Politique

Les patrons entrent en campagne pour 2017

Université d’été du MEDEF. Deux jours pour dicter le programme du futur président

Publié le 30 août 2016

Frédéric Apoyo

C’est ce mardi 30 août qu’a débuté l’université d’été du MEDEF sur le campus de HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines). Deux jours de débats entre grands patrons, avec un objectif clair : dicter leur programme au futur président de la République.

Ils seront, comme chaque année, nombreux à défiler à la tribune de l’université d’été du MEDEF pour tenter de séduire cet électorat capital dans le cadre de la démocratie bourgeoise. C’est ainsi que les principaux candidats à la primaire de la droite seront de la partie : François Fillon, Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Alain Juppé sont ainsi attendus dans les Yvelines, et une bonne partie de la primaire Républicaine s’y joueras. Après les chamailleries à fort relent réactionnaire entre principaux pontes de la droite, il s’agit donc maintenant de se positionner sur le terrain économique. Car Pierre Gattaz l’a exigé : «  La croissance et le plein emploi devraient être la clé de voûte des programmes à l’élection présidentielle et devraient représenter 70 % des programmes politiques que vont nous présenter les candidats dans les jours à venir.  »

Du PS, Marie-Noëlle Lienemann, frondeuse et candidate aux primaires, est attendue dans les Yvelines pour se mêler à cette course aux soutiens patronaux. Pourtant bien représenté les années précédentes par les Ayrault, Valls ou autre Moscovici – qui chacun à leur tour avait eu tout à loisir de narrer leur amour des patrons, trop heureux d’afficher leurs vrais visages –, il n’y aura cette année qu’un seul représentant du gouvernement. Ou plutôt, un ministre sur le départ : le « bon ministre de l’économie » - selon les dires de Sir Gattaz - Emmanuel Macron. Le timing entre l’ouverture de l’université d’été et la démission annoncée de Macron sonne comme un véritable lancement de campagne. Auprès des siens, car « bienvenu au Medef dans tous les cas de figure.  »

Gattaz rassuré par le « pragmatisme » des candidats de la primaire à droite

Mais les candidats de droite semblent, pour l’élection de 2017, avoir un temps d’avance aux yeux du MEDEF. Si, en 2012, Hollande représentait une alternative raisonnable pour acheter la paix sociale, la politique libérale du gouvernement socialiste – dont les seuls points noirs sont pour Gattaz la loi sur la pénibilité et une loi travail « trop light » – l’heure est aujourd’hui venue de choisir le pantin capable de tenir des engagements forts. Car pour le patron du MEDEF, «  il n’y a aucune raison que la France fasse moins bien que l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Mais cette croissance, il faut aller la chercher, pas l’attendre comme la pluie ».

En ce sens, le patron des patrons se montre enthousiaste à la lecture des programmes des candidats à la primaire de la droite, qui « font tomber une série de tabous, comme avec la suppression de l’ISF [...] baisse massive des charges, restauration des marges des entreprises, réduction des dépenses publiques, déverrouillage du marché du travail : ces postulats de départ sont assumés par tous et ça me rassure » affirmant par la suite qu’ « il faut désormais aller de l’avant. Et beaucoup plus loin et plus vite !  » Et pour l’ensemble des travailleurs et des classes populaires, une énième cure d’austérité, d’énièmes sacrifices sur l’autel des profits. C’est cela que les patrons attendent des candidats à la présidentielle, un programme misant tout sur la politique de la relance économique par l’offre, décortiquant les droits des travailleurs et, surtout, permettant à une offensive néolibérale sans complexe à la mesure, pour la bourgeoisie nationale, de concurrencer ses adversaires direct, à commencer par l’Allemagne.

Le patronat se met en ordre de bataille ... Nous aussi !

Ces deux jours d’université d’été du MEDEF, la dernière avant l’élection 2017, rime donc avec la mise en ordre de bataille du patronat, en quête d’un successeur à Hollande à même de pouvoir poursuivre et intensifier les attaques contre les travailleurs. Comme une piqure de rappel réactualisant le slogan entendu en manifestation : « C’est pas à Matignon, c’est pas dans les salons qu’on obtiendra satisfaction ! C’est par la rue, et par l’action ! » C’est ainsi qu’une reprise de la mobilisation contre la loi El Khomri et son monde, celui de Pierre Gattaz et ses sbires, se trouverait être un véritable camouflet pour le patronat. Un scénario catastrophe même, à moins de 9 mois de la grande messe de leur démocratie. La date du 15 septembre doit ainsi servir de point de départ à une relance du mouvement après la trêve estivale, pour enfin réaliser le tous ensemble – étudiants, chômeurs et salariés – capable de mettre en déroute Gattaz, Valls et tous les autres. Car nul doute que, face à des étudiants mobilisés et des travailleurs en grève, marchant côte à côte dans la rue, les sourires et les discours offensant du patronat et ses laquais laisseront place à un florilège de grimaces.