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Politique

L’heure de la matraque a sonné

Urgent. Le gouvernement aurait donné l’ordre de débloquer les facs coûte que coûte

Une coïncidence, la vague de répression actuelle contre les facs bloquées ? Pas du tout. Au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal aurait donné l’ordre aux présidents d’université de faire débloquer l’ensemble des sites mobilisés par tous les moyens nécessaires, y compris par la force.

La séquence actuelle ne doit rien au hasard. D’un côté, on envoie la gendarmerie contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. De l’autre, on envoie des fourgons de CRS tourner autour des universités bloquées et on expédie la police sur Nanterre, lundi, pour expulser violemment ce qui ressemblait à un début d’occupation. Tout se tient, d’autant que dans les couloirs du ministère, ça chauffe.

C’est un secret de Polichinelle, désormais, et les infos fuitent, volontairement ou non, en direction des élus de l’opposition, à l’Assemblée et au Sénat, qui relaient le message : Vidal, mais surtout Jean-Michel Blanquer, qui est derrière elle, et le Premier-ministre, sur ordre de l’Elysée, auraient donné la consigne de faire cesser les occupations, par tous les moyens nécessaires. Et s’il s’agit de suspendre les franchises universitaires pour permettre l’intervention des forces de répression, le gouvernement a donné son blanc-seing.

C’est la raison pour laquelle les flics sont sur les dents, depuis lundi matin. Après Nanterre, ils ont remis le couvert, mardi en milieu de matinée, avec les étudiants rassemblés devant le rectorat de Montpellier. C’est ainsi dans le sillage de ce raidissement de l’exécutif que les groupuscules d’extrême droite multiplient les provocations qui sont fonctionnelles à la politique gouvernementale.

Alors, bien entendu, le risque d’un saut dans la mobilisation, en réaction à la répression, existe bel et bien. Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université, favorable à la Loi ORE, soulignait dernièrement, à propos de Tolbiac, que « faire intervenir les forces de l’ordre dans un site où il y a (…) une seule entrée, des grilles, risquerait d’envenimer la situation (...) Il y a un climat général qu’on sent monter, avec des risques d’affrontement (…). Notre inquiétude c’est que ça se transforme non pas en débat autour de la loi mais en des scènes de violences auxquelles nous ne sommes pas en mesure de répondre ».

Le gouvernement semble prêt à courir le risque, en frappant un grand coup, juste avant la pause universitaire de Paris, Montpellier et Toulouse, notamment. Voudrait-il faire place nette avant les interventions de propagande huilée de Macron sur TF1, jeudi, puis sur BFM et Médiapart, dimanche pour dire que la situation est revenue à la normale et que les sacro-saints examens se tiendront dans les délais prévus ? C’est une hypothèse. Faute d’avoir su tuer la mobilisation de la jeunesse dans l’œuf, le gouvernement essaye de matraquer suffisamment avant que les cheminots ne passent à la seconde phase de leur grève, vendredi 13, avec des annonces de reconductible sur plusieurs gares, comme à Saint-Lazare ou Paris Nord, la plus grosse gare d’Europe.

Le ras-le-bol contre ce gouvernement est bien réel. Pour lui, le risque de coagulation des colères l’est aussi. D’où l’ordre donné, en cette nouvelle journée de mobilisation dans l’éducation et le supérieur, de taper dans le tas, avant qu’il ne soit trop tard.

[Crédit illustration : Louis Rémillard]




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