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Politique

Provins, ville-laboratoire de l’idéologie éducative de Blanquer.

Uniforme dans les écoles de Provins. Le maire LR ouvre la voie de la réaction Blanquer

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a récemment proposé d’instaurer le port de l’uniforme dans les écoles. La mesure, populiste vis-à-vis de l’électorat de droite et d’extrême-droite, a été aussitôt relevée par le maire Les Républicains de Provins, Olivier Lavenka. Résultat : 62 % des habitants de cette commune de Seine-et-Marne ont répondu favorablement à la consultation organisée par un maire qui a été plusieurs fois épinglé pour son refus de scolariser des mineurs hébergés dans le centre de sans-abris de la ville. Vous avez dit égalité ?

Crédit photo : image du film Les 400 coups de François Truffaut

Le maire LR de Provins, VRP du ministre de l’éducation nationale

62 % des habitants de Provins ont répondu favorablement à la proposition du maire de la ville, Olivier Lavenka, d’instaurer l’uniforme dans les six écoles primaires que compte sa ville. Juste après l’annonce du ministre de l’éducation nationale sur ce sujet, mais bien avant sa mise en place au niveau national, le très à droite Olivier Lavenka, bras droit de Christian Jacob auquel il a succédé à la tête de la ville, a pris les devants.

Pour le maire, le port de l’uniforme est « propice au climat scolaire » et « un très beau vecteur de l’intégration républicaine » qui « met en lumière ce qui rassemble les écoliers plutôt que ce qui les différencie ». Rien à redire sur le service après-vente de la proposition Blanquer. Sauf qu’il est la plus belle illustration de l’objectif politique du ministre de l’éducation nationale de Macron et du gouvernement : se tourner résolument vers l’électorat de droite pour retrouver ses appuis politiques.

Car loin de supprimer les différences, ni les inégalités (qu’il est surtout question de cacher), le port de l’uniforme à l’école est avant tout le synonyme d’une école qui met au cœur de sa pédagogie la discipline et la soumission de l’élève à l’institution scolaire. Des principes dont la droite raffole, et pour qui le respect des règles n’est pas tant comme un moyen nécessaire pour apprendre, pour vivre ensemble et s’émanciper, mais perçu comme une fin en soi. Le port de l’uniforme, étendard de cette conception éducative et symbole d’une discipline du corps qu’il s’agirait d’inculquer aux esprits. Bref, tout le contraire d’une conception progressiste de l’éducation conçue comme mode d’apprentissage de l’autonomie autant individuelle qu’intellectuelle.

Une mesure populaire à droite et à l’extrême-droite

La mesure est surtout une aubaine politique et l’occasion rêvée pour la mairie de Provins de maintenir la main sur son électorat. En cherchant à doubler de vitesse La République en Marche qui est arrivée en seconde position lors de la présidentielle sur la ville, et le gouvernement de plus en plus populaire auprès de l’électorat de droite. La mesure aura certainement le double avantage d’endiguer la concurrence du Front National qui monte dans cette zone reléguée spatialement et socialement de la grande périphérie francilienne. Cela, en s’inspirant toujours un peu plus des idées frontistes. La mairie a d’ailleurs été épinglée plusieurs fois par des collectifs d’enseignants militants pour son [refus de scolariser des mineurs dans les écoles primaires de Provins→http://www.revolutionpermanente.fr/Provins-les-enfants-sans-abri-enfin-scolarises-apres-deux-mois-de-bataille-contre-le-maire].

Une mesure qui rencontre des résistances

La mesure de Blanquer n’est pas sans rencontrer un certains nombres de réticences, notamment du côté du syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire. Francette Popineau du Snuipp a ainsi déclaré que le ministre « entretient le fantasme d’un âge d’or de l’école qui n’a jamais existé ». A Provins, les directeurs d’école ont déjà souligné les coûts supplémentaires induits pour les familles - 145 euros le trousseau – qui risquent au contraire d’engendrer de nouvelles inégalités entre les familles. Aussi, le directeur de l’école primaire du Terrier Rouge confiait au JDD que « ce n’est pas parce que cela a été voté que c’est obligatoire. Tout enfant sera accepté à la grille de l’école, avec ou sans uniforme ».

La Seine-et-Marne, laboratoire Blanquer

Après l’internat d’excellence de Sourdun, situé non loin de Provins, dans une ancienne caserne militaire, ce sont désormais les écoles de la cité médiévale qui sont au cœur de la politique éducative made in Blanquer. L’internat de Sourdun, véritable utopie éducative consistant à sortir une minorité d’élèves de leur milieu social et de leurs écoles reléguées pour les faire réussir dans un environnement survalorisant la compétition, n’est qu’un spectacle d’égalité des chances mis en place par l’ancien recteur de l’Académie de Créteil, devenu ministre de Macron. En creux, l’internat d’excellence légitime le maintien des conditions d’enseignement et d’apprentissage désastreuses dans les établissements devenus des ghettos scolaires, en prétendant sauver une infime minorité d’écoliers de ces-dits établissements. Les écoles primaires de Provins, sous le vœu de son maire, sont appelées à devenir la vitrine de l’école réactionnaire, du carcan disciplinaire et idéologique, souhaité par Jean-Michel Blanquer.




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