuls concernés par les licenciements et les plans sociaux. Comme nous l’explique Franck, responsable sécurité et syndiqué à la CGT, pour lui, GM&S veut dorénavant dire « grand mouvement salarial » et doit être « relayé par les jeunes, par ceux qui ne croient plus à la politique, au monde du travail tel qu’on nous le propose. Il faut que les gens réagissent et que la mobilisation soit forte, qu’ils se posent la question du monde qu’ils veulent laisser à leurs enfants demain. Un monde pourri où on est tous en CDD avec un salaire de misère ? ».

Si « les petits creusois issus de nul part peuvent faire très mal à des gros constructeurs », c’est aussi grâce à la solidarité de la population locale, des cheminots de la gare de La Souterraine, présents tous les jours à l’usine et à toutes les actions et de nombreux salariés d’autres secteurs d’activité. C’est ce qu’il faut continuer à construire et à amplifier, car il reste beaucoup à jouer dans les semaines qui suivent : déterminés à ne rien lâcher et à ne pas laisser mourir leur usine et leur collègues avec, ils auront besoin du soutien massif de l’ensemble des jeunes et des travailleurs. Faire la démonstration qu’ils ne sont pas isolés est décisif pour emporter le bras de fer engagé entre les ouvriers, les patrons et un gouvernement à leur service.

Avec l’avènement de l’ère Macron et de ses attaques antisociales, la résistance des travailleurs de GM et S et leur lutte pour le maintien de l’emploi est un exemple. S’ils remercient « les petits jeune qui ont la niaque et leur donne le moral », nous réaffirmons haut et fort notre admiration pour leur détermination et leur courage. Franck nous disait que c’est avec l’union des étudiants et des travailleurs que l’on déclenchera un nouveau mai 68. Lorsque la radicalité des jeunes qui ne veulent pas grandir dans un monde qui n’est pas le leur rencontre la colère des ouvriers qui risquent de tout perdre, ceux qui nous dirigent tremblent, vacillent, et un jour chutent. Alors, à tous les salariés de GM et S, à tous les travailleurs menacés de licenciements, à tous ceux qui souffrent et luttent contre l’exploitation des patrons, nous, étudiants et militants seront là pour nous battre à vos côtés et pousser jusqu’au bout la résistance dans les facs, dans les lycées et dans les usines. Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

Pour en savoir plus suivez le reportage photo à l’intérieur de l’usine ou encore la lutte des GM&S racontée en bande dessinée.




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