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Société

Un flic condamné à du sursis pour combien de relaxés ?

Violences policières : De la prison avec sursis pour avoir assené des coups de poing lors d’une interpellation

Adama Traoré, Théo et Alexandre, ces affaires ont fait la Une des médias par leur brutalité et surtout pour les mobilisations qu’elles ont suscitées. Derrière ces affaires médiatisées, il y a aussi toutes les violences policières commises lors des interpellations dites « mineures », accompagnées d’insultes, de coups de poing et d’humiliations. Des agressions qui sont le quotidien de populations entières sur le territoire français, souvent parce qu’elles ne sont pas nées avec la « bonne » couleur de peau. Jeudi dernier, un policier a été condamné à six mois de prison avec sursis pour des faits de violences policières. Retour sur ce cas ainsi que sur les nombreuses affaires que cette justice de classe a volontairement oublié… Olivier Isidore

Une faible condamnation pour un énième cas de violences policières

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Jeudi dernier un policier a été jugé par le tribunal correctionnel de Cusset (Allier) pour deux plaintes déposées à son encontre lorsqu’il était en service au commissariat de Vichy en juin et septembre 2014. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis. La première accusation date de juin 2014, alors qu’il intervenait dans le cadre d’une dispute conjugale. Dans sa déposition la victime accuse le policier de l’avoir provoquée verbalement puis assené un coup de poing dans la bouche. L’accusé se défend en faisant bien sûr appel à la légitime défense. Il déclare ainsi : « me sentant menacé, je lui ai porté un coup dans le visage avant de le maîtriser au palier ». Malgré les témoignages de la victime, l’action se déroulant dans une cage d’escalier, aucun témoin n’a pu contredire la version du policier assermenté. Évidemment, le procureur de la République a requis la relaxe pour l’accusé.

Dans la deuxième affaire, la victime a eu la chance d’avoir des témoins oculaires : les faits se sont déroulés le 10 septembre 2014 au milieu de l’après-midi dans le parc des Sources à Vichy. Accompagné d’un adjoint de sécurité, l’officier en question a procédé à l’interpellation d’un jeune de 17 ans qui roulait sur un scooter sans casque. Le jeune, alcoolisé, prend la fuite en faisant des gestes obscènes, mais tombe à cause de son état d’ébriété. Rattrapé rapidement par l’accusé, celui-ci lui assène trois coups avec son talkie-walkie l’un à l’oreille, l’autre au nez et le dernier à la pommette. L’accusé se défend encore une fois en disant que les coups reçus par le jeune étaient involontaires et dus à ses gesticulations. Mais le témoignage d’une dame et la vidéo surveillance accablent le policier qui a finalement pris 6 mois de prison avec sursis. L’affaire Théo à été (évidement) à peine nommée dans l’affaire.

Quelques affaires médiatisées pour une multitude d’oubliées

Les images de violences policières, nous les avons toujours en tête, et notamment celle de ce jeune lycéen qui a été mis à terre par un brutal crochet de la part d’un policier lors du mouvement contre la loi travail dans le lycée Bergson à Paris. C’était le 24 du mois de mars et les images ont choqué jusqu’au ministre de l’intérieur. Le lycéen a eu le nez cassé et s’est vu prescrire une incapacité totale de travail (ITT) pendant 6 jours.

Le policier de 26 ans a écopé d’une peine de 8 mois de prison avec sursis et le pire, c’est que le tribunal correctionnel de Paris n’a toutefois pas inscrit la condamnation à son caissier judiciaire. Devant les juges, le « gardien de la paix » se défend en expliquant que cela fut un « malheureux concours de circonstances » : il n’aurait aucunement visé le visage du lycéen, mais le jeune homme se serait baissé au moment où le coup partait ! Il se serait senti en danger, car aurait ressenti « comme des doigts au niveau de la jugulaire », le tout dans un contexte « compliqué » et auquel il aurait été à peine formé.

Autre affaire oubliée : un groupe d’adolescents a porté plainte auprès du parquet de Paris pour des violences policières commises dans leur quartier de Reuilly-Montgallet. 18 adolescents entre 12 et 18 ans ont subi entre l’été 2013 et octobre 2015 des contrôles d’identité à répétition, insultes racistes, violences physiques et même des attouchements sexuels dans le commissariat du XII ème arrondissement de Paris. Les accusations sont portées contre la brigade de soutien de quartier.

Selon Luc Poignant représentant du syndicat SGP-Police « ses collègues ont le droit à la présomption d’innocence ». Rien d’étonnant en ayant en tête les propos proférés dernièrement par ce personnage sinistre dans l’émission C dans l’air, où sans aucune ambiguïté et avec un racisme complètement décomplexé de sa part, il a assuré « bamboula, d’accord ça ne doit pas se dire, etc, mais ça reste encore à peu près convenable »

Du racisme aux viols, les histoires continuent partout en France : à Marseille en décembre 2013 un policier a été condamné à 12 mois de prison avec sursis malgré deux ans de prison dont un an d’emprisonnement requis. Les fait se sont déroulés lors d’une soirée dans la nuit du 17 au 18 janvier 2012 dans un immeuble du centre ville de Marseille. Des étudiants et des jeunes travailleurs célébraient l’obtention du diplôme de l’un d’entre eux, et les policiers ont été appelés pour des nuisances sonores. Trois d’entre eux sont dépêchés sur place, le ton monte, ils demandent des renforts, au total 27 policiers viendront sur place ! Enhardi par leur nombre, ils rentrent à l’appartement en force en faisant usage de gaz lacrymogène, et sur les images tournées par le voisin, on voit les jeunes descendre de l’appartement les mains sur la tête, sous les insultes et prendre des coup au fur et à mesure de leur descente. Le seul policier poursuivi est filmé en flagrant délit en donnant des coups de matraque aux jeunes. Du sang par terre, des chevilles, des nez cassés et 36 heures de garde à vue pour les étudiants. Le comble de l’histoire : les six victimes se sont retrouvées sur le banc des prévenus, pour violences aggravées envers les policiers.




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