^

Notre classe

Interview d'Anasse, délégué SUD Rail et cheminot au Bourget

Victoire. « Les cheminots du Bourget ont démontré que la lutte paie ! »

Après six mois de conflit local avec la direction de la SNCF, les cheminots du Bourget ont réussi à imposer une bonne partie de leurs revendications. Avec une grève créative et offensive, les cheminots du Bourget ont fait preuve de courage et de détermination. Dans le contexte des attaques que nous prépare le gouvernement Macron, cette grève locale victorieuse doit maintenant être mise au service de la préparation des combats à venir. Révolution Permanente a interviewé le camarade Anasse, délégué SUD Rail et agent de circulation au triage du Bourget. Propos recueillis par Laura Varlet

Révolution Permanente : Après six mois de conflit avec la direction de la SNCF, vous avez réussi à obtenir un certain nombre d’avancées pour les cheminots du Bourget. Peux-tu nous en dire plus ?

A : La grève au Bourget avait démarré en janvier dernier et, après trois grèves de 48, 72, et 96 heures en janvier, mars et avril, et face à l’intransigeance de la direction qui refusait d’entendre nos revendications, nous avons entamé une grève illimitée par périodes de 59 minutes en milieu de service, donc trois fois par jour, qui a duré un mois jusqu’à la signature du protocole de fin de conflit. Nous avions plusieurs revendications, dont la plus importante concernait les paniers repas. Concrètement, on demandait 136 euros par mois, pour les paniers repas, étant donné que les cheminots du Bourget, comme dans beaucoup d’autres endroits, n’ont pas de cantine, ni tickets resto, ni même un temps de pause pour aller manger pendant le service, alors que le temps de travail est en 3x8, donc en horaires décalés. On savait néanmoins qu’il allait être difficile d’imposer cette revendication car la direction ne veut pas que cela puisse servir d’exemple pour les cheminots d’autres gares et établissements. Ce n’est pas tant le montant, mais plutôt l’enjeu politique qu’une revendication de ce type soit obtenue localement, et puisse être ensuite demandée nationalement pour l’ensemble des cheminots. Après six mois de rapport de force et de détermination des collègues, la direction nous a proposé une prime exceptionnelle à hauteur de 850 à 900 euros suivant les qualifications, ce qui est énorme par les temps qui courent, pour valoriser les salaires des cheminots.

RP : En plus de cette prime exceptionnelle, qu’avez-vous obtenu d’autre ?

A : Nous avons obtenu la requalification du poste 1 de Bobigny en qualif D, ce qui veut dire concrètement une amélioration significative du déroulement de carrière pour les agents, la non-suppression d’un poste qui était menacé et qui concerne actuellement environ 15 cheminots, ainsi qu’une prime pour période de grands travaux, comme c’est le cas actuellement avec les travaux pour la nouvelle ligne train-tram qui passe par le Bourget. Nous avons également obtenu la création d’un nouveau poste de CPS (commande du personnel) car actuellement la collègue qui gère les effectifs est débordée, ce qui a des conséquences notamment sur les agents de réserve, qui étaient souvent réquisitionnés pendant leur repos, ou qui subissaient des changements de commande, à la dernière minute, régulièrement.

RP : Quel est l’état d’esprit des collègues après six mois de lutte et de tension avec la direction ?

A : L’état d’esprit des collègues est assez euphorique. Ils sont heureux et soulagés, parce qu’au fond les salariés combattent aussi leurs propres démons. Il y a beaucoup de collègues qui faisaient grève pour la première fois, ou qui n’avaient jamais entamé une lutte aussi longue. Pour ceux qui avaient déjà fait grève auparavant, ils n’avaient jamais réussi à gagner quelque chose, donc à plusieurs moments cela a été difficile. Mais finalement nous avons fait la démonstration que la grève, ça a payé ! Et que c’est grâce au rapport de forces qu’aujourd’hui on a réussi à obtenir des choses, et que la direction n’aurait jamais cédé si l’on n’avait pas eu cette détermination. Et ils ont compris aussi que la direction préfère perdre des millions d’euros, avec des centaines de trains supprimés, des heures et des heures de retard, plutôt que de lâcher environ 100.000 euros pour répondre favorablement aux revendications des cheminots. C’est pour ça que cela a duré six mois, la direction ne voulant pas lâcher. Mais au final, c’est la détermination des cheminots qui a remporté la partie et qui permet aujourd’hui de faire cette démonstration : c’est par la grève que l’on obtient des choses !

RP : Pourquoi cette grève est importante pour les cheminots et même au-delà de la SNCF ?

A : Elle est importante déjà parce qu’elle a permis d’obtenir un certain nombre d’avancées pour les cheminots, mais aussi parce qu’elle permet de faire la démonstration de l’importance du rapport de forces. C’est la démonstration que les grèves offensives peuvent exister, que l’on peut se battre non seulement pour se défendre lorsqu’on est attaqués, mais aussi pour revendiquer des choses, pour aller chercher des acquis. Et c’est intéressant de voir qu’on a réussi à maintenir un rapport de forces pendant les six mois de conflit, avec des journées de grève à 90% de grévistes sur le chantier, et des Assemblées Générales où les cheminots décidaient collectivement des revendications et des pas à suivre. C’était eux les maîtres de leur grève, et les syndicalistes n’étaient pas là pour décider à leur place. On a réinventé la grève systématiquement, d’abord avec des grèves de 2 ou 3 jours, et puis la grève de 59 minutes par service qui a montré la détermination sans faille des cheminots, avec un mois de grève jusqu’à ce que le patron ait le genou à terre. On a également mis en place une caisse de soutien afin d’aider les collègues qui avaient des difficultés financières, pour qu’ils n’abandonnent pas la lutte pour des raisons économiques. C’est la première fois qu’on faisait ça, et ça a plutôt bien marché. Nous avons reçu la solidarité financière de la part des étudiants, notamment du NPA Jeunes, qui ont été présents à chaque piquet et à chaque action, et aussi de la part des salariés de la FNAC, avec qui on avait tissé des liens dès le mois de janvier, alors qu’ils étaient en grève à ce moment-là, et que nous les avions soutenu aussi. Ces liens de solidarité sont précieux et beaucoup de collègues ont compris la nécessité et l’importance de la convergence.

Et surtout, il s’agit maintenant d’exporter cette expérience locale, aller discuter avec les cheminots d’ailleurs et leur dire qu’il n’y a que par la lutte qu’on obtient la satisfaction des revendications , qu’il faut construire un rapport de forces national pour gagner, notamment en ce moment où le gouvernement Macron prépare des grosses attaques, non seulement contre les cheminots, mais également contre tous les travailleurs avec ses réformes du droit du travail.




Mots-clés

SUD-Rail   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    SNCF   /    Notre classe