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Jeunesse

La polémique autour de Parcoursup se poursuit

Une major de promo recalée sur Parcousup : le mythe méritocratique se casse la gueule

20,32 sur 20 au bac, mais aucune affectation Parcoursup : la polémique lancée autour de Ranitea Gobrait, lycéenne à Papeete et major du baccalauréat dans l’archipel de Polynésie, rend compte de deux éléments. D’une part, les lycéens d’Outre-Mer sont de plus en plus exclus de l’enseignement supérieur métropolitain. D’autre part, le mythe de la méritocratie qui alimente ce « scandale » est mis à mal par Parcoursup.

Crédits photo : MIKE LEYRAL / AFP

Marginalisation des lycéens d’Outre-Mer

Parcoursup poursuit son tour d’horizon des exclusions sociales. Comme l’illustre le cas de Ranitea, le nouveau système d’affectation entend aussi ségréguer les jeunes diplômés nés dans les territoires que la France a colonisé. Poursuivant la logique coloniale au sein du système scolaire, Parcoursup hiérarchise les lycéens en fonction de leur lieu de vie et leur lycée, s’assurant ainsi qu’à la fois les jeunes de quartiers populaires et les jeunes issus des territoires d’Outre-Mer n’évolueront pas dans le supérieur aux côtés des jeunes de la métropole issus de familles aisées. Ainsi, peu importe la moyenne sur 20 qu’a obtenu Ranitea, aussi impressionnante soit-elle, dès lors qu’elle réside à Papeete : le premier critère de sélection de Parcoursup est l’origine sociale et cela est intimement lié au lieu de résidence.

Méritocratie : modèle qui se délite

Comme le montrent les nombreux articles publiés dans les médias dominants pour s’insurger de la non affectation de Ranitea, pourtant major de promo dans l’archipel polynésien, Parcoursup fait parler de lui car il ne respecte pas le « contrat » convenu entre le gouvernement et la base sociale de Macron. Conformément au modèle républicain et libéral véhiculé par ce dernier, le nouveau système était censé récompenser les élèves par une affectation correspondant à l’effort employé durant leur scolarité. Mais force est de constater que le modèle méritocratique qui consiste à donner le pouvoir à ceux qui ont démontré le plus de discipline et de compétences est mis à mal par l’algorithme précisément créé pour le sublimer. Si l’exemple le plus parlant au premier abord est celui de Ranitea, la déferlante d’incompréhension et de colère suite aux premiers résultats Parcoursup le 22 mai dernier montre aussi à quel point le décalage entre mythe méritocratique et réalité sociale s’est accru avec cette réforme.
Et cela est difficile à justifier pour le gouvernement. Car lorsqu’on pousse une réforme comme celle-ci en avançant un discours idéologique fort, fondé sur la méritocratie, il est d’autant plus compliqué de calmer les ardeurs des candidats évincés lorsqu’eux-mêmes s’emparent du mythe méritocratique. C’est donc un pari raté pour le gouvernement.

Toujours est-il que le problème de Parcousup ne réside pas dans son incapacité à récompenser les lycéens diplômés. Contrairement à ce qu’avancent les journaux dominants lorsqu’ils traitent de la question des non-affectés, la vocation de cet algorithme est l’exclusion, et c’est ce qu’il faut dénoncer. Parce que derrière le discours méritocratique qu’écoute la base sociale de Macron se cachent la quasi exclusion des enfants d’ouvriers, en témoigne une étude publiée la semaine dernière montrant qu’un enfant de cadre aura au moins cinq fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier de devenir riche, la réduction du nombre de femmes - de surcroît populaires - sur les bancs de l’université, et le fossé grandissant entre les facs d’élite (telles les facs parisiennes) et les facs poubelles.

Se focaliser sur le respect du mythe méritocratique empêche de voir que celui-ci est l’apparat de toutes les réformes anti-sociales, en légitimant l’exclusion des dominés par des critères en apparence équitables et neutres. C’est se tromper de chemin que de dénoncer le fait que tel ou tel lycéen de Louis Le Grand à Paris, ou que tel ou tel major de promo n’a pas eu la prépa qu’il méritait. Parce que Ranitea, comme bon nombre de lycéens issus des classes aisés (elle étudie dans un lycée privé), parviendront in fine à trouver une bonne fac, une bonne prépa, une bonne école.
À la rentrée, il est probable que le phénomène des sans facs, sans avoir disparu, ne concerne majoritairement plus que les jeunes d’origine populaire. Il faudra alors continuer à soutenir ces lycéens qui même sans avoir obtenu 20,32 au bac, ont droit d’accéder aux bancs de l’université.




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