Genres et Sexualités

Tout le monde peut récupérer son colis à La Poste ? Pas nous

Une pétition adressée à La Poste pour lutter contre la Transphobie

Publié le 12 octobre 2016

Xavier Dolan Z
Crédit photo : Marie Rouge

Dimanche dernier, l’association Acceptess Transgenres a lancée une pétition en ligne visant à mettre en lumière les discriminations que subissent les personnes Trans, notamment à La Poste, et réclament des mesures pouvant pallier à celles-ci.

A moins d’une semaine de l’Existrans et du retour sur le devant de la scène de La Manif pour Tous dont les affiches roses et bleues salissent les murs de l’Hexagone, l’association Acceptess-T lance une pétition à double vocation. La première étant de pouvoir sensibiliser la population sur le quotidien humiliant que vivent les personnes Trans en France, la seconde insiste, elle, sur la volonté d’instaurer des formations que devraient suivre les employés de La Poste afin qu’ils prennent connaissance de cette réalité ainsi que l’instauration d’un système alternatif d’identification spécifique à cette entreprise.

« Tout le monde peut récupérer son colis à La Poste ? Pas nous ! »

Comme rappelé au début de la pétition, l’Article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme proclame « le droit de toute personne au respect de sa correspondance ». Et pourtant. Les personnes Trans ne peuvent récupérer leur colis à la Poste parce que la civilité de leur pièce d’identité ne correspond généralement pas à leur apparence. En effet, une personne n’ayant pas encore de document officiels conformes à son identité de genre est très souvent confronté au refus de se voir administrer son colis à La Poste. A ce titre, nous ne pouvons que rappeler qu’il est déjà extrêmement difficile et couteux pour les personne Trans de changer d’Etat civil : Avoir la possibilité de se dire homme, femme, ou non-binaire, que ce soit après avoir effectué une opération de réassignation de genre ou non, un traitement hormonal ou non, avant d’avoir prouvé avoir « subi des traitement médicaux et chirurgicaux de sorte qu’il ne possède plus les caractéristique de son sexe d’origine » est encore inenvisageable aujourd’hui. Et la marche arrière du gouvernement vis-à-vis du projet de loi « Justice du 21ème siècle » ne l’atteste que trop. Sans compter qu’en plus du contrôle médical en vigueur nécessaire à l’obtention d’un changement d’Etat civil, il est obligatoire de passer devant un tribunal de grande instance et d’être représenté par un avocat.

Autant d’obstacles faisant qu’aujourd’hui les personnes Trans sont obligées d’envoyer le colis à des personnes de leur entourage afin qu’elles le récupère à leur place, ou sinon d’exposer au grand jour leur vie privée à un parfait inconnu en présence de tous les autres usagers de La Poste faisant la queue. Comme le relate Timéo, signataire de la pétition avant-hier « ma vie privée à La Poste est rarement restée privée. [...] C’est souvent avec mon colis et humilié que je suis sorti de mon bureau de Poste. [...] J’aimerais que plus jamais personne ne ressente cette honte ni cette tristesse... » Et inutile de préciser que trop souvent malgré des justifications, l’exposition de leur vie et le détails du traitement qu’elles peuvent suivre, les personnes Trans sont accusées de mentir.

Des revendications concrètes

C’est bien parce que ce n’est pas qu’une poignée de personnes « étranges », « décadentes » ou « pécheresses » pour reprendre les termes de la sainte communauté, mais bien plus des milliers de personnes qui subissent l’humiliation et la discrimination au quotidien qui n’ont pas accès à un service aussi élémentaire que celui-ci, que l’association exige la mise en place d’action concrète au sein de La Poste. A savoir, d’une part, que les employés de La Poste en contact avec le public soient sensibilisés aux enjeux trans afin de faciliter la prise en charge de toux les clients de la poste. En plus de « l’instauration d’un système alternatif d’identification spécifique à La Poste ». Soit une carte, qui pourra être obtenue lors d’un rendez-vous avec un conseiller clientèle en lui fournissant une attestation sur l’honneur, et celle d’un témoin connaissant la personne qui en fera la demande.

Au delà de ces deux revendications - et dans une volonté plus générale que les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été imposé dès la naissance, voire avant même qu’elles ne naissent - nous ne pouvons que souhaiter, à l’instar d’autres pays dont l’Irlande, la Norvège, Malte, le Danemark ou l’Argentine qui ont supprimé l’obligation de produire des certificats médicaux pour obtenir la modification de son genre à l’état civil au profit du principe de l’autodétermination des personnes, que la France, s’obstinant à trainer des pieds, octroie le droit à des personnes de pouvoir disposer librement de leur corps. Leur octroie la possibilité de vivre en accord avec leur genre. Autrement dit, d’exister et d’être reconnue simplement comme elles se sentent.