Notre classe

Surexploitation sans complexe

Une salariée qui travaillait 26h30 n’était en réalité payée que pour 5h.

Publié le 6 octobre 2016

À la Société de distribution du centre de Bourges, on ne lésine pas sur les économies. Pour correspondre aux attentes de la direction, les employés avaient pour obligation de distribuer 80 annuaires par heure, dans une logique de rendement étourdissante. Sauf que ce rendement, que les employés devaient théoriquement atteindre en l’espace de seulement 5h, était proprement impossible à réaliser dans le cadre de cet horaire. Et l’une de ces employés en a bien fait les frais...

Paul Carson-Saher

Ce n’était pas le tonneau des Danaïdes, mais ça y ressemblait presque. Pour écouler un tel stock de bottins avec un volume horaire aussi réduit, une salariée, embauchée en CDD en tant que saisonnier, devait y passer plus de 26h pour en venir à bout. Naturellement, elle n’était payée que pour 5h de travail uniquement, niant complètement ses 21h restantes... Résultat : au lieu d’avoir été payée 282,07€ pour avoir livré 435 annuaires en l’espace de 26h30, la salariée n’a finalement reçu qu’un ridicule chèque de 51,87€ correspondant aux bottins juste livrés durant les 5 premières heures. Ou pour le recalculer autrement : très loin du taux horaire normal inhérent au SMIC – système que la société a préféré balayer de la main –, cette employée n’était en réalité payée qu’environ 2€ de l’heure (brut), pour un travail à la tâche aussi éprouvant.

Cette absurdité sans nom, basée sur une escroquerie patronale honteuse, n’a pas été du goût de l’employée, qui n’a pas hésité à attaquer son ancien employeur devant les prud’hommes, aujourd’hui en liquidation judiciaire. L’avocat de la plaignante résume la combine en précisant que, de cette façon, l’employeur « réalise des économies de salaires et de charges sociales monstrueuses et qui, d’emblée, fait le choix d’écarter le SMIC. » Plus inquiétant encore, selon le même avocat, « des dizaines et des dizaines de milliers de salariés se font ainsi exploiter chaque année », et cela par des patrons véreux, cupides et sans scrupule, qui imposent des cadences infernales tout en payant leurs « esclaves » au lance-pierre.

Concernant cette employée, le conseil des prud’homme a déjà mis l’affaire en délibéré et le jugement sera rendu le 12 décembre. Mais au-delà de cette histoire, n’oublions pas que ce sont aussi de nombreux travailleurs qui sont chaque jour concernés par ce genre de provocations patronales, subissant régulièrement – et sous de multiples formes – toute l’expression et la violence de l’exploitation capitaliste.