^

Genres et Sexualités

Vu sur lecourrierdelatlas.com

Violée de 12 à 16 ans, Soraya attend toujours qu’une enquête soit ouverte

Le Courrier de l'Atlas. Elle s’appelle Soraya *. Aujourd’hui, elle a 20 ans. Elle a été violée des dizaines de fois de 12 à 16 ans. Son cauchemar s’est arrêté quand elle a fini par quitter sa ville située dans le 93 pour poursuivre des études supérieures dans une autre région. Pendant son calvaire, elle a essayé de trouver de l’aide. Partout. D’abord auprès de son école, puis auprès de la police, ensuite auprès d’un psychologue d’une association d’aide aux victimes.... En vain. « J’ai dû faire toutes mes démarches seule. Je n’avais que 16 ans a l’époque », répète-t-elle depitée. Alors que beaucoup auraient été anéanties, Soraya, elle, n’a rien lâché.

Source : Le Courrier de l’Atlas

Auteur : Nadir Dendoune

Il y a quelques jours, elle a parlé du drame qu’elle avait vécu à Fatima Ouassak, militante infatigable des quartiers populaires, membre du réseau race-genre-classe qui a rendu publique l’affaire. « J’ai confiance en elle. Je me sens moins seule aujourd’hui. J’irai jusqu’au bout. Je réclame justice. Je veux qu’une vraie enquête soit ouverte », demande déterminée Soraya.

« Elle ne souhaite pas seulement que ces agresseurs soient traduits devant les tribunaux, elle aimerait aussi qu’à l’avenir, d’autres filles ne soient pas laissées toute seule quand elles subissent ce genre d’agressions », précise Fatima Ouassak.

« Aucune résilience ne sera possible pour moi, sans que ce qui m’est arrivé soit reconnu comme étant quelque chose de mal, d’anormal, d’injuste, qui n’aurait jamais dû arriver à l’enfant que j’étais, et que cela aurait dû être interrompu et sanctionné par les autorités compétentes » martèle de son côté Soraya.

Les viols pour Soraya débutent très tôt, quand elle a seulement 12 ans. « Un jour, alors que je rentrais de l’école à pied, cinq jeunes hommes, quatre Blancs et un Arabe, tous âgés d’une vingtaine d’années, m’ont barré le passage en me bousculant, l’air amusé », se souvient-elle. « Je me suis débattue en leur filant des coups de pied. À un moment, deux d’entre eux m’ont plaquée contre un mur. Pendant plusieurs minutes, j’ai subi des attouchements et des insultes à caractère pornographique », raconte Soraya.

La gamine rentre chez elle, en pleurs. « Je tremblais. Il n’y avait personne chez moi. Je suis allée m’enfermer dans ma chambre », explique-t-elle encore. Paniquée, Soraya décide de taire ce qui lui est arrivé. Le pire reste à venir.

Une semaine plus tard, elle rencontre de nouveau ses agresseurs. Cette fois-ci, la jeune fille est incapable de bouger. « Je me sens très petite, et eux sont très grands. Je les vois très grands. C’était comme une fatalité dont j’avais l’impression que je ne pourrais plus jamais me sortir », relate Soraya.

Les semaines passent, les viols continuent. « Régulièrement, ils m’attendaient au même endroit, juste à côté de mon immeuble. Ils me traînaient dans le local à poubelles pour me violer ». L’entourage de Soraya sent qu’il se passe quelque chose alors que la fillette perd du poids. « Je ne mangeais plus », confirme-t-elle. Submergée par la honte, elle préfère garder le silence.

Elle finira par en parler tout de même à la CPE de son collège. Celle-ci convoque alors ses parents. Au lieu de parler de viols, la CPE évoque juste des « harcèlements ». « Mes parents avaient l’air tellement dépassés. Nous n’en avons jamais vraiment parlé », relate Soraya.

Compte tenu de la situation tragique, c’est le papa, quand il peut, qui vient chercher sa fille. « Mais quand il ne pouvait pas, je rentrais à pied », lâche la jeune fille. Pendant les cinq années qui ont suivi, entre 12 et 16 ans, les agresseurs violent Soraya une dizaine de fois.

Quatre ans après son premier viol, Soraya a alors 16 ans. Alertée, la CPE de son lycée décide de lancer une procédure de signalement auprès de la Brigade de Protection des Mineurs. Une enquête est alors enfin ouverte. Le début de la fin du calvaire, pense alors la jeune fille. Elle se trompe. Au commissariat, l’agent lui montre des portraits-robots, mais aucun ne correspond. À aucun moment, les policiers ne se rendent sur les lieux des agressions. « Pendant une journée entière, j’ai dû raconter dans les moindres détails les différents viols à un agent de police qui me demandait toujours plus de détails. Ses questions m’ont anéantie. Elles continuent de me détruire encore aujourd’hui », explique Soraya.

Le policier, suspicieux, au lieu de la soutenir, ose même lui balancer à la figure : « ce que je trouve bizarre, c’est pourquoi tu n’as pas choisi de prendre d’autres chemins pour rentrer chez toi... »

Anéantie par son passage au commissariat, elle se rend sous les conseils de l’agent de police à l’hôpital pour y subir une série d’examens. Un toubib et une gynécologue la pressent de prendre rendez-vous chez un psychologue sans l’orienter pour autant. « J’ai dû faire toutes ces démarches seule. Je n’avais que 16 ans à l’époque », regrette Soraya. Mais il y a pire. Un psychologue d’une association d’aide aux victimes de Bobigny est persuadé que Soraya ment.

« Il me disait que je n’étais pas obligée de dire que j’avais été violée, que j’avais le droit, quoiqu’en pensent mes parents, d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage. Il a même émis l’hypothèse que je m’étais voilée pour me laver de la honte d’avoir eu des relations sexuelles hors mariage », raconte-t-elle exaspérée.

Malgré ses mésaventures, Soraya veut toujours croire en la justice. Elle se rend plusieurs fois de nouveau au commissariat. Une « insistance » qui semble déplaire aux policiers. « Les agents me demandaient d’arrêter de venir. Ils me répétaient que l’enquête était en cours, et qu’ils allaient lancer des patrouilles autour de mon quartier », lâche Soraya. « Mais il n’y a jamais rien eu », se désole-t-elle.

Soraya croise encore et toujours ses bourreaux. Elle tente de leur faire peur en leur disant que les policiers ont été prévenus. En vain. Elle sera violée de nouveau trois autres fois. Des viols encore plus « violents » que les précédents, raconte celle qui décide alors de porter le voile. « Les violeurs me disaient que mon voile ne me sauverait pas, qu’ils s’en donneraient encore plus à cœur joie ».

Soraya finit par quitter sa ville pour aller poursuivre ailleurs des études supérieures. Parce qu’elle espère toujours que justice soit faite, elle se rend au commissariat de son nouveau lieu de résidence. Un agent lui promet de la rappeler. Soraya attend toujours son coup de fil.

Soraya a aujourd’hui 20 ans et pour des raisons familiales, elle a dû retourner vivre dans la ville où elle a été violée. Il y a quelques jours, elle a même aperçu au loin un de ses agresseurs. Lui et ses complices n’ont jamais été inquiétés par la police. Soraya espère qu’en témoignant publiquement, la justice "fera enfin son travail".

* Le prénom a été modifié