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Victoire des grévistes de la faim palestiniens

La grève de la faim, lancée le 17 avril par Marouane Barghouti, et qui a été suivie par plus de 1000 prisonniers palestiniens, s’achève le premier jour du ramadan. Après 41 jours sans s’alimenter, ils en sortent victorieux. Ils ont obligé l’État israélien à négocier et accepter certaines revendications.

Crédit photo : AFP/ABBAS MOMANI

Les appels à la solidarité autour des grévistes de la faim se multipliaient encore ces derniers jours dans la société palestinienne avec des manifestations. Dans le même temps, des affrontements ont éclaté avec des forces israéliennes d’occupation en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza sous blocus, ce vendredi lors de manifestations organisées en appui à la grève de la faim. Les forces israéliennes d’occupation ont arrêté et blessé plusieurs Palestiniens, dont certains ont été blessés par des tirs à balles réelles. Les affrontements sont survenus après l’assassinat commis par un colon israélien dans la région de Naplouse (Nablous en arabe), qui a tué un Palestinien de 23 ans en tirant sur une manifestation de soutien aux grévistes.

Ces derniers jours, le Service pénitentiaire israélien (IPS) a déporté des prisonniers palestiniens entre les prisons israéliennes, un grand nombre d’entre eux étant transférés des prisons situées dans le sud d’Israël vers le Nord. C’est le cas pour tous ceux de la prison israélienne de Nafha, où 400 grévistes de la faim sont détenus et qui est le plus grand groupe de grévistes de la faim dans toutes les prisons.

Les médecins israéliens auraient proposé des soins médicaux aux prisonniers à la condition qu’ils cessent leur grève de la faim, une offre que les prisonniers ont refusée. Ces derniers jours, la santé des prisonniers grévistes s’était aggravée, beaucoup d’entre eux ont perdu plus de 20 kg. De nombreux détenus ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus de l’État israélien de négocier avec les prisonniers.

Les autorités israéliennes ont tout fait pour briser la grève. Elles ont disposé de la nourriture dans les cellules, fait des barbecues sous les fenêtres… Elles pensaient discréditer le mouvement en diffusant deux vidéos tournées selon elles dans la cellule de Barghouti, oùcelui-ciserait en train de manger. Mais ces images n’ont eu aucun d’impact chez les centaines d’autres grévistes.

L’État israélien refusait catégoriquement de traiter directement avec certains prisonniers dont Marouane Barghouti, condamné à cinq fois à la détention à perpétuité, lui qui a été l’un des leaders de la seconde Intifada. Mais vendredi, il a cédé et les 13 membres du comité des grévistes, dont Marouane Barghouti, ont été transféré vers la prison d’Ashkelon (Asqalan en arabe), pour négocier.

Un accord a été conclu entre le gouvernement et les représentants des prisonniers avec le Comité international de la Croix-Rouge, qui jouait le rôle de médiateur.

Le résultat concret de cet accord demeure encore flou. Il est clair que côté israélien, on veut minimiser le plus possible l’importance des négociations et des accords, car le fait d’avoir accepté certaines revendications sera considéré comme un signe de faiblesse par les millions de Palestiniens qui combattent l’État israélien, ce qui aura pour effet de leur redonner l’espoir dans leur lutte émancipatrice. Ce signe de faiblesse sera également mal vu au niveau de l’extrême droite israélienne, partisan de la ligne dure face aux Palestiniens et qui n’auraient pas vu d’un mauvais œil la mort de la totalité des grévistes de la faim.

Pour l’instant, il est sûr qu’au moins l’une des revendications a été acceptée. L’administration pénitentiaire affirme que c’est la seule : les prisonniers auront le droit, à nouveau, à deux visites mensuelles, comme c’était le cas dans le passé.

Les grévistes de la faim réclamaient plus largement un assouplissement des droits de visite : leur durée allongée, leur élargissement à la famille éloignée, etc. On ne sait pas ce qui a été décidé concernant les autres revendications : l’accès à la presse ou à des livres, la possibilité de s’inscrire dans des universités israéliennes, une meilleure prise en charge médicale des détenus gravement malades et la fin des détentions administratives (c’est-à-dire sans inculpations ni procès). Selon une porte-parole de l’État israélien, la revendication sur la mise à disposition de téléphones publics dans les prisons n’a pas été acceptée.

Le fait que l’État israélien ait accepté ne serait-ce que la négociation est une victoire, certes limitée, mais néanmoins une victoire. Il aurait pu choisir la méthode Thatcher et laisser mourir les prisonniers un par un comme « la sorcière » a fait avec les membres de l’IRA, dont Bobby Sands, le leader de la deuxième grève de la faim des militants irlandais qui venait d’être élu au Parlement et qui avait entraîné la mort de 10 grévistes de la faim. Il aurait pu aller dans l’autre extrême et nourrir de force les Palestiniens. Il a été poussé à négocier pour plusieurs raisons. D’abord, la détermination des grévistes et la dégradation de leur état de santé. Il aurait été difficile de faire face au scandale de la mort de Palestiniens. Thatcher avait été mise extrêmement en difficulté après la mort des militants irlandais. Pour l’État israélien, c’est d’autant plus vrai, étant donné que plus qu’une trentaine de Palestiniens étaient d’ores et déjà hospitalisés.

Depuis quelques plusieurs semaines, la grogne du peuple palestinien ne fait que monter. Plusieurs manifestations ont été organisées et ont donné lieu à des affrontements avec les forces d’occupation israélienne. Les rues palestiniennes risquaient de s’embraser. D’autant plus que c’est le début du ramadan, et que des dizaines de milliers de Palestiniens reçoivent une autorisation temporaire de visite à Jérusalem, pour se rendre sur l’Esplanade des mosquées où se trouve la mosquée Al-Aqsa. Cette période de l’année est toujours très tendue, le lieu saint pour les deux religions étant souvent source de conflits suite aux provocations de l’extrême droite israélienne ou du gouvernement israélien.

La fin négociée de la grève, considérée comme une grande victoire côté palestinien, survient alors que le gouvernement israélien se refusait à tout compromis avec des personnes qualifiées de terroristes. Même le placement à l’isolement de certains prisonniers, leur transfert dans d’autres établissements ou la menace d’une alimentation forcée n’ont pas dégrossi les rangs des grévistes de la faim. « Israël a tout fait pour casser la grève par la force. Constatant son échec, elle a été obligée de négocier avec le leader de la grève, Marouane Barghouti, et les représentants des grévistes et de répondre à leur demande de voir respecter leur dignité humaine », explique Majed Bamya, diplomate palestinien très actif en soutien de la cause des prisonniers.

C’est une étape importante vers le plein respect des droits des prisonniers palestiniens. La campagne de soutien a eu un impact international. Le traitement de l’État israélien de la grève de la faim des prisonniers a montré à l’ensemble de la planète la façon dont il traite le peuple palestinien. Il n’a pas laissé d’autre choix aux prisonniers que de se laisser mourir de faim et de déshydratation afin d’obtenir quelques droits élémentaires. Depuis 1967, 18% de la population palestinienne est passée par la case prison ; chez les hommes, ce chiffre atteint les 40%. Lorsque l’on sait ce que veut dire être incarcéré dans l’État israélien, on ne peut que ressentir de l’admiration pour le peuple palestinien qui a lutté contre la colonisation ottomane, anglaise puis israélienne. Les militants de la campagne internationale pour la libération de Marouane Barghouti et tous les prisonniers palestiniens vont poursuivre sans relâche leurs efforts, jusqu’à ce que les prisonniers et le peuple palestiniens retrouvent la liberté.

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