Politique

Tribune libre

Valls : une politique de haine

Publié le 18 août 2016

Nous reproduisons ici un texte de B. GIRARD publié originellement sous le titre "L’hystérie n’est pas une politique".

Dans un contexte de banalisation du racisme, Valls, en évoquant la mise en place d’un "maillage psychiatrique", s’enferre un peu plus dans une politique irrationnelle.

Violente attaque contre un campement rom à Marseille, ratonnade en Corse, surexcitation médiatique sur le burkini, une certaine France montre son mauvais visage, un visage qui lui devient habituel. Un contexte de folie collective entretenu par un Premier ministre, qui, semaine après semaine, avec une hargne qui est décidément sa marque de fabrique, semble perdre tout contact avec le réel. Dans un entretien hallucinant/halluciné à la Provence, loin d’apaiser les tensions et de jouer le rôle d’un dirigeant responsable, il réitère ses attaques contre la communauté musulmane, assimilée dans son ensemble au terrorisme, accusée, par le seul fait d’exister, de provoquer le désordre : « c’est à l’Islam qu’il appartient de réagir », plastronne-t-il, renversant les rôles, avec cette phrase sidérante : « C’est donc aussi aux musulmans, à leurs autorités, à leurs familles, dans leurs engagements personnel, professionnel ou social, de dire qu’ils rejettent cette vision mortifère de l’islam. » La vision mortifère en question renvoyant ici exclusivement au burkini… Reprenant à son compte l’injonction de « discrétion », d’invisibilité, lancée par Chevènement en direction des Musulmans, il conforte la vision clivante de la société française qu’il a toujours entretenue, notamment lorsqu’il encourage les Juifs français à se montrer « fiers de porter la kippa ». De leur côté, les Musulmans seront tolérés à condition qu’ils restent invisibles, qu’ils laissent l’espace public aux autres.

Sectaire, brutal, dogmatique, Valls l’a toujours été ; le soupçon de racisme se confirme également chez un individu qui reprend à son compte, sans la moindre distanciation, les pires représentations de l’extrême-droite : de fait, que dirait-elle d’autre, Le Pen, que peut-elle dire d’autre, alors que le chef d’un gouvernement « socialiste » développe avec obstination la même rhétorique ? Comment Valls serait-il crédible lorsqu’il se réjouit de l’expulsion de 82 imams étrangers coupables d’avoir tenu « des discours de haine », alors qu’il ne cesse lui-même d’entretenir la haine, alors que la haine raciste est devenue la forme quotidienne, banale, du débat politique ? La rengaine sur les valeurs de la république n’y change rien : laïc et républicain, le racisme reste le racisme.

Dans le but inavoué de contrebalancer son échec patent en matière économique et sociale, le gouvernement avait sans doute espéré se refaire une santé, sur la question du terrorisme. Un regain de popularité grâce aux terroristes… En dépit de l’échec annoncé de l’état d’urgence et d’une politique militaire à courte vue, Valls s’enferre dans un aveuglement, une fuite en avant irrationnelle qui, en démocratie, devrait interpeller : car lorsque le Premier ministre évoque la mise en place d’un « maillage psychiatrique » (sic) du pays, les citoyens peuvent légitimement se demander où leurs dirigeants – et avec eux une classe politique qui a perdu tout sens de la réalité - veulent vraiment les mener. L’hystérie – au sens pathologique du terme – n’a jamais fait un projet de société.