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Politique

"Un prélèvement à la source de tous les dangers"

Une semaine noire pour Macron

Alors que les stigmates de l’été avec la tempête Benalla sont encore présents, Emmanuel Macron vient de vivre cette semaine la deuxième crise politique la plus importante de son quinquennat, en pleine rentrée politique.

Il se disait le président du « nouveau monde » et du « ruissellement », celui qui transformera la France, le président jupitérien vient de vivre sans doute la semaine la plus dure de son quinquennat. Si l’affaire Benalla, affaire d’Etat digne du temps des barbouzes, a porté un coup important à l’image du président du « nouveau monde », la semaine qui vient de s’écouler est d’un tout autre registre et vient fragiliser les fondations du macronisme.

Un nouveau monde qui sent la naphtaline

Démission de Nicolas Hulot à la transition écologique, lobby de la chasse, affaire Nyssen, nomination de Philippe Besson comme consul de Los Angeles, nomination d’Agnès Saal comme haut fonctionnaire à la culture, démission de Laura Flessel et probable nomination au perchoir de Richard Ferrand : le nouveau monde que nous a vendu Macron a rapidement pris un coup de vieux.

La semaine a commencé par la démission choc, après seulement quinze mois, du ministre le plus populaire du gouvernement, elle s’est achevée sur la démission de Laura Flessel, une autre ministre appréciée au gouvernement. Ils étaient censés être le visage du « nouveau monde », celui de personnalités dites de la sociét civile. L’ancien animateur d’Ushuaia et l’ancienne médaillée olympique d’escrime, ont finalement quitté l’Olympe et Jupiter. Le premier a été remplacé par l’opportuniste Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy, et la seconde, très rapidement après l’annonce de son départ, par l’ex-nageuse française Roxana Maracineanu. Laura Flessel, qui a annoncé avoir démissionné pour « des raisons personnelles » est vraisemblablement partie en catastrophe au moment où le Canard Enchainé et Mediapart allaient révéler une affaire de magouille fiscale la concernant. Départ sûrement décidé d’un commun accord entre la ministre et le gouvernement pour éviter un scandale au sein du gouvernement. Le remaniement déclenché par le départ de Nicolas Hulot sera donc tombé à pic pour enquiller sur le départ et le remplacement dans la foulée de la ministre des sports.

Depuis sa démission, N. Hulot est présenté comme un homme « fragile » et « sans expérience », alors même que Macron se vantait il y a peu de faire de sa présidence, celles des « nouveaux visages ». Son départ aura dévoilé un peu plus la supercherie macronienne. En expliquant qu’il ne souhaitait plus être la caution d’un gouvernement qui n’est pas à la hauteur des enjeux écologiques, Hulot a fissuré un peu plus l’image du président. Mais c’est bien entendu la politique libérale que propose Macron et les cadeaux qu’ils ne cessent de faire aux différents lobbyistes qui ont poussé Hulot à claquer la porte.

Au jeu des chaises musicales, les « nouveaux visages » qu’auraient souhaité avoir Macron à ses côtés, ont tous refusé. Daniel Cohn Bendit et Pascal Canfin ont décliné la proposition, avec pragmatisme, comprenant que Macron n’est plus en odeur de sainteté, mais surtout que faire de l’écologie sous Macron est mission impossible. C’est donc la carte de la tranquillité qu’a joué Macron en nommant François de Rugy, celui là même qui a joué un rôle dans le rejet des amendements pour l’interdiction du glyphosate pendant l’été. De l’autre côté l’ancien Président de l’Assemblée sera remplacé, sans aucune surprise, par l’actuel président du groupe LREM à l’assemblée, Richard Ferrand, dans le tintamarre des casseroles qu’il traîne derrière lui.

Aux démissions se sont ajoutées les nominations de Philippe Besson, l’écrivain ami du couple Macron, au poste de Consul de Los Angeles et celle de l’ancienne directrice de l’INA au poste de haut fonctionnaire à la Culture, elle qui avait dû quitter son poste après l’affaire des 450 000 euros de taxis passés aux frais de l’institution. Cette nomination est le fait de Françoise Nyssen, ministre de la culture, qui a de son côté fait agrandir les locaux de sa maison d’édition « Actes Sud » sans aucune autorisation de la mairie de Paris et du Fisc. Des affaires qui, après celle de Benalla, viennent noircir encore plus l’image du « nouveau monde » qu’il avait souhaité vendre. Tout cela met un peu plus en lumière la supercherie qu’est le macronisme et que le président paye « cash », comme le montre un sondage qui fait de lui le président le moins populaire après un an, derrière Hollande à la même époque. Le président est en train de recevoir les premiers retours de bâton du déroulement de l’élection présidentielle. Celui qu’à gauche on a appelé très rapidement le « mal élu », arrivé au pouvoir avec le soutien d’une base sociale restreinte et sur fond d’un absentéisme record.

Un prélèvement à la source de tous les dangers

« Ceux qui me poussent à faire cette réforme ne seront pas là demain pour me défendre ». C’est une phrase passée quasi inaperçue, mais qui caractérise bien ce couac politique. Une phrase tout droit sortie de la bouche de Macron lors d’une « interview off » à l’étranger, alors qu’on l’interroge en début de semaine sur la validation ou non de la réforme du prélèvement de l’impôt à la source.

S’il a cherché à masquer ses inquiétudes derrière de prétendus problèmes techniques, et un besoin de temps, tout ceci n’est qu’une pirouette, d’autant plus quand on connait le macronisme. Celui-là même que beaucoup ont défini par son « effet bulldozer » forçant le passage sans égard pour les conséquences ; un député LREM avait même expliqué : « Les chiens aboient et la caravane passe ». S’il était homme à avoir envie de prendre le temps pour régler les problèmes techniques, ni parcoursup, ni la réforme ferroviaire, n’auraient été effectués à la vitesse TGV. Surtout quand on sait que la réforme sur le prélèvement est en test depuis plusieurs mois maintenant dans plusieurs entreprises et que les logiciels sont créés depuis deux ans.

Alors pourquoi une telle mascarade ? C’est l’effet psychologique qu’engendrera la diminution du salaire net dans la tête des travailleurs qui tétanise Macron. Cette réforme arrive dans une période critique, où beaucoup s’aperçoivent que concernant la politique de Macron, le compte n’y est pas. L’inflation avance plus vite que les augmentations de salaire, la hausse du prix de l’énergie avec des records à la pompe ou encore plus de 6% d’augmentation sur le gaz depuis cet été, sans parler de l’augmentation de la CSG ou du prix du tabac. Cette réforme avait été repoussée par Macron en 2017 pour l’année 2018, justement car il souhaitait laisser une année supplémentaire pour que le président « de la fiche de paie » comme il se décrivait durant la campagne, ne paye pas l’effet psychologique du prélèvement à la source sur le salaire net des travailleurs. Un an qui n’aura donc servi à rien au vu du chômage qui ne diminue pas et du taux de croissance revu à la baisse. Les patrons d’entreprise à qui il avait promis souplesse et stabilité, embauchent majoritairement avec des contrats précaires et non plus en CDI. Signe que les cadeaux faits aux plus riches et très rapidement concédés avec la suppression de l’ISF, la réduction des cotisations salariales et patronales, ainsi que le massacre du code du travail, n’auront pas eu l’effet escompté de « ruissellement » sur la classe ouvrière. Et le premier tiers de la suppression de la taxe d’habitation ne joue en rien sur le moral des plus précaires.

Une réforme qu’il aura définitivement validée avec orgueil après multiples discussions avec Edouard Philippe et Gérald Darmanin, sûrement ceux qui « ne seront pas là demain » pour « défendre » Macron. C’est avant tout son image Jupiterienne de président qui ne recule pas qu’il a voulu conserver, celui qui il y a encore quelques jours qualifiait de « gaulois réfractaires » ceux qui n’acceptaient pas les réformes, ou il y a encore quelques semaines répondait avec mépris un « Venez me chercher ! » en plein scandale Benalla.

Cette réforme déplait au patronat qui décrie l’investissement financier et la surcharge de travail qu’elle engendrera. Mais les patrons s’inquiètent surtout du risque de voir comme conséquence de « l’effet psychologique » de la réforme, des salariés commencer à réclamer des augmentations de salaire. Du côté des travailleurs c’est l’immixtion dans leur vie privée qui est redoutée. Sur les réseaux sociaux, on voit des salariés expliquer ne pas vouloir que demain leurs patrons sachent s’ils sont rentiers, ou encore s’ils sont adhérents d’un parti politique ou d’un syndicat, lorsqu’il s’agira de signaler les déductions d’impôts.

Une réforme impopulaire donc, même si elle ne change rien au montant de l’impôt. De nombreux spécialistes politiques indiquent qu’elle est sûrement la mesure la plus dangereuse pour le quinquennat Macron, bien plus que les prochaines à venir et non des moindres comme la réforme des retraites et de l’assurance chômage.

Si cette phase de crise politique se clôture, elle restera néanmoins dans l’esprit de tous un marqueur fort de l’échec de la politique de Macron, lui qui va voir resurgir sur le devant de la scène l’affaire Benalla avec la reprise de la commission sénatoriale le 28 Septembre prochain, et qui commencera l’année 2019 en serrant les dents pour que les premiers prélèvements à la source se passent correctement.

Une semaine qui va peser dans la prochaine phase de lutte de classe

L’avenir s’annonce bien sombre pour le gouvernement qui va bientôt annoncer les deux nouvelles réformes, celle des retraites, qui ne vise ni plus ni moins que la refonte du système par répartition de l’ensemble des travailleurs de France, ainsi que l’alignement des 42 régimes spéciaux de retraite à celui de la sécurité sociale SNCF, Ratp, Poste, EDF, Fonction Public etc… ). Ainsi que la réforme de l’assurance chômage qui viserait à copier le modèle allemand ainsi que la dévaluation du taux de l’allocation chômage.

A cela s’ajoute, des milliers d’étudiants toujours sur le carreau avec ParcourSup, des cheminots qui actuellement subissent une répression anti-gréviste, mais qui sont loin d’avoir abandonné tout esprit de revanche, d’autant plus qu’il sera question d’en finir avec la retraite des cheminots dans la prochaine réforme. Enfin s’il manquait une catégorie, les retraités vont être un des dangers pour Macron dand la prochaine période de lutte. Eux qui avaient pris par surprise le gouvernement lors d’une manifestation record le 15 Mars dernier pour dénoncer la hausse de la CSG. Les retraités qui avaient massivement voté pour Macron sont en train de se retourner contre celui qui, à l’opposé de ses promesses les traite comme « un portefeuille ». Mais les attaques contre le pouvoir d’achat ont fait beaucoup de dégâts chez les retraités, pour qui les quelques ristournes pour l’achat d’appareils auditifs qu’affiche le gouvernement comme « un coup de pouce pour les petites pensions » ne change rien.

Etudiants, chômeurs, retraités, fonctionnaires, secteur privé, le cocktail pourrait être explosif contre Macron, si le mouvement ouvrier et ses organisations passent à l’offensive, précisément en ce moment de délégitimation du gouvernement

Macron qui n’aura pas réussi à faire de la réforme ferroviaire son symbole « thatchérien » aura énormément de mal face à la colère du plus grand nombre, quand il n’a eu que trop de mal à gérer le conflit face aux cheminots, et les occupations des universités par les étudiants pendant trois mois.

Les cheminots qui ont toujours joué un rôle primordial dans le mouvement ouvrier, comme en 1995, joueront sans doute un rôle révolutionnaire aux avant-postes, après avoir retenus les leçons de la stratégie perdante de ces trois derniers mois de grève perlée, ainsi que de la manière dont a été dirigée le mouvement, par les lobbyistes de l’unité syndicale au prix d’une stratégie perdante et sans démocratie ouvrière.

C’est dans ce sens que nous parlions de défaite en demi-teinte pour la bataille du rail. En effet, Macron n’a pas réussi à écraser et humilier les cheminots et leur enlever tout esprit combatif. Parce que même s’il est clair que le gouvernement a réussi à faire passer le pacte ferroviaire, cette défaite riche d’enseignements pourra être l’un des éléments importants dans la tâche plus que nécessaire de doter le mouvement ouvrier d’une direction offensive qui lutte pour l’auto-organisation et pour un plan de bataille à la hauteur des enjeux dans les combats à venir.

Crédits photo : Philippe Wojazer Reuters




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