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Monde

Une Intifada qui ne dit toujours pas son nom

« Vendredi de la révolution ». La Palestine s’éveille !

Ce vendredi 16 octobre, les organisations palestiniennes avaient appelé à un « vendredi de la révolution ». Des manifestations ont eu lieu en Cisjordanie et dans la bande de Gaza après la grande prière hebdomadaire. L’appel faisait notamment suite à l'annonce de la fermeture de l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, à tous les hommes de moins de quarante ans. Quatre Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes dans la journée : l'un en Cisjordanie occupée, un autre près de Naplouse et deux autres dans la bande de Gaza lors d’une manifestation à proximité du mur.

Un peuple poussé à bout

La fermeture de l’esplanade des Mosquées intervenait, selon la police israélienne, « dans le cadre des mesures destinées à empêcher toute attaque terroriste ». Cette limitation de circulation constitue une grave attaque contre le peuple palestinien, en empêchant une grande majorité de la population d’accéder au troisième lieu le plus important de l’islam. Cette fermeture s’est accompagnée d’un déploiement de 300 soldats dans Jérusalem. L’un des derniers déploiements aussi importants de soldats remonte à 2002, pendant la deuxième Intifada, en même temps qu’une vaste opération militaire israélienne était menée en Cisjordanie occupée.

Dans un contexte d’une telle violence contre la population palestinienne, quatre morts se sont ajoutées aux 32 victimes palestiniennes tuées depuis début octobre. Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu rabâche que « le terrorisme au couteau ne nous vaincra pas », le gouvernement israélien vient d’autoriser l’emploi à Jérusalem d’un fusil de sniper Ruger. Utilisé dans une manifestation près de Naplouse début octobre, celui-ci a blessé 55 palestiniens en l’espace de quelques heures. Comme quoi les « terroristes » ne sont pas ceux que l’on montre du doigt. Un enfant de 13 ans armé d’un couteau n’est que l’image d’un mouvement spontané de jeunes qui ont pris conscience de la trahison de leurs dirigeants. Le couteau est une arme de désespoir, pour ces jeunes qui n’ont connu que la colonisation et l’apartheid.

La première action de ce vendredi de la révolution a été d’incendier le Tombeau de Joseph à Naplouse, en Cisjordanie occupée. Les juifs vénèrent ce site, qui abrite selon eux la dépouille de Joseph, l’un des douze fils de Jacob, mais qui est le lieu de sépulture d’un des cheikh local pour les palestiniens. L’édifice a subi d’importants dégâts avant que les forces de sécurité palestiniennes n’interviennent. Le rôle de l’Autorité Palestinienne est alors apparu avec clarté...

Une Autorité Palestinienne désavouée

Alors que Mahmoud Abbas n’encourage en rien la révolte légitime du peuple palestinien, il est sorti de son silence suite à l’incendie, pour déplorer un acte « irresponsable ». Il a ainsi donné raison au secrétaire d’État américain, John Kerry, qui expliquait que « Le président Abbas s’est engagé en faveur de la non-violence » et qu’« il doit [la] condamner haut et fort ». Au lieu d’apporter un soutien au peuple, l’autorité palestinienne tente de canaliser la violence et de garder sa place officielle aux yeux du monde alors qu’elle est de plus en plus désavouée par les palestiniens. Abbas menace également de rompre les accords d’Oslo, une tactique utilisée à de nombreuses reprises. Par là, il tente de récupérer un peu de popularité auprès du peuple, mais également d’appeler à l’aide l’Etat israélien. Benjamin Netanyahu pousse à une rencontre avec le président palestinien, tout en lui reprochant d’encourager la violence. Il l’empresse de cesser « de justifier » et « d’appeler aux violences », ce qui est pourtant loin d’être la position d’Abbas.

Cette situation s’inscrit dans le cadre de la coopération entre l’État israélien et l’autorité palestinienne. Pour mieux contrôler la Cisjordanie, l’État sioniste fait appel aux autorités mises en place par les traités d’Oslo. Celles-ci permettent aux forces de sécurité palestiniennes de collaborer en partageant des informations, en procédant aux arrestations des opposants, et en contrôlant, in fine, la colère légitime du peuple palestinien par une de ses minorités. Cette stratégie coloniale a déjà fait ses preuves par le passé.

La Jordanie, qui en appelle au conseil de sécurité des Nations Unies, ne va pas non plus dans le sens de la mobilisation du peuple palestinien. Et pour cause. Il ne faut pas oublier qu’elle convoite le territoire de la Cisjordanie. On se souvient aussi du « Septembre noir » qui, en 1970, a coûté la vie à des milliers de palestiniens. Une chose est sûre, la révolte des palestiniens ne sert pas les affaires du roi de Jordanie Abdallah II.

Le peuple palestinien ne peut compter que sur lui même pour combattre l’occupant et ses alliés. Et nous ne pouvons que porter l’idée d’une solidarité internationale avec le peuple palestinien, en combattant l’impérialisme de nos États, soutien de l’État israélien.




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