Politique

Participation massive aux primaires de la droite, Sarkozy éliminé

Victoire de Fillon : un message clair par la droite à Marine Le Pen pour les présidentielles de 2017

Publié le 20 novembre 2016

Ce dimanche s’est tenu le premier tour de la primaire de la droite et du centre : presque 4 millions d’électeurs, bien plus que les 2,6 millions de la primaire socialiste en 2011, se sont déplacés pour voter dans les primaires ouvertes de la formation de droite traditionnelle française. La participation massive est l’expression du désir de toute une partie de la population, dont un poids important de la population fortement conservatrice qui caractérise la France, de tourner la page Hollande. La perte de l’autorité présidentielle et la fin de son mandat – conséquences de la constance du tournant droitier aussi bien sur le plan social que sur le plan sécuritaire qui a choqué de plus en plus son électorat de gauche, en rupture quasiment achevée notamment depuis la dernière réforme du code du travail – a radicalisé les votants de cette frange électorale.

Comité de Rédaction

Lors de ce premier tour des primaires, les sympathisants de droite ont décidé que ce serait par la droite (et non par l’unité avec le centre, comme le propose Alain Juppé prédit même il y a peu comme le grand favori) qu’ils arriveraient à défaire Marine Le Pen pour les présidentielles de 2017. C’est ainsi que François Fillon, l’ancien premier ministre de Sarkozy, est arrivé largement en tête. Il est en quelque sorte un Sarkozy en plus austère. Un ultra libéral comme Sarkozy, ultraconservateur sur les questions des us et coutumes comme en termes de personnalité (à la différence du bling bling Sarkozyste, c’est à dire les signes ostentatoires de richesse) de la même façon que Juppé. Il combine en plus un profil et un ton plus souverainiste. Ainsi s’il est confirmé en tant que candidat de la droite traditionnelle, cela compliquera la tâche à Marine Le Pen, notamment lorsqu’il s’agira d’attaquer Fillon comme « mondialiste » (elle qui se présente comme la plus patriote des patriotes), ou encore sur la question de la politique étrangère, Fillon étant autant pro-Poutine que la candidate FN.

Mais cela signifie-t-il que les élections présidentielles sont jouées ? En rien. Car il n’est par certain que tous les Juppéistes le soutiennent. Pourrait-il y avoir une nouvelle vie indépendante du centre politique ? C’est possible. Lors du second tour des présidentielles, est-ce que les électeurs de gauche voteront Fillon de la même façon qu’ils auraient voté Juppé (qui incarnait à leurs yeux l’anti-sarkozysme) ? Cela reste à voir. Il faut dire que l’éventuelle candidature droitière de Fillon, même si elle limite la portée du discours de Le Pen, rend en même temps plus difficile pour les électeurs de gauche de voter pour ce candidat qui s’est ouvertement présenté comme thatchériste et antimusulman. Ce serait en quelque sorte une répétition à grande échelle de la décision difficile des dernières élections régionales en PACA, où il s’agissait de voter en se bouchant le nez pour la droite xénophobe d’Estrosi ou le candidat du Front national, un vote qui a permis au premier de gagner.

Derrière la dynamique fulgurante de Fillon à la primaire de la droite (qui de la quatrième place au début des débats télévisés a gagné avec plus de 15% d’avance par rapport au deuxième), s’exprime une fragmentation de l’électorat et une difficulté à construire une nouvelle majorité, preuve de la polarisation sociale qui existe en France. Polarisation sociale qui ne s’exprime pas politiquement à gauche, malgré la forte mobilisation sociale contre la réforme du travail des derniers mois (ou seulement partiellement derrière la vieille figure du social-démocrate Mélenchon), faute d’absence d’une alternative indépendante et révolutionnaire des travailleurs.

Ce sont ces mêmes contradictions politiques, qui pourraient donner une chance, même si minime, à Juppé lors du second tour des primaires de la droite dimanche prochain, même si mathématiquement, avec son avance importante et le soutien de Sarkozy, la victoire de Fillon semble presque assurée.