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Politique

Extrême droite

Une rentrée sur fond de crise au Front National

Entre sondage délicat pour Marine Le Pen et des divisions internes de plus en plus marquées, la rentrée du Front National est tout sauf un long fleuve tranquille. Une situation d’autant plus explosive que le congrès du parti arrive à grand pas.

Crédit Photo : Laurent Troude /Libération

Marine Le Pen, un leadership qui s’effrite

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen connaît des remous depuis son entrée en fonction en qualité de présidente du Front National. On se souvient notamment de la fameuse « guerre de famille » avec son père Jean-Marie, qui avait fait débat en interne, mais à la suite de laquelle Marine Le Pen était sortie renforcée. Toutefois, c’est un récent sondage qui, aujourd’hui, met en difficulté la présidente du parti d’extrême droite.

En effet, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et Le Figaro, 52 % des interrogés estiment que Marine Le Pen représente un poids pour le Front National. Un véritable désaveu pour l’ex-candidate à la présidentielle, lancée dans une course à la dédiabolisation qui ne lui avait pas permis de dépasser un plafond de verre qui semble se consolider. Pire, Marion Maréchal Le Pen talonne désormais sa tante auprès des seuls sympathisants frontistes. En effet, ils sont 79% à la considérer comme un atout pour le parti d’extrême droite, contre 84% pour Marine Le Pen. Si la présidente du FN n’est pas dans une position d’instabilité totale, il est indéniable que son leadership en externe et en interne s’effrite. Pour 65 % d’électeurs potentiels du FN, « Marine Le Pen a raté son débat d’entre-deux tours avec Emmanuel Macron  », ce qui explique en partie l’actuelle baisse dans les sondages de l’ex-candidate à la présidentielle.

Des divisions internes de plus en plus marquées

En interne, la bataille fait rage au Front National. Ludovic de Danne, secrétaire général du groupe d’extrême droite Europe des Nations et des libertés (ENL) au Parlement européen, a été évincé de son poste, puis a quitté le FN dans la foulée ce vendredi 8 septembre et ce, alors qu’il était le conseiller international de Marine Le Pen. Et ce n’est pas tout. Sophie Montel, vice-présidente des Patriotes, a été exclue de la présidence du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté tandis que Franck de Lapersonne, formant avec Montel et Philippot le triumvirat des Patriotes, s’est vu refusé un contrat de travail par Marine Le Pen en personne. Selon le journal L’Opinion, la présidente du FN aurait même demandé à Philippot de quitter la présidence de l’association.

« Tu fermes ta gueule, tu rases les murs et tu rentres dans les rangs »

 
Voilà en quels termes Marine Le Pen se serait adressée à Sophie Montel, selon le journal L’Opinion, autant dire que la bataille se mène à couteau tiré en interne. Au centre de toute les crispations se trouve la question de la sortie de l’euro. En effet, ce point cristallise une confrontation interne entre l’aile souverainiste et l’aile identitaire. Une situation qui a conduit à l’apparition de l’association Les Patriotes, jugés par certains cadres comme un véritable affront envers le parti et qui aurait été caché à Marine Le Pen jusqu’à la veille de sa création selon l’hebdomadaire Le Point.

Un congrès prévu pour février-mars 2018

Les semaines et mois à venir risquent d’être mouvementés au Front National. En effet, l’approche du congrès du parti, censé redéfinir le projet de la formation d’extrême droite pour la période à venir, laisse présager une exacerbation des tensions entre les différentes ailes du parti, polarisant les positions et approfondissant la fracture entamée.

Entre poursuite de l’entreprise de dédiabolisation, pas en avant vers d’autres formations issues de la droite traditionnelle ou retour à des positions plus « traditionnelles », il est clair que le Front National se trouve à la croisée des chemins, avec un risque de scission qui semble aujourd’hui un scénario plausible. La situation est à suivre de près, car chacun des scénarios peut entrainer des changements radicalement différents à l’extrême droite du champ politique, un camp historiquement et idéologiquement anti-ouvrier.




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