Notre classe

Université internationaliste et révolutionnaire

Vincent Duse : « A Peugeot, il y a 50 nationalités différentes et des milliers de précaires »

Publié le 21 juillet 2016

Vincent Duse, délégué syndical de la CGT à PSA Mulhouse est intervenu au plénier « la lutte des classes en France » lors de l’Université d’été du réseau international « La Izquierda Diario », duquel Révolution Permanente fait parti, en Europe.

Elsa, étudiante de Paris 1, Vincent Duse, délégué syndical de PSA Mulhouse et Juan Chingo, pour le Courant Communiste Révolutionnaire du NPA ont introduit ce plénier. Nous reproduisons l’intervention de Vincent, un des principaux dirigeants d’une des actions les plus avancées des ouvriers de l’automobile à PSA durant la lutte contre la loi travail.

« Je suis dans une entreprise de 6500 travailleurs, 1500 sont précaires et se côtoient 50 nationalités à l’intérieur de l’entreprise ». Voici la situation de cette importante entreprise, PSA Mulhouse, une des plus grandes de France.

Ces derniers mois, les travailleurs de l’usine se sont organisés pour se joindre au mouvement contre la loi travail.

Vincent explique les raisons profondes du mécontentement ouvrier : « dans le contexte de la lutte contre la loi travail, la majeure partie des travailleurs précaires ont été à la tête du mouvement. Ils pensaient : « si cette loi passe, nous sommes morts ». Sans compter les conditions de travail déjà fortement dégradées. »

« Quand je suis arrivé à l’usine en 1990, nous étions 14000 ouvriers et nous sommes aujourd’hui 6500. La politique de précarisation est une volonté d’exploiter au maximum les ouvriers. La loi travail va permettre une précarisation massive et exploiter encore davantage les travailleurs et travailleuses ».

« L’objectif du patron est de faire croire, une fois la lutte terminée, l’idée que la grève ne marche pas et démoraliser les ouvriers, ce qu’ils avaient réussi à faire partiellement » dit-il en faisant référence à la dernière grande grève de 1989.

« Lors de la grève d’avril et mai, lorsque les ouvriers ont commencé à voir la jeunesse se faire réprimer par la police, ils ont commencé à se mobiliser. La direction syndicale avait la politique de freiner la lutte, même Lutte Ouvrière, qui parlaient du « retard » de la classe ouvrière dans les consciences, pour justifier sa propre passivité », explique Vincent.

L’unité des travailleurs et de la jeunesse a été une dynamique très progressive dans le mouvement : « Notre objectif était de s’unir avec la jeunesse. A Mulhouse, il n’y a pas eu autant de répression qu’à Paris, mais cela se ressentait quand même. Il semblait évident qu’il fallait appeler les travailleurs à se mobiliser et nous avons décidé de faire des Assemblées générales pendant les 20 minutes de pause. Nous nous sommes rendus compte que de nombreux ouvriers, précaires ou non voulaient lutter. Les 550 grévistes ont préparé la grève du 31 mars, où nous étions encore plus nombreux. Nous ne nous affrontons pas seulement à la loi travail, mais aussi contre d’autres mesures internes qui imposent aux ouvriers des conditions de travail bien pires ».

« Ce qui est intéressant est la dynamique des ouvriers, qui voulaient non seulement faire la grève contre la loi travail et les problèmes dans l’usine, mais aussi nous voulions faire la grève car ce sont nos enfants qui vont payer cher ces politiques. »

Lors d’une assemblée générale, il y a eu une discussion sur les moyens de communication, les travailleurs dénonçaient toutes les choses terribles qu’ils disaient, se rendant compte de la manipulation médiatique. Révolution Permanente est arrivée jusqu’à ces ouvriers, et beaucoup ont partagé des articles sur les réseaux sociaux. »

« Nous avions l’objectif de dire à tous les travailleurs en grève qu’il doivent la diriger eux-même du début à la fin, ce n’est pas la grève de la CGT, c’est la grève des travailleurs, à partir des Assemblées générales et des réunions. Ils ont pris en charge leur grève, à tel point que certaines assemblées duraient 2 ou 3 heures, chose très importante qui donnait la confiance aux ouvriers. Ils ont pris confiance, se sont transformés en un véritable chaînon dans cette chaine du mouvement ».

L’unité avec les autres travailleurs a été cherchée depuis le début : « chaque fois qu’il y avait une assemblées, nous discutions d’aller voir les autres travailleurs comme les cheminots, pour leurs dire que nous devons lutter ensemble ».

« Les ouvriers ont fait une manif à l’intérieur de l’usine en chantant « les chefs au boulot » comme cela a été montré dans une vidéo partagé des dizaines de milliers de fois sur facebook ».

Vincent Duse explique la nécessité d’organiser les secteurs les plus exploités et opprimés de l’usine, les précaires, les immigrés et les femmes.

« La majeure partie des travailleurs précaires viennent des quartiers populaires de Mulhouse, où coexistent 50 nationalités, de nombreuses femmes vont de contrats précaires en contrats précaires et une colère profonde se ressent. Une de nos tâches est d’organiser ces travailleurs précaires. Si nous ne le faisons pas, l’ensemble des ouvriers qui ont un CDI vont subir les conséquences d’une baisse de salaire. La colère dans ces secteurs est palpable et croissante. Une des tâches fondamentales que nous avons aujourd’hui dans la classe ouvrière est d’organiser tous ces travailleurs. »

« La majeure partie des ouvriers de l’entreprise de nettoyage sont kurdes et il y a beaucoup de discussions que nous faisons avec ces camarades » souligne Vincent , racontant les débats sur la question kurde et la situation en Turquie.

Pour terminer, il appelle toute la jeunesse présente dans la salle à continuer la lutte avec l’ensemble des travailleurs.