Genres et Sexualités

« Culture du viol »

Violée et condamnée pour avoir voulu le dénoncer. Témoignage

Publié le 1er juillet 2016

« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol. » Article 222.23 du Code pénal.

En théorie, le viol est un crime, condamné par la loi. Sauf que dans les faits, l’acte de viol est très rarement reconnu comme tel, et le plus souvent mis en doute. Des souvenirs effacés au GHB qui ôtent à la victime la possibilité d’une déposition, à la mise en doute de son non-consentement de l’acte sexuel, la police joue bien souvent un rôle pour dissuader les victimes de porter plainte et protéger les coupables. X, victime d’un viol, revient sur sa page facebook « Bordeauxmavillecultureduviol » sur son expérience avec la police, qui non seulement a voulu faire passer sa plainte pour viol en plainte pour agression sexuelle, mais l’a également mise en garde à vue et poursuivie pour s’être rebellée contre cette injustice.

Violence et blessures, un rapport sexuel normal selon la policière ?

« Le 10 Décembre 2015, j’ai été victime d’un viol sur le lieu de travail de mon agresseur. Lors de mon audition pour viol, au commissariat, l’agente de police qui m’a accueillie me déclare, avant même d’entendre toute l’histoire, que ce n’est pas un viol.
Pour restituer les faits à la manière dont je lui ai raconté. Oui, au départ, j’étais consentante. Et si à un moment, en m’embrassant, j’ai refusé qu’il me tire les cheveux, il a stoppé net, c’est bien le signe qu’il était tout à fait apte à comprendre ce que je souhaitais et ne souhaitais pas. Lui demandant s’il avait des préservatifs et voyant que non, je décide de stopper les préliminaires. Il me fait alors croire qu’il en a trouvé un derrière un comptoir, mais en vérifiant je me rends compte qu’il n’en portait pas.
C’est alors que je le repousse. Avec une grande violence, il rentre sa main dans mon sexe pour forcer la pénétration. Je me mets à saigner. Il s’arrête enfin.
Sans pouvoir me débattre face à sa force physique, je l’ai malgré tout repoussé à plusieurs reprises, en répétant clairement « non ». Vraiment, pour cette agente de police, ce qui m’est arrivée ressemble à un rapport sexuel normal ?
Elle trouve alors tout un tas de prétextes à son agression, me disant qu’il est « mignon », que je me suis « mise en danger », que je suis « naïve d’avoir suivi un serveur ». Une des brigadiers me dit que si j’avais saigné, c’est parce que j’avais mes règles lors du viol. Il y a une différence entre ses règles et saigner parce qu’une personne force. Surtout quand on n’a pas ses règles. Pour moi, c’est de l’humiliation.
Bien entendu, elle ne me dirige pas vers la cellule d’accueil aux victimes d’agressions (CAUVA) puisque pour elle ce n’en est pas une. Pourtant ayant passé un examen le lendemain, des lésions sont visibles. Grâce à cette fonctionnaire de police, mon dossier pour viol est classé sans suite le 18 avril 2016, chose que je n’ai apprise que récemment par ma juriste, puisque je n’ai reçu aucun appel téléphonique, ni courrier pour m’en informer. »

Plusieurs mois après les faits, après avoir été informée que sa plainte avait été classée sans suite, X. victime à la fois d’un viol et du déni des institutions de police et de justice, est écœurée. Deux panneaux en liège sur la devanture du commissariat, quelques coups de peintures pour dénoncer les faits, plus tard, la voilà vite rattrapée par une justice qui a jusque là refusé de la considérer comme victime et décide dorénavant de la traiter comme une criminelle.

Embarquée chez elle, traitée comme une criminelle

« Lundi 30 Mai 2016. 16h15. Deux policiers viennent me chercher chez moi. Ils m’arrêtent pour outrage par paroles, gestes et menaces. Ce dont ils m’accusent, c’est d’avoir peint les phrases que m’avait rétorqué l’officier de police durant mon audition : « Mme… trouve mon violeur mignon », « BPDF : brigade de Pendaison des Françaises », « faites un don pour sa conscience »… je vais être mise en garde à vue pendant 48heures, sans possibilités de contacter personne. Dans la cellule, les policiers notent sur un registre mes affaires, je dois donc donner mes bijoux, mon soutien-gorge et j’ai droit à une fouille corporelle. Ensuite, on m’emmène seule dans une cellule en béton, la porte est jaune, double vitrée et totalement fermée (je dépose mes chaussures à l’extérieur).
La surface est d’à peu près 6-7 mètres carrés. En guise de lit, il y a une surface bétonnée plus haute avec un tapis jaune ressemblant à ceux du judo. Il y a une fontaine à eau dans un carré, des toilettes à la turque, pas de papier toilette. La cellule au premier abord paraît propre puis pas vraiment, entre les traces de main sur les vitres et la poussière par terre, sans oublier les poils de bite…Il y a une ventilation en continu qui fait un léger bruit de marrée. Ça m’assèche la gorge. Une bestiole qui m’a piquée. Tout va bien, je n’ai pas de morpions. Faire pipi en se sachant regardée à la caméra est une expérience troublante.
Premier jour de garde à vue : prise d’empreinte avec un policier qui essayait de me détendre et me demandait pour quelle raison je suis ici. Il est quasiment impossible de dormir, la lumière est présente jour et nuit, plus les prisonniers qui râlent, tapent… et encore, c’était calme pour les policiers.
Deuxième jour de garde à vue : je ne vois pas trop l’intérêt de manger. Repas micro-ondable et pas top, absence de choix le midi. Je vois l’avocat commis d’office et lui explique les faits. Pour lui, je sors le jour même. Avec l’avocat, je rencontre le responsable de l’Ordonnance de protection, puis le vice-président du tribunal de Grande Instance, suivi d’une visite médicale. Je reste pourtant une nuit de plus en cellule. »

6 mois de prison et 7 500 euros d’amende

« Le mercredi 1er juin j’ai été déférée au parquet, menottée par des policiers outrés de devoir m’emmener ainsi. Chaque criminel est emmené dans ce fourgon composé de petites cabines en fer grillagées qui permet tout juste de s’asseoir sauf pour ceux en surpoids. En rencontrant la vice-procureur, je comprends que j’encoure 6 mois de peine de prison et jusqu’à 7 500 euros d’amende.
Victime de viol, je me retrouve considérée comme une criminelle pour deux panneaux de liège placés devant le commissariat pour dénoncer les termes utilisés par un fonctionnaire de police pendant sa prise d’audition pour viol.
En attendant, mon violeur, rien. Si ce n’est une convocation et une audition. Ce qu’il en ressort, c’est que ‘le dossier sera classé sans suite’ ».