Notre classe

La lutte des classes chez les élites

Victoire de la grève du personnel de Harvard

Publié le 27 octobre 2016

Camille Münzer

Les travailleurs de la cafétéria de l’Université Harvard aux Etats-Unis ont voté la reprise du travail après trois semaines de grève, suite à leur victoire face à la direction de l’université. Il s’agit de la première grève en trente ans et une des plus longues au coeur d’une des universités les plus élitistes au monde.

Les raisons du conflit

Les travailleurs ont réclamé, à travers le syndicat qui regroupe les 750 travailleurs du service de restauration, une augmentation de 2 dollars de l’heure lors de la renégociation du contrat de cinq ans. Alors que le budget de Harvard est supérieur au PIB d’une centaine de pays et que les étudiants payent 63 025 $ de frais d’inscription, l’université refusait d’accorder un salaire de 24 dollars de l’heure.

De la même manière, l’université envisageait d’augmenter le prix de la mutuelle de santé, en argumentant que le prix de la santé avait augmenté dans tout le pays. Enfin, contrairement à la France, les travailleurs de la restauration des universités ne sont pas payés pendant la pause estivale, sans qu’ils puissent pour autant toucher le chômage pendant cette période.

Des étudiants solidaires

Etudiants et salariés se sont regroupés au sein du Student Labor Action Movement (SLAM, « Mouvement d’action étudiant-travailleur ») pour montrer qu’il existe deux Harvard. Un Harvard pour l’élite du pays et un autre Harvard qui exploite ses salariés. Depuis 2005, le SLAM défend l’unité étudiants-salariés autour des revendications des salariés de l’université, à la fois sur les contrats et les salariés et sur les problèmes de discrimination au sein du service.

Pendant le conflit, à plusieurs occasions, plusieurs centaines d’étudiants ont débrayé des salles de cours en soutien aux grévistes, tandis que la moitié des restaurants de l’université ont fermé à cause de la grève. Le service dans l’autre moitié des restaurants a su être assuré par l’encadrement et des intérimaires.

Des étudiants en médecine ont aidé à calculer le prix de l’augmentation de la mutuelle de santé, et ont démontré que celle-ci représentera 10% du salaire annuel des salariés.

Au bout de trois semaines de conflit, les travailleurs ont obtenu un salaire annuel de 35 000 $, pas d’augmentation du coût de la mutuelle de santé et une compensation pour les travailleurs non renouvelés pendant l’été. La reprise du travail a été votée par les 583 travailleurs réunis en assemblée générale.

La question du salaire a été mis au devant de la scène lors des élections primaires pour les présidentielles aux Etats-Unis. Par exemple, le Sénateur Bernie Sanders a fait sienne une des revendications du nouveau syndicalisme des services, qui réclame un salaire minimum de 15 $ l’heure. Depuis quelques années, plusieurs conflits d’ampleur nationale se sont déclenchés autour de cette question. C’est le cas de la grève des 36 000 travailleurs de Verizon qui, en mai 2016, ont gagné une augmentation de 10% de leur salaire lors d’une grève nationale.

La particularité du conflit à Harvard a été la solidarité d’une part du corps étudiant, qui a permis aux salariés d’affronter pendant trois semaines une institution qui forme les élites politiques et économiques du pays. Cette solidarité est clé lorsqu’il s’agit de grèves dans l’enseignement supérieur, comme cela a été le cas en France en 2010 lors du conflit à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm qui a opposé les salariés de la restauration à la direction de l’Ecole pendant 4 mois.