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Victoire de Lenin Moreno aux élections en Équateur

Le candidat de Correa a emporté de peu les élections en Équateur dimanche 2 avril. L’opposition dénonce une fraude et demande un recomptage des voix.

Avec plus de 95% des bulletins dépouillés, Lenin Moreno, le candidat du parti au pouvoir, est donné gagnant avec 51,12% des voix. Cependant, le candidat de l’opposition Guillermo Lasso, avec 48,88% des voix, n’a pas reconnu sa défaite et a appelé ses partisans à manifester, sans pour autant remettre en cause le cadre légal. Dès 17 heures, à la fermeture des bureaux de vote, les premiers sondages ont donné gagnant Lasso, avant que les résultats officiels disent le contraire. Des affrontements ont eu lieu à Quito et Santo Domingo entre partisans de Moreno et Lasso.

Si les deux candidats représentent deux styles différents de comment gouverner le pays, ils représentent néanmoins tous les deux la continuité du capitalisme semi-colonial équatorien.

D’un côté, en tant que représentant du gouvernement de Rafael Correa aux élections, Lenin Moreno cherchait à incarner une « rupture dans la continuité ». Une rupture d’abord avec la gestion autoritaire des conflits sociaux et les aspects les plus antidémocratiques des dix dernières années. Ainsi, le journal Le Monde le présente « affable » et « conciliant », contrairement à son prédécesseur. Il se dit donc prêt à « écouter » les critiques et se dit également « ouvert » au dialogue. Mais également à la continuité avec la politique extractiviste de Correa, et les mesures d’austérité qu’il a mises en place suite à la baisse du prix du pétrole les dernières années de sa présidence.

De l’autre, Guillermo Lasso, banquier de profession, est le représentant le plus direct de l’oligarchie financière équatorienne qui souhaite un retour à l’ordre néolibéral du passé. Membre de l’Opus Dei, il est aussi un représentant de l’aile la plus conservatrice et réactionnaire de l’establishment équatorien qui s’est opposée jusqu’à aujourd’hui à la dépénalisation de l’avortement et la législation du mariage gay. Mais Lasso a aussi essayé, lors de ces élections, de contribuer au renforcement du tournant libéral dans le continent après l’Argentine et le Brésil, sans succès.

Lenin Moreno a donc réussi à s’imposer face à Lasso avec seulement 2% d’écart, ce qui contraste avec les victoires passées de Correa. On peut se demander si ceci est le signe d’une crise latente du modèle politique et économique en place depuis plus de dix ans. Nous avons déjà indiqué ailleurs combien la baisse du prix du pétrole a affecté le pays, dans le cadre d’une économie où 40% des recettes publiques proviennent du pétrole. La continuité se présente alors d’autant plus difficile que tout indique que Moreno devra suivre son prédécesseur dans le chemin de l’austérité.

Enfin, ce qu’ont montré ces élections est l’absence d’une alternative politique indépendante pour les travailleurs, les peuples indigènes, les femmes et la jeunesse. Les mouvements sociaux ont été frappés par la répression et démantelés pendant dix ans sous Correa, ce qui fait qu’à la fin de sa présidence les pauvres sont toujours pauvres et les riches sont toujours riches, le pays est toujours dépendant du pétrole, la monnaie « nationale » est toujours le dollar américain. Les principales revendications d’auto-détermination des peuples indigènes n’ont pas été garanties, l’avortement est toujours illégal et le mariage gay reste un tabou. Enfin, lors de ces dernières années sous la présidence de Rafael Correa, les droits des travailleurs équatoriens n’ont fait que reculer.




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