Monde

Europe-forteresse

Valls abandonne définitivement son humanisme de façade et appelle l’UE à fermer ses frontières

Publié le 26 novembre 2015

A. Bronstein

La course aux déclarations et aux mesures réactionnaires dans la classe politique française s’intensifie de jour en jour. Valls, devant les médias européens, n’a fait que confirmer le glissement à droite de l’échiquier politique suite aux attentats de Paris, et a prouvé une fois de plus la volonté du gouvernement en place de maintenir sa politique droitière et réactionnaire. Suite aux événements du 13 novembre, le Premier ministre a en effet affirmé sa volonté de voir l’Europe fermer ses frontières extérieures.

Mercredi matin, sur le site du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, on pouvait lire une allégation où le Premier ministre dévoile le vrai visage de sa politique réactionnaire envers les migrants. Sans modération aucune, il a déclaré : « Nous ne pouvons plus accueillir davantage de réfugiés. Ce n’est pas possible. Le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne est essentiel pour le futur de l’UE. Si nous ne le faisons pas, alors les peuples vont dire : ça suffit l’Europe ! »

En plus de justifier ses propos, que l’on pourrait sans difficulté accorder à Mme Le Pen, en s’appuyant sur ce que « les peuples diront », niant totalement la grande vague de solidarité aux migrants qui a retenti en Europe ces dernier mois, Valls en a profité pour rejeter à demi- mot la faute sur l’Allemagne. « Ce n’est pas la France qui a dit : "Venez !" ». Une accusation qui n’est pas lancée au hasard, quand on sait que le soir même Angela Merkel était conviée à un dîner de travail à l’Élysée.

Afin d’invisibiliser les conséquences des politiques impérialistes des pays occidentaux et en particulier de la France, Manuel Valls tape à tout va sur ceux qui, à son goût, se sont montrés trop généreux, trop laxistes, quant à l’afflux de migrants au sein de l’espace Schengen - à savoir l’Allemagne, la Grèce et les Balkans. Pourtant, c’est bel et bien l’ensemble des pays membres de l’Union européenne qui ont affiché un humanisme de façade, laissant les migrants mourir aux frontières de Schengen et en particulier en mer Méditerranée. Le chiffre annoncé en septembre de 24 000 réfugiés de plus accueillis sur le sol français sera, on l’imagine aisément après de telles déclarations, amené à baisser encore plus, avec l’annonce d’une capacité d’accueil limitée à 30 000 demandeurs d’asile dans les deux années à venir. Des choix qui en disent long sur l’avenir qui est offert à ceux qui fuient la guerre et la misère et se heurtent déjà aux murailles de l’Europe-forteresse, alors même que les premières grandes vagues de froid s’abattent sur le continent.

Pour le Premier ministre, la solution se trouverait du côté des pays frontaliers avec la Syrie, auquel il faudrait demander de plus grands efforts pour accueillir les réfugiés. Une hérésie quand on sait que le Liban a accueilli plus d’un million de réfugiés syriens depuis le début du conflit. Si un accord n’est pas trouvé avec ces pays, « il faudra s’interroger sur la capacité de l’Europe à pouvoir réellement contrôler ses frontières » a-t-il déclaré. Leçon difficilement audible de la part d’un homme étant l’un des maillions forts du gouvernement du deuxième pays vendeur d’armes au monde, et dont les frappes en Syrie font chaque jour fuir de nouveaux habitants.

Pour finir de persuader les pays européens de s’aligner sur ses positions droitières, Manuel Valls utilise comme moyen de pression l’argument que « l’Allemagne et l’Italie sont aussi menacées » par les attaques terroristes de Daesh. Menaces qui sont pourtant nées des cendres d’une politique impérialiste menée entre autres par la France depuis des décennies.

partager

Mots-clés