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Débats

41 ans après le coup d’Etat

Video. Argentine : la dictature et les « vols de la mort »

Aujourd’hui, 24 mars, c’est 41e anniversaire du dernier coup d’Etat en Argentine, le plus sanglant de son histoire. Une opportunité pour revenir sur l’une des techniques d’extermination les plus néfastes du régime militaire : les vols de la mort.

En 1996 Adolfo Scilingo, ex officier de l’armée argentine affecté à l’Ecole Mécanique de l’Armée (ESMA), qui fonctionnait comme un centre de détention clandestin pendant la dictature, livrait un témoignage glaçant sur les « vols de la mort ». Cette technique d’extermination des prisonniers politiques consistait « tout simplement » à jeter dans la mer, endormis et ligotés, les détenus du régime.

Comme au Chili trois ans auparavant, les militaires, soutenus notamment par l’impérialisme nord-américain, avaient pour objectif d’appliquer un tournant « néolibéral » dans le pays ; un changement profond de la structure économique, favorable aux grandes fortunes nationales et surtout aux entreprises multinationales et au capital financier. Pour cela il fallait éliminer, y compris physiquement, toute opposition à ce tournant politique et économique.

Ainsi, dans une politique que l’on peut qualifier de véritable « génocide social » en Argentine, la junte militaire après avoir pris le pouvoir le 24 mars 1976 a systématisé les séquestrations et les détentions illégales, les tortures, les assassinats et les « disparitions » des militants politiques (surtout d’extrême gauche), de syndicalistes, de militants dans les quartiers, de militants pour les Droits de l’Homme, de journalistes et de tout opposant au régime. Cette politique avait déjà commencé sous le gouvernement d’Isabel Peron à travers l’action répressive para-étatique de l’Alliance Argentine Anticommuniste (la Triple A). Cependant, avec l’arrivée au pouvoir des militaires cette répression sanglante allait prendre la forme d’un véritable « terrorisme d’Etat ».

C’est dans ce cadre, que les sinistres « vols de la mort » commencent à avoir lieu dans le pays pour se « débarrasser » des détenus illégaux qui en sauraient trop, ou seraient trop impliqués dans le militantisme révolutionnaire et/ou syndical. On estime à 30.000 le nombre de « disparus » par la junte militaire argentine entre 1976 et 1983 mais on ne sait pas exactement combien ont été victimes des « vols de la mort ».

Ce qui est certain c’est qu’un grand nombre d’officiers de l’armée a participé et a été responsable de vols de la mort. Des sous-officiers et des soldats aussi. C’est ce que raconte Adolfo Scilingo, ex officier argentin responsable de la mort de 30 personnes lors de deux « vols de la mort », dans une interview réalisée en 1996. Il y explique avec des détails glaçants le procédé des militaires.

Scilingo a été condamné en 2005, en Espagne, à perpétuité (jusqu’en 2022). Ses témoignages, en tant que membre de l’appareil de répression, permettent de connaître beaucoup de détails sur cette pratique aberrante mais aussi de mettre des noms sur les responsables militaires et politiques du terrorisme d’Etat en Argentine. Cependant, Scilingo reste un génocidaire convaincu du bien fondé de son « devoir ». Dans une autre interview du milieu des années 1990 il expliquait : « je n’ai pas changé de camp. Au contraire ! (…) Je pense que le chemin correct aurait été de faire un procès éclair et les fusiller [les détenus]. C’est-à-dire, personnellement je ne me serait pas senti aussi mal si au lieu d’avoir jeté 30 personnes, endormies, nues, depuis un avion à la mer, je les avait tuées en tant que chef d’un peloton d’exécution en les regardant droit dans les yeux ».

La dernière dictature en Argentine reste l’une des plus sanglantes de l’histoire de ce pays et aussi du continent américain. Elle est également l’un des exemples de l’histoire récente les plus clairs de ce que les capitalistes et leur Etat son capables de faire pour préserver leurs privilèges et cette société d’exploitation et d’oppression. Et cela n’est pas une « exclusivité » des Etats de la périphérie capitaliste mais une caractéristique du capitalisme lui-même. En ce sens, nous ne pouvons pas oublier que ce sont en grande partie les militaires français qui ont appris aux tortionnaires latino-américains les techniques de torture et de « contre-insurrection », apprises durant la guerre d’Algérie. Le même « savoir faire français reconnu dans le monde entier » dont parlait Michelle Alliot-Marie lors de la révolution tunisienne…

Interview d’Adolfo Scilingo :




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