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Politique

Chasse aux chômeurs

Vers une baisse des allocations et un « contrôle journalier »

La nouvelle convention de l’assurance chômage ratifiée ce 1er novembre 2017 pourrait bien aboutir à une baisse des allocations des chômeurs, notamment pour les séniors et les travailleurs précaires. Cette volonté systématique de précarisation des chômeurs est tendue par des offensives idéologiques stigmatisantes qui cherchent à faire passer ces derniers pour des fainéants qui « profiteraient » d’un système trop clément. Cette volonté affichée par le MEDEF de contrôler et appauvrir les chômeurs n’est pas anodine et doit être comprise pour ce qu’elle est : une lutte acharnée pour faire baisser tous les salaires.

Des réformes hostiles aux chômeurs

Les gouvernements mangent dans la main du patronat qui n’a de cesse de demander toujours plus de contrôles et de précarité pour les chômeurs. En effet, Gattaz, président du MEDEF, affiche régulièrement la couleur en exhortant à mieux contrôler les chômeurs, évoquant même un « contrôle journalier » pour ne pas que l’assurance chômage « donne un confort fictif ». Ce que désire Gattaz c’est avoir des chômeurs ultra-précaires, prêts à accepter n’importe quel boulot, n’importe où et n’importe quand, en dépit de leur lieu de résidence, de leurs contraintes familiales ou de leurs qualifications. A cette précarisation par le contrôle, que la propagande anti-chômeurs systématique essaye de justifier en laissant croire que le chômage serait un choix, s’ajoute une lutte acharnée pour l’abaissement des allocations, ce que prévoit la nouvelle convention. En effet, plus les allocations seront basses, plus le patron aura l’avantage lors d’une éventuelle embauche sur la question du salaire. L’abaissement des allocations et de la durée du versement ainsi que le contrôle administratif autoritaire et systématique sont les deux piliers de cette véritable chasse aux chômeurs.

Le vrai visage du patronat sur la question du chômage

Le patronat affiche régulièrement son ambition d’en finir avec le chômage de masse, et martèle que le chômage est une préoccupation pour lui. Si la première de ces affirmations est un mensonge pur et simple comme en témoigne la campagne démagogique et mensongère du MEDEF au moment des négociations sur le CICE, la seconde en revanche est on ne peut plus vraie. Mais le patronat ne s’intéresse pas aux chômeurs par souci humaniste mais bien au contraire pour que le chômage structurel pèse davantage dans la balance de la lutte pour les salaires. Le chômage de masse ne joue pas suffisamment son rôle, aux yeux du patronat, de contrepoids aux négociations salariales, de contrepoids dans le rapport de force qui l’oppose avec les travailleurs. Marx disait en son temps que le salaire des 95% d’ouvriers en activité est toujours déterminé par la demande des 5% qui se trouvent au chômage. C’est pourquoi le chômage de masse est une aubaine pour le patronat qui n’a aucun intérêt à lutter contre. Son seul objectif est d’accentuer la concurrence entre les travailleurs et les chômeurs pour faire pression sur les salaires. De ce point de vue on comprend mieux pourquoi Gattaz fait du « contrôle journalier » des demandeurs d’emploi un objectif central, pourquoi le patronat se bat bec et ongles pour que les allocations chômage soient abaissées et la durée de leur versement réduite. Un chômeur percevant une petite pension sera plus enclin à accepter n’importe quelle offre d’emploi, ce qui aura pour effet, à l’intérieur de l’entreprise, de renforcer le chantage à l’emploi sur les salariés. Nous devons voir clair dans le jeu du patronat et imposer le partage du temps de travail sans perte de salaire comme seule et unique mesure crédible pour lutter contre le chômage. D’autre part, les salariés eux-mêmes doivent prendre en main la lutte pour la revalorisation des pensions et pour la liberté des chômeurs (par exemple de suivre la formation ou de faire les études de leur choix durant leur période de chômage) comme une manière de desserrer l’étau intolérable de la crise et de défendre leurs conditions de vie et de travail.

crédits image : @Médiapart




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