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Société

« Tout le monde déteste la police »

Violences policières. A Saint Denis, les flics tapent fort : 55 lycéens interpellés, huit présentés à la justice

A St-Denis, dans les ghettos du 93, la jeunesse bouillonne. La mobilisation pour rendre justice à Théo, dont la justice ne reconnait pas le viol et la lourde répression policière qui s’en est suivie a soufflé le feu sur les braises. A Saint-Denis, le mouvement de colère de ces jeunes qui n’en peuvent plus de subir les humiliations au quotidien a été durement réprimé par la police. Elise Duvel

Une colère légitime durement réprimée

Mardi matin, une mobilisation spontanée a démarré au lycée Suger. Plusieurs jeunes ont pénétré dans le lycée Suger de Saint-Denis occasionnant des dégâts matériels dans l’établissement. Dans ce cadre, les enseignants n’étaient plus en mesure d’assurer la sécurité pour les jeunes de l’établissement. La direction a pris la décision de fermer dans une ambiance de cohue générale.

Suite à cela, plusieurs dizaines de jeunes se sont dirigés vers le centre-ville. C’est alors qu’ils ont commencé à crier des slogans contre les violences policières et justice pour Théo. Une réalité que ces jeunes des banlieues délaissées connaissent très bien. Face au racisme d’Etat qui considère que des jeunes des classes populaires, souvent enfants d’immigrés ou immigrés eux-mêmes, peuvent être tabassés par la police impunément, la colère s’exprime envers les différents symboles de l’Etat et de la société en général. Une colère que la police a tout fait pour empêcher de s’exprimer de manière organisée en réprimant tout azimut tout début de mouvement sur les lycées parisiens et de banlieue ces dernières semaines.
Même si quelques jeunes se trompe de colère en attaquant un lycée, cela n’est que l’expression de la situation sociale de relégation systématique de cette jeunesse, sans autre avenir et horizon que celui du contrôle d’identité au faciès et de la discrimination. Cela a souvent des conséquences très contreproductives, qui permettent à l’Etat de présenter sa répression comme « légitime ». Manu militari, les forces de l’ordre sont intervenus avec une brutalité sans faille et ont interpelés et mis en garde à vue 55 jeunes dont 43 mineurs. Tous les élèves se trouvant sur le passage de la police ont été embarqués sans autre forme de procès. Une garde-à-vue prolongée de 24h ce mercredi. Huit jeunes mineurs vont être présentés à la justice.


C’est qui les casseurs ?

Comme le souligne la tribune des enseignants et parents d’élèves de Bobigny suite à la répression du rassemblement en solidarité avec Théo, les casseurs, ce sont ceux qui réduisent à peau de chagrin les moyens dans l’éducation. Lycées, collèges et écoles dans le 93 sont surchargés, délabrés, délaissés. La baisse de moyens dans l’éducation est systématique.

En septembre, suite une agression, le personnel du lycée Suger avait fait grève pour dénoncer le manque criant de moyens dans l’établissement Le lycée Suger, dont tout le monde reconnaît que les élèves vivent des situations de grande précarité, voire de misère, dispose d’une seule assistante sociale, une seule infirmière, et seulement trois CPE (conseiller principal d’éducation, ancien surveillant général). Dans ce lycée de Saint-Denis, on vit depuis longtemps avec des moyens en personnel complètement insuffisants. Et la grève est enseignants en septembre pour obtenir des moyens supplémentaires a eu fin de non-recevoir de la part du rectorat et du gouvernement.

Les délinquants, ce sont ceux en uniforme

Cette situation doit être rattachée à la violence policière que subissent au quotidien ces jeunes des quartiers populaires. Les humiliations, les brimades, et même les viols et les meurtres : tout est fait pour contenir l’ordre social dans un contexte de misère où ce ne sont pas les raisons de se révolter qui manquent. Une violence policière qui s’accentue d’autant plus lorsque ces jeunes tentent de faire entendre leur voix. Il suffisait d’être à Nation lors des mobilisations de lycéens ces dix derniers jours pour voir le sort qui était réservé aux jeunes : tirs de flashball, coups de matraque, passages à tabac sans distinction.

Les délinquants dans les quartiers populaires, ce sont bien ceux en uniforme. Ceux qui ont tabassé sans distinction les lycéens qui se mobilisaient à Saint-Denis ce mardi. Ceux qui ont violé Théo et qui sont toujours en liberté. Le témoignage d’un de leurs collègues dans Médiapart en dit long sur ces pratiques policières quotidiennes : «  L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça… […] C’étaient vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! » « Ils aiment se battre, casser des gens. ». Tout comme le témoignage de Mohammed, l’ami de Théo qui raconte ce qu’il a subi : « Ils me frappent, coups de pied, coups de poing au visage, dans le ventre, dans le dos, je saigne parce qu’ils m’ouvrent le crâne, je leur dis que je suis essoufflé, ils me traitent de ‘‘sale Noir”, de ‘‘salope’’, ils me crachent dessus.  »

Dans ce contexte, il est urgent de se mobiliser pour soutenir ces jeunes pour exiger, à minima, la relaxe de ceux qui vont comparaitre devant la justice, et la condamnation des policiers qui ont violé Théo. Mais bien plus largement pour mettre fin aux violences policières au quotidien, à la situation de la misère et de précarité que connaissent les quartiers populaires et la dégradation des conditions d’étude dans les lycées.

D’ores et déjà, les parents d’élèves et les lycéens appellent à se rassembler devant le lycée ce jeudi à partir de 7h30. Les enseignants ont également un rôle très important à jouer en accompagnant les lycéens dans leurs actions.




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