Jeunesse

Mobilisation à Paris 8

Université Paris 8 : validation universelle des notes. Réponse à Danielle Tartakowsky

Publié le 20 mai 2016

Le 14 mai 2016, Danielle Tartakowsky, présidente de l’Université Paris VIII, faisait part de sa surprise quant à la décision de certains départements de procéder à la validation universelle. Devant les caméras de BFM TV, à la fois choquée et stupéfaite, elle affirme avec fermeté que ces « diplômes [ne seront] naturellement pas validés ».

Coline Delarge

On peut soupçonner à juste titre que cette surprise est feinte ; en effet les étudiants de Paris VIII, mobilisés depuis début mars, se sont rapidement saisis de la problématique des partiels, sachant que les enseignants les plus opposés au mouvement pouvaient utiliser les notes comme moyen de pression. Car pour tout étudiant, ‘perdre’ une année scolaire est un problème, aussi déterminé soit-on ; pour les étudiants boursiers, la validation est nécessaire puisque sans notes (ou avec une année ratée) les bourses peuvent être remises en cause ; enfin, pour les étudiants étrangers, si l’année n’est pas validée, le titre de séjour n’est pas renouvelé. Ne désirant pas laisser cette épée de Damoclès au dessus de leur tête, les départements mobilisés ont décidé dans leurs AGs respectives de procéder à une méthode de validation qui leur correspondait. Les enseignants ont de plus eu l’aval de la présidente lorsque cette dernière leur a demandé de ne pas pénaliser les étudiants mobilisés ; implicitement c’était leur donner carte blanche.

« Vous vous rendez compte le signal que cela enverrait aux recruteurs ? Et puis quelqu’un qui n’a pas acquis les connaissances nécessaires et que l’on fait passer en classe supérieure est voué à l’échec, ça, c’est une certitude ».

Si Mme Tartakowky s’était donné la peine de se balader dans l’université qu’elle entend présider durant ces deux mois de mobilisation, elle aurait sans doute remis en cause cette certitude. Car les enseignants et étudiants n’ont pas cessé toute activité intellectuelle après avoir voté la grève. Entre deux AG, les départements mobilisés proposaient des cours alternatifs, et les calendriers, remis à jour toutes les semaines, offraient un programme aussi dense que la période de pré-mobilisation. Des cours qui, de plus, étaient ouverts à toutes et tous, encourageant ainsi un champ plus large d’échanges et de débats. Elle aurait découvert des étudiants présents quotidiennement sur la fac, s’organisant, poussant leurs réflexions bien plus loin que ce que l’on attendait d’eux, déconstruisant les rapports de domination entre enseignants et étudiants. Elle aurait pu assister à l’une des nombreuses journées de débats autour de thèmes aussi variés que le racisme, le genre, la répression.

Par cette déclaration, Danielle Tartakowksy ne remet pas seulement en cause un système de validation exceptionnelle (qui donne par ailleurs le droit de grève aux étudiants), elle donne à voir aussi sa vision de l’université et de la légitimité intellectuelle. Ainsi, selon elle, la formation universitaire est censée nous rendre désirable aux yeux des recruteurs. Et qu’importe la véritable valeur de ce que l’on intègre dans nos cours, ce qu’il faut, c’est ingurgiter les connaissances qui nous rendent rentables et efficaces dans le monde du travail.

C’est bien la loi travail et son monde que nous remettons en cause. Son monde qui nous propose une université qui enclave les départements, en tâchant de bien laisser les étudiants à leur place.

Alors que la mobilisation contre la loi travail s’accélère dans certains secteurs, que les travailleurs et chômeurs ont à faire face au passage en force que constitue le 49.3, que la répression se durcit et que les violences policières se multiplient, les médias, qui semblent aveugles à tout sujet un tant soit peu ancré dans les préoccupations réelles des personnes qu’ils entendent informer, décident de se focaliser sur la question de la validation universelle. Différents grands médias s’insurgent, pointant l’injustice pour « ceux qui travaillent », s’indignant de cette inégalité, alors qu’au même moment, on matraque, gaze et emprisonne ceux qui se soulèvent contre l’acte anti-démocratique qu’est le 49.3.

Ce qu’entend probablement faire Tartakowsky à travers ses déclarations dans les médias, c’est imposer un retour à l’ordre.

Aux médias, nous avons envie de répondre que ni la pluie, ni les matraques, ni les partiels n’auront raison de notre détermination.

À Mme Tartakowsky, que nous sommes nous aussi des spécialistes des mouvements sociaux, que nous en avons appris la combativité et l’inébranlable résolution face à tout ceux et celles qui chercheraient, par de basses manœuvres, à faire fléchir la détermination.