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Monde

Violence et instabilité politique

Venezuela. Maduro cible des manifestants, deux morts dans des affrontements

Deux morts, dont un jeune de 14 ans, en marge de manifestation, mercredi, dans l’État de Lara. Le président, Nicolás Maduro, cible de projectiles lancés par des opposants lors d’une tournée dans la ville de Guayana, située dans l’État de Bolívar. Une opposition qui en est à sa quatrième mobilisation alors que les chavistes célébraient l’anniversaire du coup d’État manqué orchestré par la droite en 2002 : autant d’éléments qui illustrent la crise profonde que traverse le pays.

Depuis la chute du prix du pétrole, le Venezuela est englué dans une longue crise avec une très forte inflation (475 % en 2016) et une pénurie qui frappe 68 % des produits de base. 
Le système chaviste a ainsi montré ses limites économiques et, en 2015, l’opposition de droite a remporté les élections parlementaires. Depuis, celle-ci s’évertue à rendre le pays ingouvernable et tente de destituer Nicolás Maduro. Le pouvoir, lui, campe sur ses positions.

La semaine dernière, sept magistrats de la Cour suprême vénézuélienne s’étaient octroyés les pouvoirs du Parlement (tenu par l’opposition) et ont levé l’immunité des parlementaires. Le régime présidentiel vénézuélien concentrait ainsi tous les pouvoirs : exécutif, judiciaire, législatif ainsi que l’armée.
En réaction, d’importantes manifestations ont eu lieu et, sous la pression conjointe de celles-ci et du Vatican qui agit en médiateur dans la crise pour éviter qu’elle ne tourne au chaos, la Cour s’est partiellement rétractée, rendant leur pouvoir aux parlementaires. 
Mais Henrique Capriles – le principal rival de Nicolás Maduro, qui l’avait battu de peu lors de la présidentielle de 2013 – a été condamné à 15 ans d’inéligibilité pour des présumées irrégularités administratives.
Malgré la répression, la mobilisation se poursuit.
L’opposition exige notamment la destitution des sept magistrats et la convocation d’élections anticipées. 
Pour essayer de faire retomber la pression tandis que les partisans du régime organisent des contre-mobilisations, bien que quasiment tous les sondages promettent une cuisante défaite au gouvernement chaviste, Nicolás Maduro a tout de même demandé aux autorités électorales de se préparer à organiser les élections régionales anticipées.
C’est une position très différente à celle de l’année passée, où il s’était arrangé pour qu’elles soient reportées. Le régime chaviste parlait des élections comme n’étant pas prioritaires face aux autres tâches, notamment celle de la mise en place du « carnet de la patrie », un carnet de rationnement destiné aux secteurs populaires permettant de contrôler les gens tout en leur donnant accès à des biens de première nécessité : une façon de se cultiver une clientèle. Maduro affirmait alors qu’il ne savait pas quand se dérouleraient les prochaines élections et qu’il les convoquerait quand il aura la force politique pour la victoire… La pression politique lui fait changer d’avis.

Ainsi, l’opposition continue de profiter de la crise. La MUD, principale force d’opposition, essaye de surfer sur la vague droitière qui s’est ouverte à la suite du coup d’État institutionnel contre Dilma Rousseff au Brésil pour tenter de forcer la main à l’administration Trump. Les autres puissances impérialistes, elles, sans soutenir Maduro, ne souhaitent pas que la situation dégénère, compte tenu des intérêts des multinationales dans le pays. C’est dans ce cadre qu’il s’agit d’analyser la médiation du Vatican au cours des derniers mois.
Par conséquent, mardi, une majorité de députés de droite en appelait à l’Organisation des États américains (OEA) – un organe de tous les pays d’Amérique trusté par les États-Unis – afin qu’elle intervienne dans les affaires du pays, via des sanctions.
Au sein de cette situation complexe, la crise se poursuit. 
La situation politique est très instable et le gouvernement et l’opposition continueront à mobiliser toutes les forces possibles pour les intérêts. Mais ces intérêts ne sont pas ceux des travailleurs et des classes populaires qui sont prises en étau entre un pouvoir bonapartiste et une opposition putschiste réactionnaire, et ce alors que la situation économique est insoutenable pour des centaines de milliers de familles. Dans les quartiers des grandes villes du pays, on manque de tout et on ne doit son accès à quelques produits de première nécessité que par l’intermédiaire des tickets de rationnement délivrés au compte-goutte par le gouvernement ou en ayant accès au marché noir. Les besoins du monde du travail et des classes populaires du Venezuela sont distincts de la répression politique qu’exerce le pouvoir, distincts du néolibéralisme que veut imposer l’opposition.

C’est pour cela que la Ligue des Travailleurs pour le Socialisme défend que la seule issue possible serait « une Assemblée constituante libre et souveraine où la majorité de la population, composée par les travailleurs et les secteurs populaires, déciderait de comment gérer les grands problèmes structurels du pays, tels que la nationalisation du pétrole sous un contrôle ouvrier contre les plans de privatisation et la lutte contre l’ingérence impérialiste ». Une façon de répondre à la crise politique ouverte sans faire le jeu de la droite putschiste.




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