Politique

« Le beau visage de la France »

Valls défend le bilan du quinquennat et s’affiche comme l’homme providentiel de la gauche

Publié le 26 octobre 2016

Dans un entretien avec Patrick Cohen sur France Inter ce mardi 26, Valls s’est confié sur ce qu’il estime être au centre des préoccupations des Français, glorifiant le bilan du gouvernement Hollande. Il a également profité de l’occasion pour se mettre subtilement au centre de l’équation insoluble des candidatures de la gauche pour les présidentielles de 2017, alors même que la popularité du Président est au plus bas des sondages depuis le début de son mandat.

A. Bronstein

À la fois fier du bilan qu’il tire de la politique menée par le gouvernement ces dernières années et lucide sur un « contexte économique international et européen morose », Manuel Valls tente de s’imposer comme l’homme de la situation, rassembleur de la gauche et intransigeant sur ce qui, d’après lui, reste à accomplir.

Valls, l’homme de la situation, quand il s’agit de répression et d’austérité

D’abord, viennent les habituelles déclarations du Premier ministre sur le président Hollande qui a su se montrer «  digne et à la hauteur de la situation » pour gérer les attentats, mais également l’intervention de la France au Mali, énième tentative de surfer sur la vague éphémère de popularité dont a bénéficié le gouvernement il y a près d’un an, après le 13 novembre 2015 et les attentats du Bataclan. Cependant, face aux questions de Patrick Cohen à propos de la récente sortie de Un président ne devrait pas dire ça, Valls finit par se désolidariser de son grand ami, avouant à demi-mot qu’il n’aurait pas dû s’épancher de la sorte auprès des journalistes du Monde, ce qui a été considéré par beaucoup de membres de la caste politicienne comme une trahison. La teneur de ses propos nous confirme donc qu’il devient de plus en plus difficile pour les soutiens historiques de la gauche au pouvoir de continuer à appuyer aveuglément un Hollande dont la popularité est réduite à peau de chagrin (seuls 4 % des Français approuvent ses actions, d’après un sondage paru ce mardi). Mais cela tend aussi à montrer que Valls est prêt à devenir calife à la place du calife à la première occasion, dans le but de « rassembler la gauche », bien évidemment.

« Comment rassembler la gauche et lui donner de l’espoir en étant fier du bilan du gouvernement et en assurant l’avenir du pays ? ». C’est exactement la question que pose Manuel Valls au cours de cette émission – et à laquelle il tente bien de répondre en glorifiant le bilan quinquennal. Il évoque de nombreuses pistes, et notamment la « relance de la compétitivité de nos entreprises  » en ce qui concerne l’économie, mais aussi en apportant une réponse aux questions qui divisent, à savoir « l’immigration, le terrorisme et la religion », en donnant « plus de moyens pour la sécurité, la défense et la justice  ». Traduire ici par : état d’urgence permanent, bombardements de civils en Syrie dans le cadre de la coalition internationale et poursuite des réformes austéritaires et libérales dans la lignée des lois Macron, Rebsamen et de la loi travail.

Durant l’entretien, le Premier ministre dénonce à plusieurs reprises le « programme dur de la droite » et tente de s’en démarquer, en tant qu’homme de gauche, en insistant sur les mesures sociales du PS (lesquelles ?!). Mais il faut avouer que l’on a du mal à saisir la nuance entre le programme de la droite – et de l’extrême droite – et le sien, lorsqu’il explique que ce qui est au centre des préoccupations des Français c’est « la sécurité, la lutte contre le terrorisme, l’emploi », justifiant et assumant parfaitement le tournant sécuritaire et autoritaire du gouvernement. Il n’oublie pas, d’ailleurs, d’apporter son soutien inconditionnel aux policiers qui manifestent, cagoulés et armes au poing, en toute illégalité, réclamant l’impunité et l’armement permanent.

« Le beau visage de la France » dépeint par le Premier ministre

Entre autres éléments de bilan revendiqués par Manuel Valls et qui font sa fierté, on trouve pêle-mêle l’inversion de la courbe du chômage, le démantèlement du camp à Calais, la politique liée à l’éducation… Plus c’est gros, plus ça passe. Est-il besoin de rappeler que les chiffres du chômage, apparemment en baisse, ne se basent que sur la catégorie A, que la précarité des travailleurs est exponentielle et que le gouvernement y est pour beaucoup avec le passage en force de la loi travail ?

Quant au démantèlement de la « jungle de Calais », que le chef du gouvernement présente comme une « opération humanitaire réussie » – véritable sélection au faciès de ce que devraient être « bons et mauvais migrants » en réalité -, il s’inscrit dans une logique répressive et sécuritaire, visant à la fois ceux qui fuient la guerre et la misère, les personnes racisées, les quartiers populaires et les militants (syndiqués ou non).

Parce que, comme nous le rappelions dans l’un de nos articles, se taire c’est trahir, il est plus que jamais nécessaire de dénoncer ce type de discours nauséabond, qui se gargarise de l’offensive réactionnaire menée par le gouvernement. Il est important de rappeler que Manuel Valls tient ces propos sur France Inter exactement deux ans jour pour jour après l’assassinat de Rémi Fraisse à Sivens par les forces de l’ordre, bras armé de ce même État. Forces de l’ordre également coupables de la mort d’Adama Traoré cet été. À l’heure où le gouvernement prépare une attaque sans précédent contre les occupants de Notre-Dame-des-Landes, opposés à un projet d’aéroport inutile, funeste pour l’écologie et extrêmement coûteux, Valls s’est même permis de faire endosser aux zadistes la responsabilité des potentiels blessés, voire morts, à venir, en affirmant que ces derniers étaient à la recherche de martyrs !

Pour imposer nos droits démocratiques contre le discours sécuritaire du gouvernement, depuis les militants sur les ZAD jusqu’aux personnes racisées réprimées dans les quartiers et les syndicalistes poursuivis en justice, faisons front !

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