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Politique

Valls joue la carte Macron

Valls appelle officiellement au rassemblement derrière Macron, dès le 23 avril

Mardi 18 avril, Francis Chouat, successeur de Manuel Valls à la mairie d’Évry, a co-signé avec l’ancien Premier ministre une « adresse solennelle » aux habitants de l’Essonne, les invitant à voter pour Macron dès le premier tour de la présidentielle.

En quelques semaines, après avoir lâché Hamon, Valls, rival patenté de l’ancien ministre de l’Économie, est passé d’une résignation au vote Macron, contre Marine Le Pen, à un véritable dithyrambe en faveur du candidat d’En marche ! et de son projet. Un calcul du candidat malheureux à la primaire pour sortir de l’ornière politique.

Lâchage d’Hamon et vote « utile »

 
Fin janvier, Valls, vaincu de la primaire de la gauche, s’était engagé à soutenir le vainqueur Benoît Hamon. Avant de se murer dans le silence et de s’envoler loin de Paris, vers son Espagne natale. Mais, une fois sa disgrâce digérée, il n’a eu de cesse de se trouver une stratégie de rechange.
Il avait déjà annoncé il y a quelques semaines, au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV, son changement de cap. Il affirmait alors « prendre ses responsabilités » face à « l’effondrement moral de la candidature de François Fillon  », à la crise de la gauche et «  à la marginalisation du vainqueur de la primaire Benoît Hamon » dont la stratégie avait échoué.

Pour barrer la route au danger supposé d’un deuxième tour Fillon / Le Pen, Valls avait alors déclaré son intention de franchir la ligne : ne pas voter pour le candidat de la primaire du PS, dont la mort s’annonçait, et glisser dans l’urne un bulletin Macron. Motif invoqué : « Ne prendre aucun risque pour la République et pour la France, face au danger du Front national  ». Il ne s’agissait, d’après lui, que d’un vote de repli, d’un vote pour le « moins pire ». Il n’était question ni d’un « ralliement », ni de participer à la campagne Macron.

Vote en positif pour les idées de Macron

 
Mardi 18 avril, en co-signant avec Francis Chouat cette « adresse solennelle  » aux habitants de l’Essonne, il franchit un pas supplémentaire, et de taille. C’est la première fois qu’il affirme une proximité idéologique et politique avec son ancien partenaire au gouvernement. Des luttes internes au PS, pas de traces, des divisions qui ont déchiré le parti, aucun écho. Seule vérité du moment, une adhésion sans réserve au programme du candidat d’En marche !.

La lettre affirme avec un enthousiasme non dissimulé : « Élus de gauche, fidèles à nos convictions républicaines et à l’intérêt général, nous avons choisi de voter pour Emmanuel Macron le 23 avril  ». Et de détailler les raisons de ce choix. : « Emmanuel Macron veut libérer les formidables énergies de notre pays en privilégiant le travail pour tous, mieux rémunéré, et l’activité des entreprises  »… « Il veut renouveler en profondeur notre démocratie  ».

Un appui à court terme, une stratégie à plus longue vue

 
D’après ses fidèles, il est fort probable que Valls ne se contente pas d’engager les habitants de l’Essonne à voter Macron dimanche 23 avril, mais invite officiellement, avant samedi, « les Français » à faire de même. Même s’il ne semble pas que cette initiative ait été concertée avec le candidat d’En marche !, ce serait un coup de pouce évidemment non négligeable face à une situation où les résultats des quatre principaux candidats se tiennent dans un mouchoir de poche et où une intervention de l’ex-hôte de Matignon peut peser lourd chez les électeurs de la droite du PS. Toutefois, l’image de Valls est tellement détestable et le souvenir de son passage au poste de Premier ministre tellement honni, qu’il n’est pas sûr que son appel soit un véritable cadeau pour Macron. On pourrait comprendre que, outre leur inimitié de longue date, Macron ait quelques réticences à accepter ce soutien.

Mais dans l’esprit des Vallsistes, le projet est évidemment plus ambitieux que de servir de simple force d’appoint au succès de Macron à la présidentielle. Ils maintiennent au fond leur ambition politique : « constituer ce pôle progressiste dont ils auront besoin  ». Construire autour du message-clé de Valls invitant à la création « d’un cadre très souple, d’une maison, une plateforme des progressistes dans laquelle tous ceux qui sont ici, qui pensent comme nous, puissent se retrouver ». Au-delà de la présidentielle, l’ambitieux Valls entend prendre la tête d’un pôle social-démocrate réformiste. En cas de succès du candidat d’En marche ! à l’élection, il pourrait s’avérer un précieux soutien pour un président élu, en mal de majorité.

Photo : LP/FREDERIC DUGIT.




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