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Monde

Crise au Venezuela

Venezuela. Nicolas Maduro réélu dans l’apathie générale d’un peuple aux abois

Nicolás Maduro a été réélu pour six ans à la présidence du Venezuela avec 67,7 % des suffrages exprimés contre 21,2 % pour son principal concurrent, Henri Falcón. Le principal vainqueur du scrutin reste l’abstention : 53,9 % des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés pour voter. Cela marque le rejet de candidats incapables d’apporter des réponses aux pénuries d’aliments et de médicaments qui frappent la population.

Nicolás Maduro gagne une nouvelle élection présidentielle dans une situation économique catastrophique. Le Venezuela est en récession depuis cinq ans, l’inflation devrait atteindre cette année 13 860 % selon les chiffres du FMI (en l’absence de statistiques gouvernementales) et le « salaire intégral », le salaire minimum augmenté de tickets-restaurant, représente un peu moins de 10 % des besoins alimentaires mensuels d’un foyer. La population subit des pénuries d’aliments et de médicaments qui rendent extrêmement difficile le quotidien de la grande majorité des Vénézuéliens qui n’ont pas accès à des dollars ou des euros.

Dans un tel contexte, Nicolás Maduro a mobilisé 5,8 millions d’électeurs soit 1,7 million de moins qu’il y a cinq ans lors de sa précédente victoire aux élections présidentielles. Il a mobilisé par le souvenir de l’époque d’abondance, entre 2003 et 2013 où une partie des richesses sous la forme de programmes sociaux en termes d’éducation, de santé, d’alimentation et de logement, mais surtout en menaçant les électeurs tentés de s’abstenir de leur retirer le seul maigre avantage dont ils bénéficient encore : des paniers alimentaires des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) qui approvisionnent de manière irrégulière et individuelle, donc clientéliste, des foyers qui manquent de tout. Les travailleurs du secteur public ont également été menacés de perdre leur emploi s’ils ne votaient pas pour Nicolás Maduro. Le président sortant a promis une « grande révolution économique » dans les derniers jours de campagne mais il est difficile d’imaginer qu’il fasse aujourd’hui au fond du gouffre ce qu’il n’a pas réalisé ces cinq dernières années.

Si Nicolás Maduro représente une voie autoritaire dont les classes populaires n’ont rien à gagner, l’opposition est sous domination des possédants, des États-Unis et de l’Union européenne. Dans cette élection, elle était divisée entre ceux qui appelaient à l’abstention pour délégitimer le scrutin avec le soutien des principales puissances de la planète. L’autre partie, celle qui voulait jouer le jeu des élections malgré l’absence de transparence du scrutin, s’est retrouvée derrière la candidature d’Henri Falcón. Ses propositions étaient de dollariser l’économie vénézuélienne et de faire appel au FMI à l’instar du président argentin.

Un autre candidat d’opposition, Javier Bertucci, a emporté 11 % des suffrages exprimés sur un programme évangéliste, très réactionnaire en termes de mœurs, contre le droit à l’avortement notamment et tout aussi libéral d’un point de vue économique.

Il est évident que le mécontentement légitime de la population contre la situation économique désastreuse ne pouvait s’incarner dans de tels dirigeants. Les classes populaires vénézuéliennes ont besoin d’un débouché politique indépendant du gouvernement et de l’opposition qui propose des solutions concrètes aux malheurs de leur vie quotidienne. Comme le défendent les camarades de la Ligue des Travailleurs pour le Socialisme sur place, les salaires doivent être ajustés au coût de la vie selon une échelle mobile des salaires et qu’ils ne puissent en aucun cas être inférieurs au panier basique de produits pour la satisfaction des besoins élémentaires des foyers. Il faut que la dette soit annulée et que la priorité soit donnée à l’importation de médicaments et de nourriture. Les centaines de milliards de dollars volés à l’État vénézuélien par les grandes entreprises et les nouveaux bourgeois pro-gouvernementaux, avec la complicité de l’exécutif par détournement du taux de changes, doivent être rendus.

En France et en Europe, les élites politiques instrumentalisent la situation vénézuélienne pour délégitimer toute alternative au néolibéralisme et prennent fait et cause pour l’opposition. On ne peut néanmoins pas cautionner les agissements du gouvernement vénézuélien et tout internationaliste doit sentir dans sa chair les conditions de vie désastreuses que connaît la population.




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