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Notre classe

Micro-trottoir

[VIDEO] Trains sans contrôleurs : la SNCF poursuit la casse du service public

Tous les usagers de la SNCF, sans exception, peuvent raconter au moins un incident ou désagrément quelconque qu’ils ont vécu dans un train : retards, annulations, altercations, agressions, etc. Et pourtant, en se cachant derrière un prétexte économique, la direction de la SNCF, avec l’aide des régions et de l’Etat, veut supprimer la présence de contrôleurs à bord des trains. A terme, on parle déjà de trains sans conducteurs.

Révolution Permanente a réalisé un micro-trottoir (voir la vidéo en fin d’article) sur la mise en place des portiques dans les gares qui prennent la place des contrôleurs dans certaines gares – un phénomène qui se généralise, sous la pression de la direction de la SNCF et de l’État qui assènent encore et toujours la nécessité de ces mesures drastiques pour calfeutrer le trou de la dette. Selon un cheminot retraité de SudRail, qui a longuement analysé le dossier de ces nouveautés, la direction accélère ce système dans la chasse au profit, au détriment de milliers d’emplois qui seront, à terme, supprimés.
Mais qu’est-ce que l’ANS, ou encore EAS ? L’Accompagnement Non Systématique (ANS), ou plus clairement l’Encadrement Agent Seul (AES) est un système qui existe depuis 1980 en Île-de-France. Concrètement, un train peut partir utilisant ce dispositif avec le conducteur comme seul personnel SNCF à bord. La SNCF a fait un test notamment dans le Nord de l’Aquitaine et aujourd’hui, elle généralise la mesure en partant notamment par le Pays Basque, réputé pour être un bastion syndical historique : une cible qui n’est certainement pas due au hasard.
La fédération CGT Cheminots Nouvelle-Aquitaine estime qu’en juillet et en août de cette année, environ 300 trains ont roulé sans chef de bord sur le réseau néo-aquitain, avec le conducteur comme seul responsable SNCF à bord du train. Or les cheminots que Révolution Permanente a interviewés rappellent tous la fonction du contrôleur, qui n’est pas simplement là pour verbaliser les usagers ne possédant pas de titre de transport.

Les contrôleurs sont des agents multi-fonctions. Ils assurent d’abord la sûreté des voyageurs, qui passe par la présence dans le train auprès des voyageurs. Ils assurent en outre la sécurité des circulations : autorisations départs, sillons qui doivent être libérés, fermeture des portes. Rappelons qu’il survient encore des événements majeurs en France où des trains partent avec des portes ouvertes ! Enfin, ils assurent le service, qui rappelle ce qu’est le Service Public, c’est-à-dire la proximité, l’humanisation, la possibilité d’informer les voyageurs sur les correspondances, etc.

Les usagers que nous avons rencontrés sont eux aussi, peu favorables à cette mesure. Pour eux, les Agents du Service Train (ASCT) sont des personnes à qui on peut se référer pour la gestion d’une crise, en cas d’agression ou de malaise d’un passager par exemple, rapporte un usager. « Un contrôleur c’est quand même un métier assez polyvalent, il n’est pas là que pour mettre des amendes, je pense que c’est assez important de les garder à bord des trains », ajoute-t-il. Une autre dame raconte son inquiétude quant à l’apparition de la gendarmerie dans les trains pour faire le travail de « sûreté ». « En plus de créer du chômage, derrière une machine, qui n’est pas 100 % sûre, il faut de l’humain, pour contrôler tout ça », explique enfin un autre voyageur.

Avec ces nouvelles dispositions, le conducteur devient ainsi un homme à tout faire, qui, en plus de se concentrer sur la circulation, doit surveiller la bonne fermeture des portes, ainsi que les cas de crise à bord de son train qui peuvent en outre avoir lieu à l’opposé de sa cabine.
« Un voyageur a écopé d’une amende à Bordeaux parce qu’il n’avait pas pu prendre de billet à la Hume (sur le trajet Arcachon-Bordeaux) », raconte la Secrétaire de la CGT à Bordeaux. En raison des gares fermées ou à horaires restreints, les voyageurs achètent parfois leur billet auprès du contrôleur : en l’absence d’interlocuteur, ils peuvent aussi avoir tendance à solliciter le conducteur en cas de problèmes ou d’interrogations, alors que celui-ci devrait se concentrer sur sa tâche, pour la sécurité de tous.

Alors que plusieurs régions ont déjà mis en place l’EAS et les portiques, des conséquences réelles, preuves à l’appui, sont apparues, du fait de la mise en œuvre de ce système d’exploitation. On constate ainsi une explosion des agressions et des incidents sûreté en tous genres : vols, rackets, outrages. En outre, les effectifs d’agents du service train en ressortent drastiquement diminués. La population actuelle d’Agents de Service Train est bien trop élevée par rapport à la nouvelle charge à couvrir : le nombre d’emplois d’ASCT a ainsi chuté de façon vertigineuse, de 11 300 à 9 200 en quelques années seulement.

Face à cela les conducteurs, dans un train où ils sont les seuls agents SNCF à bord, exercent leur droit de retrait pour des raisons de sécurité, dénonçant des conditions de travail dangereuses, et refusent de faire partir leurs trains tant qu’il n’y a pas de contrôleur. Derrière, la Direction réprime et menace de sanctionner voire pousser dehors les cheminots qui exercent leur droit de retrait, et qui ont été actifs pendant le conflit de ce printemps. Pour cette Direction revancharde et consciente que le conflit va durer, tous les moyens sont bons pour casser la résistance. En témoigne le cas de Laurent Douthe, que la direction a décidé de licencier, et qui passe en conseil de discipline dans un mois : rendez-vous le 17 octobre à Bordeaux devant le Parking Régional pour le soutenir et exiger la levée des sanctions !




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