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Genres et Sexualités

Justice patriarcale

Victime de violences conjugales, elle est expulsée de son HLM à cause de ses cris

Le 29 juin dernier, Elodie 37 ans a été condamnée à l’expulsion de son HLM en raison de plaintes déposées par le voisinage concernant le bruit généré par ses cris. Battue par son mari depuis plusieurs années, ce qui explique ses cris, une procédure d’expulsion avait été enclenché à son encontre il y a plusieurs mois alors même que la femme avait plusieurs fois porté plainte pour violences conjugales. Entre temps, son conjoint violent a dû quitter le domicile conjugal sur ordre de la Justice, mais la procédure d’expulsion s’est poursuivie jusqu’à aboutir à cette décision du Tribunal d’Instance de Colombes que l’on découvre dans la presse ce matin.

Quelques jours après que la vidéo du féminicide de Tatiana Spitzer, une brésilienne tabassée sous l’œil des caméras d’un ascenseur puis assassinée par son mari, ait entraîné une forte émotion internationale et un début de mobilisation au Brésil, cette affaire nous rappelle qu’en France aussi les violences conjugales font de nombreuses victimes dans l’impunité générale. Alors qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, la décision de la Justice illustre la tolérance et la banalisation qui persiste à l’égard de la violence patriarcale.

Cette violence voit ses effets démultipliés par la précarité croissante, qui touche en premier lieu des femmes. En juillet 2017, un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEFH) notait ainsi que les femmes représentaient 70% des travailleurs pauvres. A ce titre le fait qu’une femme victime de violence conjugale puisse être aujourd’hui, pour cette raison, expulsée d’un logement social souligne le rôle que joue l’institution judiciaire dans la perpétuation des oppressions. Dans ce cadre il n’y a rien à attendre des gouvernements dont les mesures cosmétiques, de la circulaire du 8 mars dernier sur l’accès au logement des femmes victimes de violence conjugale aux amendements sur cette question dans la loi ELAN, vont de pair avec le soutien toujours inconditionnel à des ministres accusés de viol ou d’abus de faiblesse contre des femmes, comme Gérald Darmanin ou Nicolas Hulot.

Crédits photos : VDNPQR