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Notre classe

Toulouse. Expérience de lutte

Victoire des grévistes d’Onet à Airbus : leçons de démocratie ouvrière et d’auto-organisation

Au terme de neuf jours de grève, les agents de nettoyage sur la chaîne de l'A330 ont fait plier la direction sur la majeure partie de leurs revendications. La façon dont ils se sont battus ensemble, la méthode avec laquelle ils ont conduit cette lutte montrent toute l’actualité de la démocratie ouvrière, tout le sens et la force de l'auto-organisation des travailleurs.

Crédits photo : Révolution Permanente

Bien peu de mouvements de grève se sont opposés à la politique d’Airbus et de ses sous-traitants ces dernières années. Cela est notamment dû à l’éclatement de la production, majoritairement sous-traitée, et au rôle qu’y joue la bureaucratie syndicale. Pourtant, récemment, des travailleurs ont mis en échec les manœuvres de ce géant de l’aéronautique et de la société Onet, numéro un de la sous-traitance du nettoyage industriel.

Du 8 au 18 juin, une soixantaine d’ouvriers d’Onet, travaillant sur la chaîne d’assemblage de l’Airbus A330, se sont mis en grève. Leurs revendications portaient sur les conditions de travail et le salaire que le sous-traitant ayant répondu à l’appel d’offre avait fortement attaqués. Après neuf jours de grève, et malgré de nombreux coups de pression de la direction, ils arrachaient au géant du nettoyage la majeure partie de leurs revendications. Ayant notamment tiré les leçons d’une grève qu’ils avaient menée en décembre, leur méthode d’organisation et leur solidarité ont été un élément décisif pour faire pencher le rapport de force en leur faveur.

Quand la bureaucratie syndicale se trouve rapidement mise sur la touche

L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes

Ce principe, formulé par Marx, est loin d’être abstrait. Sous le capitalisme, tout est fait pour que les travailleurs manquent de temps, d’énergie et de connaissances pour s’organiser afin de défendre leurs intérêts. C’est pourquoi, souvent, les ouvriers délèguent la tâche de porter leurs revendications à des porte-paroles : si beaucoup de délégués syndicaux sont des militants qui œuvrent à la défense des travailleurs, beaucoup aussi, parfois extérieurs, ont des intérêts qui finalement sont bien plus proches de ceux des patrons que de ceux des grévistes.

Les ouvriers n’ont pas été, en l’occurrence, dupes des méthodes des délégués syndicaux de Force Ouvrière (FO), envoyés sur le piquet par la direction d’Onet et Airbus pour briser la grève. En disant tout et son contraire à différents groupes de grévistes, leur objectif était clairement de diviser les travailleurs. Par ailleurs, de nombreuses informations parvenaient à la direction avant même que les grévistes aient décidé quoi que ce soit. La bureaucratie syndicale, les représentants de FO Airbus et Onet, ont été très rapidement démasqués.

Les agents de nettoyage, en l’espace de quelques jours, se sont rendus compte que ces délégués syndicaux, extérieurs à leur lutte, étaient plus proches des patrons que d’eux-mêmes. Après quoi, il se sont donc organisés pour défendre leurs propres intérêts, ceux du plus grand nombre, face aux patrons.

Auto-organisation et solidarité sans faille

En moins de dix jours de lutte, les travailleurs d’Onet ont pu faire une expérience clé, bien qu’encore embryonnaire, de démocratie ouvrière.

Les grévistes, dès les premiers jours de lutte, ont pris chaque décision au terme de discussions collectives, tranchées par des votes lorsque c’était nécessaire. Ainsi, ce cadre commun a permis aux ouvriers de prendre en charge toutes les questions qui se sont posées à eux, de la caisse de soutien au choix de poursuivre ou non la grève. C’est en tant que force collective, en se laissant la possibilité de convaincre et d’être convaincus, en écoutant ce que chacun avait à dire, que les grévistes ont élaboré leurs revendications. En n’oubliant jamais que le maître mot était la solidarité et l’unité, face aux attaques et aux manœuvres de la direction.

La classe dominante empêche par tous les moyens – et ce dès les premières années d’école – la formulation d’un point de vue collectif de classe représentant les intérêts du plus grand nombre. Mais il s’agit pourtant de la meilleure arme des travailleurs. Au cours d’une grève, le patronat ne plie que s’il sent qu’il est en train de perdre face aux ouvriers en lutte, organisés et conscients de leurs intérêts communs.

Les méthodes concrètes de la démocratie ouvrière

Aucun ouvrier n’a en soi un droit inné à représenter ses collègues. C’est pourquoi les dirigeants et les porte-paroles d’une grève doivent être élus démocratiquement et être révocables à tout moment s’ils ne respectent plus les conditions selon lesquelles ils ont été désignés. C’est selon ce principe que les ouvriers d’Onet se sont organisés. Ils ont commencé par désigner un à deux représentants par équipe de jour, de nuit et inter. C’est parmi ce groupe de grévistes, constituant les bases d’un comité de grève, qu’étaient mandatés ceux qui allaient se rendre aux négociations avec la direction.

La direction a tenté de jouer la carte de la division, en mettant la pression aux grévistes qui étaient le plus mis en avant. Face à ces pressions, loin de provoquer des dissensions parmi les travailleurs en lutte, la solidarité n’en a été que renforcée. Les ouvriers ont désigné de nouveaux représentants pour les négociations et ont déclaré qu’à partir de ce jour, ils ne s’y rendraient plus à deux, mais à six. Cette volonté de partager les responsabilités a été particulièrement visible le dernier jour de la grève, lorsque la direction a plié : les grévistes ont refusé de négocier s’ils n’étaient pas entendus tous ensemble. Et les patrons ont dû céder, en négociant avec l’ensemble des travailleurs, qui ont obtenu gain de cause !

Même si les travailleurs ont fait cette première expérience en redécouvrant, en quelque sorte, par eux-mêmes la force de telles mesures d’auto-organisation, ces dernières sont en réalité le patrimoine du mouvement ouvrier combattif et révolutionnaire dont les traditions remontent à loin, au XIXe siècle. La première mise en place systématique de ces mesures de démocratie ouvrière a notamment eu lieu au cours de la Commune de Paris, en 1871, première expérience historique d’un gouvernement des travailleurs. L’ensemble des responsables dans l’administration, la justice, l’enseignement et la Garde nationale étaient, notamment, élus, payés à hauteur d’un salaire d’ouvrier et révocables, afin de garantir la défense des intérêts de la classe travailleuse.

Les grévistes d’Onet, travailleurs d’un secteur-clé, ont su faire plier le géant de l’industrie aéronautique et son sous-traitant. Au bout d’une semaine de grève, Airbus avait pris du retard sur trois livraisons – pour une production de 7 A330 par mois en moyenne. Leur méthode d’organisation leur a permis non seulement de résister aux manœuvres et aux pressions de la direction, mais aussi d’obtenir une victoire : cela démontre que c’est seulement quand on prend ses affaires en mains, et qu’on le fait par la démocratie concrète et quotidienne qu’on peut contrer ensemble les attaques du patronat.

C’est avec ce genre de méthodes, qui sont celles de la lutte des classes, qu’on pourra contrer, même à beaucoup plus large échelle, les prochaines attaques, et en particulier, celles que nous préparent la présidence Macron et le gouvernement Philippe.




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