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Vers la remontée des cours du baril de pétrole ?

Publié le 17 février 2016

Ce mardi 16 février, quatre des plus gros producteurs de pétrole ont annoncé avoir trouvé un accord pour limiter leur production et stabiliser les prix qui se maintiennent à un niveau trop bas. Va-t-on assister à une remontée des cours du pétrole ?

Renan Granger

Un accord rare qui montre l’ampleur de la crise

C’est une rencontre rare entre les deux premiers producteurs de brut au monde qui s’est déroulée ce mardi à Doha entre l’Arabie Saoudite et la Russie, où étaient également présents le Qatar et le Venezuela. Les quatre pays, pour lesquels la part de l’économie pétrolière occupe une place très importante, se sont accordés sur le gel de leur production pour espérer stopper la dégringolade des prix du pétrole. Depuis la mi-2014, le prix du baril a en effet chuté de 70% de sa valeur, à environ 30 dollars, entrainant un manque à gagner très important pour ces pays. Ainsi, l’Arabie Saoudite a affiché en 2015 un déficit record, l’obligeant à adopter des mesures d’austérité pour 2016. Côté russe, la situation est encore plus critique, de nombreux signaux sont au rouge, avec notamment un rouble qui menace de s’effondrer.

Cet accord semble donc signer la fin de la stratégie saoudienne, qui pensait pouvoir liquider la concurrence américaine en pétrole de schiste en ouvrant les vannes. Cependant, pour l’instant, rien ne permet d’affirmer que les cours vont remonter, d’une part parce qu’il est question de gel, et non de baisse de la production, mais aussi parce que l’accord conclu hier à Doha est conditionné à l’acceptation de l’Irak et l’Iran, qui se sont montrés réticents jusqu’à présent. Pour l’instant, Téhéran a refusé de s’accorder sur un gel de la production même si les tractations ne font que commencer. En dernière instance, le regard se tourne également vers les Etats-Unis, dont l’attitude va être déterminante pour l’avenir des prix du pétrole.

L’ombre du pétrole de schiste américain

Alors que l’économie américaine avait largement bénéficié depuis 2011 du développement du pétrole de schiste, l’effondrement du cours a montré toutes les faiblesses son industrie pétrolière. Selon Patrick Pouyanné, PDG de Total, « Nous observons une chute de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis depuis mars 2015, elle diminue de 500.000 barils par jour. Nous ne savons pas à quelle vitesse elle va tomber, mais nous savons que deux tiers des puits de pétrole ne fonctionnent pas pour le moment ». Cet effondrement est dû au fait que le développement d’infrastructures pour le pétrole de schiste américain a été très couteux, le seuil de rentabilité se situant à un niveau bien plus élevé que celui du pétrole conventionnel. Selon certains experts, seul un baril de pétrole à 75 dollars (bien au-delà des 35 dollars actuels) permettrait de résoudre la grave crise qui couvre dans l’industrie pétrolière américaine.

Le secteur du pétrole de schiste américain est désormais dans une phase très critique. Au moins 67 compagnies pétrolières et gazières américaines ont fait faillite au cours de l’année 2015, selon le cabinet de conseil Gavin/Solmonese. Mais la crise pourrait encore s’accélérer, en raison de l’énorme bulle financière qui a gonflé autour de ces investissements et qui se maintient en dépit de la baisse de la production. Face à ces faiblesses, difficile de savoir quelle stratégie vont adopter les Etats-Unis. Barack Obama a annoncé il y a quelques jours vouloir taxer le pétrole vendu aux Etats Unis de 10 dollars, une somme importante qui laisse penser que les Etats-Unis souhaitent pour l’instant maintenir le prix du pétrole bas.

Une variable importante dans la crise mondiale actuelle

La situation qui s’ouvre est à scruter avec attention : l’explosion de la bulle financière pourrait provoquer une déflagration importante, et ce bien au-delà des Etats-Unis. Selon une étude publiée par le cabinet Deloitte, sur plus de 500 entreprises d’exploration et de production de pétrole et de gaz naturel cotées dans le monde, environ un tiers sont exposés à un risque élevé de cessation de paiement cette année, en raison d’un accès restreint aux liquidités et d’une capacité réduite de désendettement. Le cabinet estime à plus 150 milliards de dollars (134 milliards d’euros) la dette globale des quelque 175 sociétés jugées menacées. D’autre part, le maintien du pétrole à un niveau très bas pourrait être un facteur très important d’accentuation de la crise du capitalisme mondial, dans un contexte où les signes d’une crise financière se multiplient et les rivalités impérialistes s’intensifient.

Cependant, il reste encore beaucoup d’incertitude sur ce qui va advenir. D’abord sur les capacités de production réelle des différents pays : certains analystes pensent par exemple que les objectifs annoncés par l’Iran sont irréalisables en raison de la vétusté de leurs installations. Elle dépend aussi de la stratégie adoptée par les différents acteurs, en lien direct avec l’évolution des théâtres d’opérations militaires au Moyen-Orient, comme en Syrie où la situation est très instable.

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