Société

« L’ordre et la force »

Violences policières : aucune impunité !

Publié le 15 mars 2016

Placage ventral, pliage, tir de Flashball, lancer de balles de défense, Taser... Les moyens de répression mis à la disposition de la police sont légion, parfois mortels, et quasiment toujours utilisés en toute impunité. Ce lundi 14 mars, l’ACAT (Association des chrétiens pour l’abolition de la torture) publie un rapport d’enquête édifiant sur les violences policières en France ces dix dernières années, intitulé « L’ordre et la force ». En plein tournant sécuritaire et répressif du gouvernement, justifié depuis plusieurs mois par un état d’urgence sans cesse prolongé, c’est l’occasion de révéler au grand jour l’opacité du ministère de l’Intérieur sur ces cas de violence, le lourd bilan humain et les graves défaillances dans les enquêtes administratives et judiciaires menées pour faits de violences de la part de ces flics-voyous à qui est donnée la possibilité d’agir en toute impunité.

Camilla Ernst

Un lever de voile à vous glacer le dos

Il n’existe aucune statistique officielle en matière de violence policière en France. Nombre de personnes tuées ou blessées à l’occasion d’une intervention de police ou de gendarmerie, données relatives à l’utilisation des armes, nombres de plaintes déposées envers des agents des supposées « forces de l’ordre » pour faits de violence... Aucun chiffre n’est rendu public. Le brouillard est si épais qu’il a fallu que l’ONG recense elle-même les affaires par l’intermédiaire d’articles de presse, de témoignages de victimes ou de proches, d’associations ou d’avocats, dénonçant au passage le ministère de l’Intérieur qui « fait preuve d’une opacité flagrante concernant les violences commises par ses agents ».

Au total, l’ACAT a compté 89 cas de violences, dont 26 ont entraîné la mort, 29 des infirmités permanentes et 22 des blessures graves. Sont en cause aussi bien les techniques d’immobilisation (placage ventral, pliage) que les armes intermédiaires, dont l’utilisation s’est massifiée depuis les années 90 - du Flashball au Taser en passant par les balles de défense ou les grenades. « On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise ces manifestants. C’est flagrant avec le Flash-Ball » note Aline Daillère, auteure du rapport. Quant aux Tasers : « Parce que considérés comme inoffensifs, ils semblent favoriser le recours à la force, au détriment de la négociation ».

Et sans grande surprise, les victimes sont, des mots du rapport, « essentiellement des jeunes et des membres de minorités visibles », et les cas recensés l’ont été à l’occasion de manifestations ou « d’opérations de sécurité dans des quartiers jugés sensibles ou des zones à défendre [ZAD] ».

Police partout, justice nulle part

Ainsi, outre un panel de moyens répressifs de plus en plus larges mis à leur disposition, les flics font preuve d’un grand sentiment d’impunité qui les pousse à l’attaque et non à une position défensive. Pas étonnant puisque ces faits de violences policières ne donnent lieu à aucune sanction dans plus de 90% des cas, et encore, si l’on peut parler de sanctions... La plupart du temps, si condamnation il y a, c’est un simple blâme, très rarement plus que de la prison avec sursis alors même que l’on parle de victimes décédées. Une justice de classe qui protège les flics à la solde du gouvernement.

A cela, s’ajoute un corporatisme important, quand la majorité des enquêtes sont réalisées directement au sein des services, posant un problème d’impartialité. Difficulté de déposer plainte, d’obtenir une enquête effective, disparition d’éléments probants, déclarations manifestement mensongères des policiers pour protéger leurs pairs, durée excessive des procédures pénales, menace de condamnation pour outrage et rébellion… Autant d’embûches qui ne font qu’accroître les difficultés à obtenir réparation pour les victimes, et qui alimentent l’impunité dont jouissent les flics-voyous.

Contre les violences policières : tous dans la rue le 19 mars !

Si le rapport de l’ACAT, reflet d’une enquête sur dix ans, était déjà alarmant quant à la fréquence des violences policières, celles-ci ne font que s’accélérer depuis la mise en place de l’état d’urgence, et le tout-sécuritaire n’a fait que renforcer l’impunité policière en autorisant les agents de la police nationale à porter leur arme en dehors de leur service, tandis que la police municipale s’arme en accéléré grâce au budget de l’Etat. Les victimes, elles, n’ont pas changé : jeunes de banlieues et militants écologistes ou d’extrême-gauche, les uns supposés « ennemi intérieur » à combattre, les autres dont ils faut taire toute contestation.

À l’aide d’une pétition à signer en ligne, l’ACAT interpelle Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, afin d’obtenir plus de transparence quant aux données annuelles concernant les violences policières. Elle demande en outre l’interdiction des lanceurs de balles de défense et la création d’organe d’enquête indépendants.

Face à cette justice de classe d’un état policier dont les crimes restent impunis, afin de faire entendre nos voix plus fort et d’unir nos revendications, retrouvons-nous toutes et tous dans la rue le 19 mars, à l’occasion de la journée internationale contre les violences policières, pour manifester contre « la légalisation du permis de tuer ». Contre les violences policières faites aux migrants, les expulsions, les contrôles au faciès, la répression des luttes, la criminalisation syndicale et pour la levée immédiate de l’état d’urgence !