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Jeunesse

Lutte contre la sélection à l’université

Université Bordeaux-Victoire : violente répression policière et « lock-out » contre la mobilisation

« Vieux singe », « sale pute », « bande de PD »... C’est à coup d’insultes et de matraques que les forces de l’ordre ont violemment procédé mardi 6 mars à l’évacuation de l’amphithéâtre Gintrac, occupé par des étudiants de l’université de Bordeaux II, mobilisés contre la sélection. Depuis la rentrée universitaire, il y a une semaine, la direction du site Bordeaux-Victoire, situé en plein centre-ville, fait des pieds et des mains, pour casser la contestation du plan Vidal : refus d’accorder des amphis pour la tenue des assemblées générales, répression policière et depuis ce mercredi, décision de fermeture administrative de la fac, un « lock-out » décrété jusqu’à nouvel ordre.

Une reprise de la mobilisation après la pause universitaire

Sur le campus de l’université Bordeaux-Victoire, comme à l’Université Paul Valéry à Montpellier, à Besançon ou à Poitiers, la mobilisation contre Parcoursup et le plan « d’Orientation et Réussite des Etudiants » a repris de plus belle depuis une semaine et la fin de la pause universitaire du mois de février.

La semaine dernière, sur le campus de Bordeaux II, situé en plein centre-ville et où sont regroupés les départements de Sciences Humaines, plusieurs initiatives de mobilisation réussies ont montré, qu’à Bordeaux également, les étudiant-e-s et les enseignant-e-s s’inquiètent des dommages de la loi ORE qui prévoit, entre autres, l’instauration de la sélection et de l’exclusion des futurs bacheliers à l’entrée des universités, la restriction des formations aux besoins du marché du travail et du patronat, la suppression des rattrapages, ouvre l’augmentation des frais d’inscription et maintient en l’état la situation de dégradation des conditions d’études dans les universités publiques françaises. La semaine de la rentrée, à une journée de blocage et d’information organisée par une cinquantaine d’étudiant-e-s, a succédé l’organisation d’une Assemblée Générale. En dépit des multiples manœuvres de la direction de l’université qui a tardé, puis annulé, son accord d’un amphithéâtre, jeudi dernier, une centaine d’étudiants et de personnels se sont réunis pour pouvoir organiser la mobilisation….sur le parvis de l’université.

Occuper pour pouvoir s’organiser

Lundi 6 mars. Deuxième semaine de reprise et organisation d’une assemblée générale, cette fois, dans l’amphithéâtre Gintrac dont l’occupation pour la journée est votée. Jusqu’à 150 étudiants s’y retrouvent. On décide qu’y seront organisés, entre autre des « cours alternatifs », animés par les enseignants volontaires, dont le premier, animé lundi après-midi par une enseignante de sociologie est un vrai succès. La présidence veut négocier l’évacuation de l’amphi à 17h30 pour lequel les membres de l’AG sont d’accord. A la condition qu’un amphithéâtre libre soit accordé tous les jours pour organiser la mobilisation sur les heures d’ouverture de l’université et que les contrôles de cartes, instaurés depuis le vendredi 2 mars, soient supprimés. Ce lundi soir, suite à un accord, l’évacuation se fait sans problème.

Le lendemain, mardi, la présence de forces policières sur la fac empêche la tenue du blocage étudiant et créé un climat de tension. Visiblement, la présidence de l’université n’est pas prête à tenir les engagements de la veille. « Dès 14h30, et en plein milieu d’un nouveau cours « alternatif », alors que tout est parfaitement calme, le personnel de la fac décide de dégonder une porte de l’amphithéâtre Gintrac » qui est pourtant classé au patrimoine mondiale de l’Unesco. « C’est incroyable car l’argument de la direction pour ne pas nous accorder l’amphi était le risque de sa dégradation par les étudiants. Et là c’est eux qui l’endommagent » raconte M., un étudiant qui était sur place. A ce titre, la direction ne se gênera pas, plus tard, d’utiliser les multiples dégradations qu’occasionnera l’intervention policière de la soirée contre les étudiants.

« Ça a été l’élément déclencheur, une provocation de l’université qui a poussé à l’occupation définitive de l’amphithéâtre », qui s’est suivie de l’évacuation particulièrement violente des étudiants.

« Vieux singe », « sale pute », « bande de PD » : les insultes et les coups des policiers

Mardi, 20h15. Les policiers entrent dans l’université. Ils démontent les barricades installées plus tôt par la trentaine d’étudiants restés dans l’amphithéâtre et la centaine de soutiens qui se tiennent à l’extérieur, près de l’entrée. « Les étudiants se faisaient sortir un par un. Et au fur et à mesure qu’on les voyait sortir, ils étaient de plus en plus amochés et certains blessés ». « Un des derniers sortis avait le visage tuméfié », comme l’atteste une photo publié sur la page Facebook « Université de Bordeaux Victoire contre la sélection ».

Un étudiant a été embarqué « à moitié inconscient, le visage en sang ». Parmi ceux qui ont essayé de filmer les scènes avec leur téléphone, beaucoup se sont fait arrachés leurs téléphones : « ils étaient les premiers à se faire matraquer » raconte M. pour qui, ce soir là, « les flics ne comptaient pas seulement nous évacuer, ils se sont déchainés ». En attestent les insultes qui ont été proférées par les forces de l’ordre, racistes – « un de mes amis s’est fait traité de ‘’vieux singe’’ » - mais aussi sexistes et homophobes – « bande de bougnoules, vous êtes que des PD », des propos relayés par France 3-Aquitaine.

Lock-out de Bordeaux II et poursuite de la mobilisation sur Bordeaux III

Dès mardi soir, l’université a décidé de fermer administrativement le site de Bordeaux-Victoire jusqu’à nouvel ordre. Un véritable lock-out que dénoncent les étudiants mais aussi des enseignants. Dans un communiqué, des enseignants de la Faculté de sociologie n’ont pas tardé à condamner « la violence tant verbale que physique de cette agression » policière et à demander « la réouverture du site dès demain [jeudi 8 mars] ». Une tactique de la direction de Bordeaux II qui fait écho à celle employée à Paris I il y a quelques semaines dans l’objectif d’étouffer la mobilisation, et qui rentre parfaitement dans les plans du gouvernement : fermer le dossier de la loi ORE le plus vite possible, avec l’appuie d’un black-out médiatique quasi-totale sur les mobilisations en cours dans les universités.

Après un rassemblement avec une forte présence de la presse à 9 h, une nouvelle assemblée Générale, cette fois-ci tenue sur le site de Bordeaux-Montaigne, sur le campus de Pessac, réunissait 300 personnes, une occupation d’amphithéâtre a été déclaré, afin de poursuivre la mobilisation et de préparer la journée du 15 mars qui s’annonce comme la prochaine date de mobilisation contre la sélection à l’université.

Crédits photo : OSB IV




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