Société

Meurtre policier, la banlieue sur fond d’Etat d’urgence

Val d’Oise. Adama Traoré tué par des gendarmes, la jeunesse des quartiers réprimée

Publié le 20 juillet 2016

Adama Traoré est décédé à 24 ans suite à son interpellation dans l’après-midi du mardi 19 juillet dans le Val d’Oise : énième « bavure policière », qui une fois de plus n’en est pas une, dans les quartiers populaires, laboratoires de la répression policière. D’un côté, la police défend qu’il serait mort d’un « malaise cardiaque », les proches et les habitants du quartier affirment qu’il « aurait été tabassé » par les gendarmes dans le fourgon qui le transportait jusqu’à la gendarmerie de Persan. Deux enquêtes ont été ouvertes. Dans la nuit de mardi à mercredi, une centaine de jeunes sont alors descendus dans la rue, ce qui a donné lieu à des affrontements avec la police. Cinq gendarmes ont été légèrement blessés par des tirs d’armes à feu – du plomb. Militaires, renforts policiers : en tout 130 membres des forces de police ont été dépêchés pour « maintenir l’ordre » à la nuit tombée et boucler le quartier avec un « dispositif de sécurisation ».

Joan Manchette

Dans la journée du mercredi 20 juillet, la tension était palpable. Les habitants et proches de la victime se sont mobilisés pour dénoncer l’écriture de la version des faits sur cette affaire par la police et l’Etat. Dans l’après-midi, des jeunes réunis à Boyenval, le quartier de Beaumont-sur-Oise où vit la famille du défunt, se passent le mot qu’une conférence avec le préfet et le maire doit se tenir à la mairie. C’est ainsi qu’une quarantaine de personnes pénètrent dans la mairie afin de savoir où se trouve le corps du défunt et exiger que la vérité soit faite sur les circonstances de la mort d’Adama. La conférence étant annulée, le rendez-vous est donné devant la gendarmerie de Beaumont-Sur-Oise. Alors qu’une centaine de personnes est rassemblée, exigeant des explications, la police reçoit l’ordre de gazer et de matraquer les manifestants sans sommation.

La répression, la surprésence policière, les insultes, les délits de faciès, la justice à deux vitesses ainsi que le chômage et la précarité, le racisme et la stigmatisation alimentent au quotidien la colère sociale. Adama est la nouvelle victime de ce système qui ne cesse de reproduire le même scénario : celui de la « bavure policière », de ces forces de police dont l‘impunité est encouragée par l’état d’urgence et des mesures sécuritaires. Depuis des années, les jeunes des quartiers font l’expérience de la répression policière, expérience partagée aujourd’hui à plus grande échelle par les manifestants mobilisés depuis quatre mois dans le mouvement social contre la loi travail et son monde. L’instauration de l’état d’urgence permanent appuyé par un discours et des mesures sécuritaires permet au gouvernement de réprimer violemment tous ceux qui s’opposent à cet Etat policier et raciste.

Mercredi soir, la maire de Beaumont-Sur-Oise du Parti Radical - Nathalie Groux - et la police ont appelé « au calme » afin d’éviter que les banlieues ne « s’enflamment » comme en 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) suite à la mort de Zyed et Bouna, ces deux adolescents qui s’étaient réfugiés dans un transformateur après avoir été poursuivis par la police. En mai 2015, il y a maintenant plus d’un an, les deux policiers mis en cause étaient relaxés, dix ans après.

A l’époque, nous avions crié tous « assassins » face à ce meurtre resté impuni et dénoncions cette justice de classe au service d’un Etat répressif et violent. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, alors que le gouvernement d’Hollande est délégitimé depuis plusieurs mois dans un mouvement social d’ampleur, ce sont les étudiants et travailleurs mobilisés depuis mars contre la loi travail et la jeunesse opprimée des quartiers qui doivent s’unir pour renverser ce système qui nous exploite, réprime les jeunes de nos quartiers et tous ceux qui s’opposent à l’ordre établi.

Crédits : capture d’écran d’une vidéo de Sihame Assbague militante anti-raciste