Jeunesse

Dans le fief de Manuel Valls ...

Université d’Évry. Le "comob" blacklisté et le meeting contre les violences policières interdit !

Publié le 17 octobre 2016

À l’université d’Evry, tout est permis contre les « gauchistes ». Ce jeudi 13 octobre, l’ensemble des membres de la communauté universitaire d’Evry découvraient dans leur boîte mail une « note d’information » de la direction générale de l’université, accompagnée d’un arrêté, interdisant l’accès à leur lieu d’étude et de travail à tous les « affiliés » au « comité de mobilisation » (créé pendant le mouvement contre la loi travail) de la fac. Cette interdiction valant pour le lundi 17 octobre suivant, jour où devait se tenir un meeting « Mais que fait la police ? » avec comme invité Matthieu Rigouste, sociologue, et Yasser Laouti, militant contre l’islamophobie. On voudrait rire d’une telle disproportion des faits si l’on ne comprenait pas le sens éminemment politique de cette information, et l’intimidation brutale qui se joue derrière. Ce lundi, l’université avait effectivement placé à ses portes un dispositif de sécurité accru, fouillant les sacs et matérialisant de ce fait la menace préalablement écrite.
 
Mar Martin

« L’ordre public » au service du politique

« L’accès à tout local de l’Université d’Evry Val d’Essonne est interdit à toute manifestation émanant, ou dans le but de voir la réunion d’adhérents ou de personnes affiliées au « Comité de Mobilisation de l’Université d’Evry » de ce Lundi 17 Octobre 2016 ; et ce pour des raisons de sécurité et de maintien de l’ordre public, liées notamment aux exigences du plan Vigipirate en vigueur au sein de l’établissement. »Classement :« Affaires Juridiques »et« Affaires Générales ». Mots clés :« Manifestation, comité, débat ».

Jusqu’alors, les interdictions d’évènements sur les facs restaient plutôt rares et cantonnées à une épine bien connue de la République française : le soutien au peuple Palestinien. Régulièrement, les conférences font l’objet d’interdictions,souvent mises en échec par la mobilisation des militants. Ici encore, les mêmes motifs fallacieux de « sécurité et maintien de l’ordre public » sont indiqués, prouvant s’il le fallait encore l’utilisation bel et bien politique des « plans Vigipirate » et autres « états d’urgence ».

L’isolement contre le « tous ensemble »

Si l’arrêté tient à peine debout, ne serait-ce que parce qu’aucune « affiliation » ou « adhésion » n’est officielle pour les comités de mobilisation, permettant par là-même une auto-organisation réelle des étudiants et travailleurs en toute indépendance des institutions ou de leur hiérarchie, c’est que la priorité ne semble pas tant juridique que politique. De mars à juillet, les étudiants ont été un des acteurs centraux du mouvement contre la loi travail, sous la bannière du « tous ensemble », interfac mais également intersectoriel. Ce mouvement, s’il n’a pas réussi à contrer la loi en tant que telle, a tout de même bien entamé le gouvernement qui n’a pu faire passer son projet qu’au prix de trois 49-3 et d’une forte délégitimation. Revanchardle gouvernement ?Dans l’ancienne ville de Valls,il semble bien.

Et il semble également qu’il sache pertinemment où viser : à la base même de l’organisation étudiante, le comité de mobilisation, organe de structuration démocratique qui peut échapper à tout contrôle institutionnel par son indépendance. Et dans l’une des facs les plus isolées de région parisienne. C’est en cela quelecommuniquédes étudiantset personnelsmobilisés de Jussieu est exemplaire, bien loin d’y voir là une problématique « locale » à laquelle les Evryens devraient faire face seuls.De plus contrel’interdiction du meeting d’Evry,des étudiants et personnels de Jussieu ont décidé de convierYasser Louati unintervenant initialement invités à Evry à leur propreconférence « Contre l’islamophobie et les racismes d’Etat : faisons front ! », ce vendredi 21 octobre à 18h15.

Mathieu Rigouste et Yasser Louati ont d’ailleurs tous deux réagi publiquement à cette censure, dénonçant dans une vidéo la censure dont font l’objet les discours mettant en lumière le racisme et l’islamopophobie orchestrés par l’Etat.

Action (anti-raciste) - réaction (répressive)

Mais plus que ça, cette interdiction tente également de se justifier par lesévènements récents de Viry-Chatillon, instrumentalisés au profit de discours racistes sur les « sauvageons » des quartiers populaires et de plaintes larmoyantes sur le « dangereux métier » qu’est celui des policiers. Et tout juste après, la presse étalait sa nouvelle affaire : celle des « tagsde Paris 1 », écritures au mur bien connues de tous les bords politiques, qui cette fois revendiquaient les faits de Viry-Chatillon. Un déroulé parfait pour des médias-professionnels dans le renversement des accusations.

Car si la mobilisation contre la loi travail avait déjà porté à la connaissance d’un large secteur de militants le niveau de violence que le gouvernement et ses bras armés étaient capables de mobiliser, l’été lui a succédé en visibilisant autour de la mort d’Adama des violences bien plus récurrentes mais maintenues secrètes entre les murs des quartiers. Et le coup de grâce del’agression de Guillaume Vadot était venu compléter le tableau accablant d’une répression aux facettes multiples, mais de plus en plus dure à cacher.

L’intimidation que viennent de subir les militants du comité de mobilisation d’Evry s’ancre dans ce contexte politique fort. C’est ce même contexte qui avait pu produire lesuccès du meeting « Faisons front ! » de Paris 1 Tolbiac, dont les suites immédiates se trouvent dans le procès des Goodyear et la solidarité de classe qui s’organise autour. Des réactions que le gouvernement s’empresse de vouloir mettre à bas.

Une intimidation qui doit nous confirmer que nous avons juste lorsque nous nous opposons à l’isolement que nous impose la ségrégation géographique et morale des populations, la sectorisation du travail, la hiérarchisation de nos contrats, ou la spécialisation de nos études. Si le gouvernement et ses relais de direction locale se servent d’Evry pour avancer dans l’explosion du « tous ensemble », la réponse doit bel et bien être celle d’un soutien de tous les militants des autres universités, des victimes de toutes les répressions, syndicales, juridiques, policières, celle d’une solidarité de classe, bref, celle du Faisons front !

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