Notre classe

Soutien aux camarades victime des violences policières

[Vidéo] Romain D. blessé, de nouvelles preuves accablent la police. Attention vous êtes filmés !

Publié le 7 juin 2016

Le 26 mai dernier, à la fin d’une manifestation contre la loi Travail, un jeune homme de 28 ans, Romain D., a été plongé dans le coma, dont il est sorti ce lundi, suite au lancement d’une grenade de désencerclement par un policier du groupe d’intervention de la préfecture de police de Paris. Une nouvelle vidéo tournée par la télévision russe et de nouveaux témoignages recueillis par le journal « Libération » mettent clairement en cause les CRS et gendarmes mobiles. Tandis que les violences policières dans les manifestations contre la loi Travail et son monde se multiplient, la classe politique reste silencieuse, préférant s’émouvoir d’un lancé d’œufs sur le ministre de l’économie : encore une fois où est la violence ? Un jet d’œuf ou un jet de grenade ?

Cécile Manchette

Le soir de la manifestation du 26 mai, une vidéo montrait un homme écroulé au sol, la tête en sang, suite au lancement d’une grenade, secouru par un petit groupe de photographes et de manifestants. La séquence se terminait sur le jeune homme conscient et souriant transporté sur un brancard dans un camion de pompier. Quelques heures plus tard, on apprenait que Romain D. souffrait d’un « oedème cérébral » et était plongé dans un coma artificiel. Parallèlement, le soir même, des sources policières assuraient que « dans un climat d’extrême tension, il [l’auteur du tir de grenade] ne semble pas avoir outrepassé les consignes ».

"Depuis, d’autres sources sont venues nous renseigner sur ce qui se serait réellement passé le 26 mai dernier. Une nouvelle vidéo de la télévision russe (diffusée ce lundi 6 juin par "le Petit Journal" de Canal Plus), de nouvelles images et plusieurs témoignages, permettent d’établir, de manière flagrante, qu’il y aurait un lien direct entre le lancer de la grenade de désencerclement et la blessure du jeune homme, et que le groupe de policiers n’était absolument pas en danger au moment du jet de la grenade.

Nous relayons ici un montage vidéo réalisé par l’Action antifasciste NP2C rassemblant les différentes sources - images et témoignages - publiées à ce jour. L’émission du petit journal du lundi 6 juin apporte également des éléments allant de le sens d’une énième bavure policière.

Le 26 mai à Paris, suite à la dissolution du cortège syndical, un groupe part vers la Porte de Vincennes. Dans la rue du Général-Niessel, des policiers du groupe d’intervention de la préfecture interpellent un adolescent. On le voit assis par terre entouré de CRS dans une cour. Quelques journalistes, manifestants, et passants s’attroupent alors devant la cour bloquée par la police pour demander la libération du camarade : « libérez notre camarade », scandent-ils. Romain D. fait parti de ces observateurs choqués de cette interpellation.

C’est alors qu’une troupe de policiers arrive en renfort, et l’un d’entre eux lance sans plus attendre une grenade sur les manifestants. Romain D., s’écroule suite au lancement de la grenade. Apparemment il aurait été touché par le bouchon déclencheur de la grenade. Les policiers, loin de s’arrêter là, jettent ensuite une bombe lacrymogène sur les passants et les photographes venus au secours de Romain. Tout cela bien sûr sans s’inquiéter outre mesure de l’état de santé du jeune homme.

Enfin, on voit un camion de pompiers arriver pour venir chercher le blessé afin qu’il soit pris en charge par l’hôpital le plus proche. Il est introduit dans le camion sur un brancard, conscient et la tête bandée. C’est alors que deux gendarmes mobiles pénètrent dans le camion de pompier, suivi selon un témoin, par un troisième.

La suite et fin de l’histoire repose sur des témoignages recueillis par Libération. Deux témoins disent avoir vu les gendarmes, à travers la vitrine, se pencher sur Romain, le pompier serait lui resté à l’écart de la cabine. Les témoins affirment également avoir vu les gendarmes violenter Romain jusqu’à en faire trembler le fourgon, et un appel téléphonique attesterait de « cris de douleurs » de la part du blessé.

Une enquête pénale pour « violence volontaire par dépositaire de l’autorité publique » a été ouverte par le parquet. Pourtant, le policier ayant lancé la grenade initiale n’aurait toujours pas été convoqué.

Reste à savoir comment la justice va s’emparer de cette affaire, considérer les preuves accablantes constituées de ces vidéos et témoignages. Tout le dérouléde cet épisode d’une extrême violence à l’encontre de Romain et de l’ensemble des manifestants présents révèle aux yeux de tous la réalité des violences policières depuis plusieurs mois : charges sans sommation, générosité dans les coups de matraque et les lancés de grenades, « nasses » de plusieurs heures, interpellations musclées de manifestants choisis « dans le tas », insultes, intimidations. Le gouvernement et son bras armé disposent d’un arsenal juridique et idéologique prompte à justifier, excuser, couvrir, minimiser les faits de violence et répressifs de la police : l’état d’urgence, les soi-disant« formes techniques » qui réglementent l’utilisation de tout un attirail d’armes de guerre, la violence des manifestants et des « casseurs » ou encore la menace terroriste. Les « règles », et leurs limites, sont posées, mais qui pour les faire respecter ? Quand les militants, les manifestants, les jeunes des quartiers populaires subissent le contrôle au faciès, les gazages, les coups de matraque, les interpellations suivis de peines de prison pour avoir simplement manifesté, sont blessés ou décèdent suite à des lancés de grenades, nous savons que quels que soient « nos droits » et « leurs droits », nous ne nous faisons pas d’illusions sur « la neutralité », « l’objectivité » du droit et de la justice d’État à pouvoir nous rendre justice. Nous suivrons l’affaire de près.

Nous exprimons une nouvelle fois notre solidarité avec tous les camarades victimes de la répression policière. Lutter contre « la loi Travail et son monde », c’est lutté contre le gouvernement et sa police ainsi que la justice de « classe ».