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Politique

Primaire à gauche

Vincent Peillon candidat. Retour sur son bilan sous le gouvernement Hollande

L’ancien ministre de l’Éducation nationale sous les premières années du quinquennat Hollande, Vincent Peillon, vient d’annoncer sa candidature à la primaire organisée par le Parti socialiste. Une candidature qui intervient suite au retrait de François Hollande à sa propre succession. Elise Duvel

Après deux années de silence, Vincent Peillon revient sur le devant de la scène pour défendre une candidature qui assume le bilan du gouvernement Hollande, auquel il a participé en tant que ministre de l’Éducation nationale. Il considère que « le président de la République devait porter les couleurs de son bilan ». C’est pour porter cette voix que Vincent Peillon entre dans la course à la présidentielle et sera donc opposé à Valls, Montebourg et Hamon.

Le moins que l’on puisse dire est que Peillon a participé activement à la « refondation de l’école » : décret sur les rythmes scolaires, démantèlement des statuts, éducation prioritaire. Autant de chantiers pour poser les fondations de ce que doit être, pour le patronat et le gouvernement, une réforme structurelle de grande ampleur contre l’Éducation nationale.

Instaurés en 2013, les rythmes scolaires ont modifié l’organisation de la journée d’étude actuelle des élèves dans l’enseignement primaire. Les heures disciplinaires sont réduites et des activités périscolaires sont introduites dans les écoles, soi-disant pour réduire les journées de travail des élèves trop longues. À la charge des communes d’organiser tout cela. Mais la réelle ambition de cette réforme était tout autre. Elle a instauré une première étape dans la casse du cadre national de l’éducation.

Cette restructuration du système scolaire vise, en réalité, au transfert accru des responsabilités de l’enseignement, hier encore assumées par l’État, vers les collectivités locales. Ainsi, loin de favoriser l’égalité entre tous les élèves, c’est la logique inverse qui s’opère. En effet, toutes les mairies n’ont pas les mêmes moyens pour mettre en œuvre les activités périscolaires. Les budgets alloués aux communes pour l’école variant de 1 à 10, la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon accroît délibérément les inégalités entre les écoliers des communes riches et pauvres, alors qu’elles étaient déjà colossales.

Face à cette attaque massive, Vincent Peillon s’est heurté à une colère et une détermination sans faille des enseignants du premier degré, qui ont lutté pendant des mois contre cette réforme. Mais c’est sans compter sur les directions syndicales qui ont fait le choix du dialogue dans les salons avec Monsieur le Ministre pour valider cette réforme, après avoir gratté quelques miettes.

Une fois la réforme dans le premier degré passée, Vincent Peillon s’est attelé au second chantier de sa refondation de l’école : redéfinir les métiers de l’éducation en mettant fin aux statuts de 1950. Loin d’être parfaits (instaurant des divisions de statut par exemple entre certifiés et agrégés), ces statuts organisaient néanmoins le temps de travail des enseignants et leurs missions de service, en cristallisant un certain nombre d’acquis de la profession. Ce démantèlement est passé et voici venue l’heure pour les enseignants de multiplications de missions non liées directement à l’enseignement mais à des réunions non rémunérées imposées par les chefs. Voici venus les temps de missions obligatoires distribuées au sein des établissements moyennant une « indemnité », qui n’est plus assurée par l’État mais au bon vouloir du chef.

Najat Vallaud-Belkacem, succédant à Vincent Peillon, a poursuivi le chantier de ce ministre qui a bâti tout l’édifice pour refonder l’école par la réforme de l’éducation prioritaire et la très contestée réforme du collège.

Une candidature pour quoi faire ?

Il ne fait nul doute que le prochain gouvernement, qui sera celui d’un gouvernement de combat, tentera d’achever l’édifice de la casse de l’Éducation nationale mais aussi de la dégradation des conditions de travail des enseignants, dont Vincent Peillon avait donc largement ouvert le chantier.

Les déçus de la non-candidature de Hollande cherchent désespérément un successeur, une voix alternative au vote Valls ou Montebourg. De nombreux noms circulent, de Ségolène Royal à Najat Vallaud-Belkacem. Christiane Taubira, sollicitée par des parlementaires et par une pétition, ne semble pas décidée à se lancer. Marisol Touraine, ministre de la Santé, dont beaucoup espèrent la candidature, non plus. C’est donc Peillon qui se lance pour représenter cette clique qui ne veut pas d’un Valls ou d’un Montenbourg.

« La primaire est une machine à fabriquer de l’unité. (…) Je veux être le candidat du rassemblement », a souligné l’ex-ministre de M. Hollande, qui a dit vouloir « rassembler » son camp, y compris Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et « gagner la présidentielle » en se posant en « candidat d’une éthique politique ».

Ce qui est sûr, c’est que la candidature soudaine de celui qui se dit rassembleur n’est pas vu d’un bon œil par les autres candidats déjà en lice pour le trône : Valls, Montebourg ou Hamon.

Pour sa part, Manuel Valls a déclaré mercredi : « On ne peut pas être candidat pour affaiblir. C’est ma conception. On ne peut pas être candidat contre. » Ses proches évoquent une candidature qui s’apparenterait à une « mauvaise plaisanterie ». Et Valls a raison de s’en faire. Peillon veut prendre sa revanche après son éviction du gouvernement suite à un remaniement ministériel.

Une telle candidature vise à affaiblir Valls au premier tour des primaires au profit de Montebourg ou Hamon. Mais Peillon comme les autres candidats portent en eux le lourd bilan de ce gouvernement à l’origine de tant de contre-réformes, dans l’éducation pour Peillon, mais plus largement avec la loi Travail en particulier.




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