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Jeunesse

Casse universitaire

Université Paul Sabatier à Toulouse : entre rigueur austéritaire et austérité rigoureuse

L'Université toulousaine Paul Sabatier est citée dans un rapport de la Cour des Comptes paru début juin comme faisant partie des universités les plus instables financièrement, avec « un risque d'insoutenabilité à court ou moyen terme » : résultat logique d'une décennie de casse des universités depuis la LRU.

A côté d’une dizaine d’autres universités, l’Université Paul Sabatier (UT3), est pointée par la Cour des Comptes pour son instabilité financière. Jean-Pierre Vinel, actuel Président de l’Université, se félicite dans une interview accordée à la Dépêche d’avoir réussi à boucler un budget équilibré pour la première fois depuis 2014, en cherchant à réaliser 16 millions d’euros d’économie. Cette dégradation de la situation financière s’explique par l’autonomisation des budgets universitaires et le désengagement financier de l’État depuis la LRU en 2007. Les universités doivent donc, de plus en plus, trouver elles-mêmes leurs financements, auprès d’acteurs privés notamment. Par ailleurs, conséquence démographique prévue de longue date mais non anticipée de manière convaincante dans les faits, les universités accueillent depuis quelques années toujours plus d’étudiants en raison du « baby-boom » des années 2000.

Seule solution à une situation si catastrophique : toujours plus de précarité pour les travailleurs de l’université et en premier lieu les Biatss (personnel non-enseignant). Ainsi, ce sont 200 postes qui ont été supprimés par non-renouvellement en 2016 et de nombreux postes qui sont gelés depuis. Paradoxe intéressant qui consiste à baisser le nombre de travailleurs alors même que le nombre d’étudiants augmente... Il est clair que cela signifie une hausse de la pression au travail, puisqu’il faut faire toujours plus avec toujours moins ! La direction de l’Université ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisque, dans l’interview citée plus haut, le Président prévient : « Un volet d’économies va toucher la masse salariale, qui représente 80 % de notre budget. Nous allons en parallèle travailler à l’augmentation de nos ressources propres, sur les formations par exemple. ». Préférant nommer, dans un habile jeu de langue de bois, ce tournant budgétaire « rigueur » plutôt qu’« austérité ». Le Président annonce donc de manière à peine voilée des plans de restructuration qui toucheront la « masse salariale », expression déshumanisante qui cache la réalité d’hommes et de femmes qui vont voir leurs conditions de travail se dégrader. Comment comprendre, ensuite, « l’augmentation de nos ressources propres, sur les formations par exemple », si ce n’est en rognant sur les capacités d’accueil et les conditions d’étude ou l’affirmation d’une augmentation à venir des frais d’inscription ? Augmentation dans l’air du temps puisque c’est la politique qui est encouragée depuis la LRU par l’autonomisation des universités, puis par la loi Fioraso (2013) qui a démarré les politiques de fusion, la même logique derrière les projets IDEX pour des filières d’excellence (certains masters à 4000 euros l’année à l’université Sophia-Antipolis de Nice) qui trouve son aboutissement dernièrement avec la loi ORE. Ainsi, ce sont une individualisation des parcours, une mise en concurrence exacerbée entre les établissements, les travailleurs (enseignants et non-enseignants) et les étudiants, qui sont à l’ordre du jour.

C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre la lutte contre la fusion des universités, restée marginale à l’UT3 si on la compare avec l’Université du Mirail (UT2). Cela est lié à un certain nombre de facteurs comme la politisation globale qui existe au Mirail et les campagnes importantes qui y ont eu lieu depuis près de deux ans, forçant la direction de la fac à demander l’avis des étudiants, des enseignants et des Biatss sur la question (avant de s’asseoir sur leur décision), popularisant largement le sujet et créant un vaste sentiment de colère. Il s’agit également d’écarter l’idée que l’université de sciences « dure », à l’inverse de celle de sciences humaines, qui aurait eu à y gagner largement : les filières de sciences fondamentales, non rentables à court-terme pour de potentiels investisseurs, auraient sûrement pâti des politiques de regroupement. Ainsi, la relative acceptation du projet ou du moins la non-opposition face à celui-ci peut plutôt s’expliquer, au-delà du processus qui a été bien moins publicisé qu’au Mirail mais comme le sont d’ordinaire toutes les décisions relatives à la gestion des universités, par une austérité déjà admise et un bilan financier qui incite à des comportements « responsables », en opposition aux « grévistes » et autres « agitateurs » qui remettent profondément en cause le système universitaire tel qu’il existe.

Car il est évident que la crise budgétaire qui touche aujourd’hui un certain nombre d’universités aurait pu être évitée et qu’elle est le résultat d’une politique consciente qui porte ses fruits. Elle permet effectivement de réduire drastiquement les postes dans la fonction publique, d’exploiter toujours plus les travailleurs, de priver une part importante des étudiants de bonnes conditions d’études, voire d’études tout simplement, et de glisser lentement vers une privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche en introduisant économiquement et politiquement des secteurs du patronat dans la vie universitaire. Une exception française jusque-là où les capitalistes se voyaient privés de parts de marché et de profits potentiels dans le domaine de l’éducation bien que l’institution universitaire et l’école en général aient toujours été profondément liées au système capitaliste, que le gouvernement actuel souhaite bien corriger. Dans cette voie, il peut compter sur les directions des universités qui, bon gré mal gré, face à la situation économique de leurs universités seront obligées de se ranger, tôt ou tard, derrière le réalisme politique qui enjoint à sélectionner les étudiants et à mettre en place une austérité généralisée... A moins que Vinci ou Thalès ne vous tende la main.




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