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Politique

Face à la lepenisation express de Fillon

Vers une candidature Juppé ?

Après l’annonce de la probable mise en examen de Fillon, les choses s’accélèrent dans le camp des Républicains. Face à l’abondance des défections, et des appels à se retirer, le retrait du candidat de la droite semble de plus en plus probable. De quoi donner des idées à Alain Juppé, arrivé en deuxième position des primaires organisées en décembre. Georges Camac

Une candidature qui se prépare en coulisses


Jusqu’ici, on n’a pas entendu Alain Juppé mais ses proches le confirment : il « ne se défilera pas » si François Fillon décidait finalement de « se retirer ». Une déclaration d’intention qui n’a rien de très surprenante. Arrivé en deuxième position lors des primaires de la droite et du centre, Juppé apparait comme le successeur le plus naturel de Fillon. D’autant plus qu’un sondage publié ce vendredi le place en tête du premier tour s’il venait à se présenter, devant Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Pour l’instant, Juppé reste silencieux, mais ses troupes semblent clairement s’activer en coulisses.

Il y a d’abord ses soutiens qui se sont retirés massivement de l’équipe de campagne de Fillon, mais surtout les appels qui se multiplient pour soutenir la candidature de Juppé. En coulisses, son équipe de campagne est déjà en train de faire les tractations pour obtenir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter. Et le souhait de voir Juppé se présenter va bien au-delà du simple cercle de ses fidèles. Le député Georges Fenech, proche de Nicolas Sarkozy, a lui aussi lancé un appel à parrainer le maire de Bordeaux. A l’UDI, ce serait également l’option privilégiée.

Fillon jusqu’au boutiste


Cependant, jusqu’ici, Alain Juppé lui-même ne s’est pas exprimé et a fait savoir qu’il ne forcerait pas la main à Fillon. Il faut dire que le vainqueur de la primaire semble avoir décidé de jouer le passage en force, la ligne Berlusconi, jusqu’au bout. Alors que plus d’une centaine de membres de son équipe de campagne et élus locaux ont déjà lâché sa candidature, dont son directeur de campagne, Patrick Stefanini et son porte-parole, Thierry Solère celui-ci n’a toujours pas exprimé son intention de lâcher prise et prévoit même d’organiser un rassemblement de soutien à sa candidature ce dimanche à Paris. Or rien n’empêche Fillon de se présenter quels que soient les évènements futurs. Il a d’ores et déjà plus de 1100 parrainages et la Haute Autorité lui a déjà versé plus de 6 millions d’euros pour organiser la campagne. Des arguments qui ont permis à Fillon de faire, jusqu’ici, cavalier seul envers et contre tout. Voilà pourquoi, après avoir tenté de négocier avec le candidat de la droite, on semble vouloir, dans le camp des Républicains, passer à une méthode bien plus radicale pour débrancher Fillon, quitte à l’attaquer publiquement.

Juppé, l’homme providentiel pour les classes dominantes ?


Jusqu’à quand Fillon va-t-il se maintenir ? Juppé choisira-t-il de se présenter malgré tout si l’actuel candidat de la droite refuse de jeter l’éponge ? Va-t-on voir d’autres outsiders émerger à droite ? Une question qui inquiète au plus haut point dans les rangs des classes dominantes, en France, mais aussi dans toute l’Europe, où l’on a pu voir les grands journaux attaquer durement le candidat Fillon, dont le jusqu’au boutisme fait peser beaucoup d’incertitudes. Pour l’hebdomadaire britannique « The Economist », l’élection présidentielle française pourrait « relancer ou mettre à terre l’Union européenne ». Le fait que « l’ancien affrontement entre la gauche et la droite » soit en passe d’être remplacé par le face-à-face entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron est porteur de réelles menaces, entre les tenants « d’un monde ouvert et ceux d’un monde fermé », « la France ouverte ou la France forteresse ».

Dans ce contexte, la candidature de Juppé pourrait constituer une solution, permettant d’assurer une formule de gouvernement rassurante pour les classes dominantes. Cependant, en plus de l’incertitude pesant sur le retrait de la candidature de Fillon, celle-ci pourrait ouvrir une guerre de succession dans le camp des Républicains et faire imploser la droite. D’ores et déjà, certains cadres du parti appellent à la tenue d’un conseil politique extraordinaire pour choisir le remplaçant et remettent en cause l’idée d’une succession naturelle que cherche à imposer le camp Juppé. A droite, tous les scénarios sont ouverts dans une présidentielle plus incertaine que jamais.




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