Politique

A moins de 8 mois de la #Présidentielle2017

Université d’été du NPA. Philippe Poutou entre en campagne

Publié le 24 août 2016

Damien Bernard

En présence de plusieurs centaines de militants, se tenait ce mardi 23 aout à Port Leucate, le meeting d’ouverture de la 8ème université du NPA. C’est dans le contexte d’une situation très mouvante et polarisée - notamment par la mobilisation contre la loi Travail puis un retour de l’offensive raciste et islamophobe de la classe politique suite aux attentats - que débutait cette université d’été. Cette année encore, ce sont près de 650 militants qui y participent, une petite déception si l’on considère le caractère exceptionnel de cette période du point de vue de la lutte de classe. A moins de 8 mois des élections présidentielles, Philippe Poutou, candidat pour le NPA, y clôturait le meeting d’ouverture, par un discours aux allures de lancement de campagne.

A la tribune se sont succedées les interventions de plusieurs figures du NPA. D’Olivier Besancenot, ex-candidat aux présidentielles de 2007, à Armelle Pertuis, porte-parole du NPA, en passant par Fadela, militante réprimée à Marseille, Ghayath Naisse, de la Gauche Révolutionnaire Syrienne, Christine Poupin, porte-parole du NPA, Tarik pour la jeunesse du NPA, et pour finir Philippe Poutou, candidat à l’élection présidentielle pour le NPA. Parmi les sujets qui ont été abordés, la mobilisation contre la loi travail a pris une place particulièrement importante. Ce sont aussi les questions de la répression, de la lutte contre l’impérialisme, et des luttes écologiques qui ont été au centre des interventions.

Dans un premier temps, Philippe Poutou a insisté sur la nouvelle séquence politique qui s’est ouverte après l’attentat de Nice, puis l’assassinat d’un prêtre dans l’Eglise de Saint-Etienne-du-Rouvray. Cette « folie meurtrière » touche non seulement la France, mais aussi l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie ou encore la Turquie. Quelle que soit la nationalité et la religion de ses commanditaires, ces attentats sont à condamner, a-t-il déclaré. Au sein de l’échiquier politique, aussi bien la gauche au pouvoir que la droite, les réponses à ces attentats ultra réactionnaires ne proposent que des logiques toujours plus sécuritaires et guerrières, avec la mise en place de « l’état d’urgence », ses « interdictions de manifester », ou encore des « bombardements en Syrie et en Irak ». La proposition du NPA, à même d’éviter cette spirale réactionnaire et belliciste en interne et de lutter contre les réactionnaires de Daesh consiste à exiger, notamment en France, « l’interdiction de la vente d’armes », l’arrêt des bombardements, et plus généralement d’un « combat contre les politiques impérialistes », a affirmé Poutou.

C’est ensuite la « bêtise du burkini » et ses interdictions par ses mairies de droite, mais pas seulement, qui est venu compléter la séquence réactionnaire. Cette interdiction vise à stigmatiser la « partie immigrée », a expliqué Philippe Poutou. L’objectif de la classe politique est de « montrer du doigt une partie de la population », pour l’associer au « risque terroriste », de « diviser les opprimés entre eux », de contenir le « mécontentement » et de faire « oublier » la mobilisation contre la loi Travail. Selon Poutou, il s’agit alors pour le NPA d’offrir une réponse politique pour combattre le chômage de masse qui touche notamment les quartiers populaires. Il faudrait lutter contre « les discriminations » et les « violences policières » qui touchent plus particulièrement les plus démunis et les plus fragiles.
Les déclarations de Poutou sont ensuite revenu sur la mobilisation contre la loi travail : 4 mois de mobilisation, c’est un record de longueur pour un mouvement social. Cette mobilisation a permis de « relever la tête », avec 4 mois de grève, d’Assemblées Générales, ou encore, avec l’installation de Nuit Debout. Ce fut aussi l’occasion de « s’opposer au gouvernement » et d’enclencher la riposte, a-t-il ajouté. Avec une prochaine date de mobilisation au 15 septembre, l’objectif serait de redémarrer un « mouvement offensif pour abroger la loi ». Les équipes syndicales et les associations sont déterminées, a-t-il continué.

Alors que le NPA a été assez peu visible lors de cette mobilisation contre la loi Travail, notamment faute d’avoir pu développer une politique alternative à la direction de Martinez, il s’agirait cette fois-ci, selon Poutou, de développer un « programme radical » pour passer à l’offensive. Une politique chargée d’offrir une réponse à la crise, au chômage et à la précarité, le tout en commençant par le partage du temps de travail, à 30h ou 32h. La question des retraites est aussi à prendre en charge conclue-t-il.

Désormais la situation permettrait d’ « oser revendiquer », d’ « oser défendre » un programme pour une hausse des revenus, qui assure le partage des richesses et un revenu décent pour tous, à 1700 euros net, a-t-il précisé. Il y « assez de richesses » qu’il convient de répartir. Pour cela, il s’agit de préparer un « affrontement » de notre camp social pour diriger l’économie, pour l’expropriation des banques, et pour un secteur public de l’énergie, affirme Poutou. Tout cela combinée à l’expropriation des grands entreprises afin de concrétiser ces mesures. A ce programme, nous ne pouvons qu’y souscrire tant que cela se fait via une expropriation, sans indemnité ni rachats de tous les grandes entreprises et à une mise sous contrôle des travailleurs. Une agitation politique de masse est nécessaire pour affirmer ce programme.
Face à l’Europe forteresse, Philippe Poutou a rappelé la nécessité d’exiger la liberté de circulation et d’installation de tous les sans-papier en référence au 20e anniversaire de l’expulsion de l’église Saint-Bernard. Face à la crise environnementale, il défend l’intervention des militants dans toutes les luttes écologiques, comme Notre-Dame-Des-Landes, Bure, ou Sivens, dont les grands projets inutiles profitent essentiellement à des multinationales comme Vinci. Il s’agit pour cela d’imposer notre « démocratie » qui doit permettre de s’y opposer. Alors que nous fêtons les 80 ans de mai juin 1936, de la vague de grève qui a vu des millions de salariés se mobiliser pour obtenir les congés payés, les 40h, ou encore la convention collective, cela démontre qu’avec le rapport de force, ce n’est pas impossible, a-t-il continué.

En ce qui concerne, l’élection présidentielle, Poutou montre en quoi il se distingue totalement du défilé des politiciens « Duflot, Montebourg et Hamon », qui sont d’ailleurs tous des anciens ministres. Sa candidature est avant tout une candidature collective, déclare-t-il, pour être le « porte-parole des sans voix ». Son vœu le plus cher... qu’un mouvement social ait lieu pendant la campagne et les élections présidentielles : « ce serait le meilleur cadre pour entamer la campagne ». Cette candidature ne vise pas en soi la position d’élu et rejette totalement la possibilité de faire partie de ces « monarques », continue-t-il. Le pouvoir politique doit être dans les mains de notre « camp social », pour offrir un début de solution politique à la crise.
Alors qu’Olivier Besancenot a rappelé le centenaire de la révolution Russe en 2017, le meeting a été ponctué par la chanson de Craonne entonnée par les mutins de 1917. Interdite par le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, début juillet, les participants à l’université d’été l’ont chanté en cœur, pour ensuite clôturer comme à son habitude, le meeting, par le chant de l’internationale.