Société

Cinéma subversif

[VIDEO] Secouons un peu Alliance pour voir ce qu’il en reste...

Publié le 16 mai 2016

Le 4 mai dernier, le syndicat de policiers Alliance a publié un communiqué annonçant sa volonté de manifester le 18 mai contre la « haine anti-flics ». L’initiative a bientôt été rejointe par la CGT Police, soutenue par Philippe Martinez.

Face à cette annonce, le collectif Radical Cinéma a publié une vidéo pour montrer ce qui se cache derrière Alliance. Révolution Permanente a interviewé l’initiatrice de la vidéo. Attention spoiler, on vous conseille de regarder la vidéo avant !

Propos recueillis par Dom Thomas

Secouons un peu le syndicat Alliance Police from Radical Cinema on Vimeo.


D’où est venue l’idée de cette vidéo ?

Cela faisait quelques temps qu’avec des ami.es nous nous disions qu’il fallait faire quelque chose contre l’initiative d’Alliance, et relayer l’appel à rassemblement le 18 mai à 11h à République lancé par Urgence Notre Police Assassine. Hier matin, mon père, qui est artiste et qui se passionne pour les mots, la langue et l’écriture, m’envoie sa trouvaille : l’anagramme d’Alliance, c’est Canaille ! Il y a toujours quelque chose de magique dans une anagramme : elle semble révéler un sens caché, faire éclater une correspondance. Dans le cas d’Alliance, ça marche trop bien, puisque ce qui se révèle, c’est "canaille". Alliance est une canaille qui tient un discours mensonger et malhonnête. Et étymologiquement, "canaille" c’est la "bande de chiens", ce qui pointe vers le rôle de chiens de garde du capitalisme, de l’État et des patrons que joue la police. La pertinence de cette anagramme saute aux yeux, et elle est vraiment trop drôle... ça nous a donné envie de la mettre en scène en gardant ces deux aspects : on voulait s’amuser, faire rire les gen.tes et faire éclater la vérité de l’anagramme. Alors on a dansé comme des fous sur une chanson de Ray Charles qui répète "shake it shake it shake it baby" : si on secoue "Alliance" les lettres se mélangent, les masques tombent et c’est bien une canaille qui apparaît.

Qu’est-ce que vous avez voulu dire par cette vidéo ? Qu’est-ce qui vous a motivés ?

Le point de départ, c’est le scandale de l’appel d’Alliance à manifester à République pour défendre l’aimable et doux métier de lacrymogêneurs professionnels. Alliance est un syndicat facho, qui prétend que la police est la malheureuse victime des mouvements sociaux, et qui réclame plus de moyens et plus d’impunité encore, alors que c’est une institution qui détient déjà un véritable permis de tuer et qui assassine des dizaines de gens chaque année, comme cherche à le faire reconnaitre le collectif Urgence Notre Police Assassine. Nous savons que la police ne « protège » qu’une minorité de privilégiés, qu’elle est organisée pour produire de la violence et mettre en œuvre un racisme d’État, tout en étant protégée par les institutions, la justice et les médias. Combien de policiers assassins ont bénéficié d’un non-lieu, ont été acquittés ? Nous ne croyons pas aux « bavures », au flic paniqué qui tue par accident. C’est la fonction qu’on leur attribue et l’impunité qu’on leur garantit qui rend les flics violents et assassins. N’oublions pas Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, et tou.tes les assassiné.es de cette police qui, aujourd’hui comme d’habitude, cherche à se faire passer pour la victime sans défense d’une incompréhension générale et de l’agressivité illégitime de quelques un.es. Comme l’a montré Mathieu Rigouste, un sociologue dans La domination policière, la police mobilise des notions et met en œuvre des pratiques qu’elle a héritées de la colonisation, notamment de la guerre d’Algérie. Elle crée un « socio-apartheid » et empêche littéralement plein de gens de sortir de chez eux, en les harcelant continuellement, en les contrôlant systématiquement dès qu’ils mettent un pied dehors. L’autre jour, sur les quais, un flic a répondu « Vous n’avez qu’à rester chez vous » à quelqu’un qui protestait contre le contrôle au faciès et disait qu’il avait déjà été contrôlé trois fois depuis qu’il était sorti de chez lui. La police met en œuvre le racisme d’État et crée, par sa manière de traiter les gens, des catégories sociales. Elle exerce sa violence en toute impunité dans les quartiers populaires, qu’elle utilise comme laboratoire pour tester ses armes et ses techniques, qui seront ensuite vendus à d’autres pays par l’État français et/ou des entreprises privées. La médiatisation de la répression sert de vitrine à des entreprises françaises comme Marck ou Alsetex sur ce que Rigouste appelle le « marché international de la coercition ». La police joue un grand spectacle que les médias relaient pour faire reconnaître "dans le monde entier le savoir faire de nos forces de sécurité", comme l’a déclaré Michèle Alliot-Marie en 2011. C’est intéressant de voir d’ailleurs comment la police française elle-même importe des techniques de l’étranger : un article paru surLundi matin analyse par exemple l’importation très récente de la technique de la nasse, ou kettling. En ce moment, on dit beaucoup que les flics font n’importe quoi, mais en fait ils testent de nouvelles techniques, et produisent, par le fait de couper les manifs en morceaux et de gazer systématiquement l’avant des manifs, des groupes de « bons manifestants » et des groupes de « casseurs ». Encore une fois, c’est eux qui produisent les différences qu’ils prétendent constater. Encore une fois, c’est eux qui produisent la violence qu’ils prétendent endiguer.

Qu’est-ce qui t’a le plus marquée ces derniers temps dans la mobilisation en cours ?

Il me semble que, ces derniers mois, des catégories sociales qui étaient jusqu’ici relativement épargnées par la violence policière sont plus touchées par cette violence, qui est, par conséquent, un peu plus relayée médiatiquement. Bien sûr cette violence a pour projet de créer de la peur et de nous empêcher de manifester et de nous réunir. Je crois que ça ne marche qu’à moitié : pour ma part, si j’ai peur, si j’ai conscience du danger que je cours, je développe aussi une capacité à y résister. Même si les gazages systématiques, la brutalité et les menaces me paraissent toujours aussi illégitimes et irrecevables, d’abord j’y suis plus préparée : je ne viens plus en manif sans casque, lunettes, sérum, et nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses dans ce cas-là, nous sommes de plus en plus solidaires et nous avons appris à nous entraider. Ensuite, j’ai pris conscience du rôle social de la police, je sais maintenant avec certitude que c’est elle qui crée le désordre, qui casse des gueules, des genoux, des manifs et des rêves. Cela me met dans une colère profonde. Je laisse passer moins de trucs. Maintenant je veux surveiller la police, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus du tout !