Notre classe

Toulouse. Une postière menacée de licenciement pour ne pas avoir dénoncé son fils

Une nouvelle idée de la Poste ? Quand on n’a pas de coupable, on en fabrique un !

Publié le 8 juin 2016

A Toulouse beaucoup de gens en parlent : la Poste menace de licencier une factrice à la place de son fils qui, lui, a terminé son contrat. Un fait divers, trois sacs poubelles de courrier retrouvés abandonnés dans un village. Après enquête, le courrier aurait dû être distribué il y a quelques mois par un facteur en CDD qui a terminé son contrat depuis. Le courrier a été redistribué ; ça aurait pu s’arrêter là, mais la direction de La Poste en a décidé autrement. Cet ancien employé a pour mère une factrice de la poste du Mirail. Si la Poste ne peut pas avoir la tête du fils, elle s’est mise en tête d’avoir celle de la mère.

Sadek Basnacki

Solange est en CDI depuis 12 ans. A cette époque il fallait prêter serment devant le tribunal pour être embauché. Lorsqu’on était affecté à une tournée, on était accompagné d’une doublure pendant plusieurs semaines afin qu’il ou elle nous montre la tournée. Avec la privatisation progressive de la Poste, tout ça a changé. Son fils a dû avoir un entretien d’embauche devant le chef d’établissement, puis signer un papier en guise de serment. Quand on est en CDD, on enchaîne les signatures pour les contrats ; autant dire que ce papier n’est qu’une feuille parmi tant d’autre. Il a dû être en doublure pendant deux jours avec un collègue débordé, puis lâché dans la nature, livré à lui-même avec une tournée difficile due à une énième réorganisation. Dans ce cas précis, il n’a pas assuré son travail et s’est délesté du courrier. C’est certes une faute grave mais depuis il ne fait plus parti de la boîte.

La Poste avance, la confiance se développe

Suite à ça, la direction de la Poste a jugé logique de convoquer devant un conseil de discipline sa mère pour connaître son rôle dans cette affaire. A la question « Saviez-vous qu’il arrivait à votre fils de ne pas terminer ses tournées ? » elle a eu le malheur de répondre que c’était possible. Se référant au serment professionnel qui dit que tout agent s’engage à respecter la confidentialité et l’intégrité du courrier, et à signaler à ses responsables hiérarchiques toutes infractions aux lois et règlements régissant La Poste, elle est menacée de licenciement. C’est une hypocrisie totale du groupe La Poste qui s’y réfère quand ça l’arrange. Il a moins de scrupules quand c’est pour se faire de l’argent. A travers sa filiale Mediapost, la Poste se spécialise dans la vente de données personnelles. Elle vend aux grosses enseignes de la distribution, comme Carrefour, ou aux grands groupes de l’agroalimentaire comme Nestlé, un catalogue de 40 millions d’adresses postales, 26 millions d’adresses mail et 19 millions de numéros de téléphone. Il suffit de demander à cette filiale une liste de personnes susceptibles d’être intéressées par un produit et elle vous la vend dans les plus brefs délais.

On peut donc sourire quand La Poste parle de préjudice envers son groupe et ses « clients ». Qu’en est-il du préjudice que La Poste cause à ses employés ?

La conséquence d’une politique au service du profit

Peut-être faut-il essayer de comprendre pourquoi à la Poste des facteurs décident de ne plus distribuer du courrier. Sous prétexte d’une baisse de 12% du trafic, prévu par le logiciel « METHOD », la poste accélère les restructurations (suppressions de poste, suppressions de tournée, fermetures de bureaux de poste etc...), et ce malgré le fait que de nombreuses expertises de cabinets indépendants ont montré que ce logiciel ne prenait pas en compte le temps réel de travail et que, de fait, les chiffres, sont faux. Ces restructurations entraînent une surcharge de travail pour les facteurs qui ont des tournées de plus en plus longues à effectuer avec le même laps de temps qu’avant. Il est très rare que les facteurs apportent du courrier chez eux, en général ils finissent leur tournée en dépassant largement leurs heures de travail, et évidemment ces heures ne sont pas payées, ce qui est tout bénef pour le groupe. Les restructurations se font petit à petit, bureau par bureau, empêchant ainsi toute jonction entre les bureaux, qui se mettent quasiment systématiquement en grève lorsque vient leur tour. Un mouvement de grève nationale dans le secteur postal est dangereux pour la politique de casse du service public, tandis que des grèves éparses de petits bureaux de 20 ou 40 personnes peuvent être plus facilement brisées.

¼ des tournées ont été supprimées, ainsi que 10 000 postes en 10 ans. Il n’est donc pas étonnant que les tournées ne soient pas correctement effectuées, les postières et les postiers sont poussés à bout. Ce n’est, malheureusement, pas une surprise si parfois ils commettent l’irréparable, comme cette factrice qui a mis fin à ses jours il y a quinze jours dans l’Yonne. Cet acte n’est pas à déconnecter de l’impact sur les conditions de travail qu’a la réorganisation des services entamée il y a plus d’un an dans son département.

Le fait que la poste veuille licencier Solange, résulte de la volonté de trouver un coupable. La direction veut mettre ça sur le compte d’un acte individuel alors que c’est bel et bien le résultat d’une politique consciente de la Poste qui cherche à atteindre son rêve de facteur à la Jacques Tati dans Jour de fête, ultra productif « à l’américaine », petit à petit ils y arrivent avec la généralisation de l’embauche en CDD renouvelable.

La véritable cause, c’est la casse du service public et de La Poste qui n’a pas vocation à faire du profit. Ce n’est en aucun cas Solange. En quoi devrait-elle payer pour l’erreur de son fils et de la Poste ? Les facteurs de Toulouse Mirail ont décidé de demander à Sud PTT de déposer un préavis de grève illimitée sur Toulouse Ouest (Capitole, St Cyprien, Mirail) à partir du 9 juin, jour du conseil de discipline de leur collègue. Un piquet de grève se tiendra devant le bureau du Mirail à 6h et un rassemblement a lieu à 14h devant la direction départementale de la poste à Toulouse. C’est une injustice de plus que les travailleurs subissent, soutenons toutes et tous Solange contre son licenciement !