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Genres et Sexualités

Le 8 mars, pas de trêve pour les violences faites aux femmes

Violences sexuelles au Guatemala. 37 filles meurent dans un incendie après avoir voulu s’échapper de leur foyer

Nola Yelan, correspondante depuis Guatemala Cuidad

Le mardi 7 mars vers 15h, près de 80 adolescentes, de 13 à 17 ans, se sont évadées de leur foyer d’accueil, le “Hogar Seguro, Virgen de la Asuncion” situé a San Jose Pinula, à 10 km à l’est de la capitale du Guatemala. La raison de cette fuite ? Les mauvais traitements et les vio-lences physiques et sexuelles dont elles étaient victimes.

“Là-bas, c’était l’enfer et l’enfer nous le vivions étant violées chaque soir.”

Ces mots auraient été adressés par une des jeunes filles à une voisine du foyer juste avant que la police n’intervienne. Car, oui, l’évasion ne fut que de courte durée. En effet, après quelques heurts, la Police Nationale Civile réussit à prendre le contrôle de la situation et a fait rentrer les jeunes filles dans le foyer. Dix-neuf d’entre elles auraient cependant réussi à s’enfuir à ce moment là et nous sommes à l’heure actuelle toujours sans nouvelles d’elles. Selon le témoignage d’une des jeunes filles, il semblerait que les soixante adolescentes ramenées de force dans le centre auraient été ensuite enfermées à clef dans une chambre de l’aile féminine du « Hogar Seguro ». C’est dans cette même chambre que dans la matinée du 8 mars se déclarera un incendie.

Le bilan de ce dernier est catastrophique. Dix neuf jeunes filles sont décédées durant l’incendie, dix huit autres n’auraient pas survécu à leurs blessures lors de leur séjour dans les hôpitaux de la capitale. À l’heure actuelle, plus de quarante adolescentes sont toujours hospi-talisées pour des brûlures aux deuxième et troisième degrés et seulement dix-huit des trente sept jeunes filles décès ont pu être identifiées.

Le procureur, Abner Paredes, chargé de la défense de la jeunesse pour l’institution gouvernementale « PDH », avait supposé qu’une des adolescentes enfermées aurait déclenché le feu en embrasant un matelas grâce à des allumettes qu’elle aurait eu en sa possession. L’information vient juste d’être confirmée.

Mais aussi sordide que soit cette histoire, ce n’est pas malheureusement pas la pire qui ait pris place entre les murs du « Hogar Seguro ».

Privation de nourriture, séquestration, humiliations, sévices…

En effet, le foyer « Hogar Seguro », dont la capacité d’accueil est d’environ 400 per-sonnes et qui héberge déjà plus de 800 mineurs a été durant l’année passée au coeur de mul-tiples procès. L’ancien directeur, Miguel Angel Menera, avait été destitué de ses fonctions en Novembre 2016 suite à de nombreuses plaintes déposées par des parents. Privation de nour-riture, séquestration, humiliations, sévices corporels et violences sexuelles…
Le constat est accablant.

Raquel Hoper, mère d’un garçon de 12 ans, raconte que son fils ne voulait plus resté dans le centre car les éducateurs mangeaient la nourriture des enfants et qu’on leur servait à la place du pain pourri. Plusieurs adolescentes témoignent avoir été enfermées nues dans les couloirs, attachées à leur lits et violées par leur gardien. Quand aux parents ils dénoncent l’impossibilité de voir leurs enfants et de communiquer avec eux hors des rendez-vous télé-phoniques surveillés par les gardiens. Cependant, selon la députée Amilcar Pop, seulement 3 des 64 caméras de vidéosurveillance étaient en fonction. Il semblerait les 61 autres aient été désactivées volontairement.

Après les disparitions successives de plusieurs dizaines de mineurs placés sous la res-ponsable du foyer, Mareny Merida, secrétaire au Secrétariat d’Etat du Bien-être Social, sus-pecte que les enfants sont utilisés dans différents réseaux de prostitutions enfantines et dans le crime organisé du narcotrafic. Le procureur de la PDH dénonce lui aussi la possibilité d’un réseau d’exploitation sexuelle. Une enquête sur les employés du centre est lancée en 2016 et est actuellement encore en cours.

Ces soupçons sont appuyés par le témoignage de plusieurs parents dont les enfants ont été retirés du centre avant l’incendie. Une jeune fille de 16 ans, en fort état de choc post-traumatique, témoigne qu’une fois “un homme avec un fort accent étasunien est entré dans le centre, accompagné d’un gardien, pour me violer.”. Cette même jeune fille raconte avoir vu une enfant se faire violemment battre par les gardiens jusqu’à avoir les côtes cassées et à vomir du sang.

Le foyer, aujourd’hui

En décembre 2016, c’est l’Etat du Guatemala qui était condamné pour non-respect des droits humains au vu des conditions d’accueil du centre, dont il a la responsabilité, par le juge de la protection de l’enfance et de l’adolescence de la zone métropolitaine. Durant ce procès est découverte l’existence d’une salle sobrement appelé “el gallinero” (Le poulailler), équivalent d’une salle de torture où les mineurs étaient enfermés et violentés. À la suite du procès, la restructuration puis la fermeture progressive du centre sont ordonnées. Mais cette mesure ne sera pas appliquée.

À ce jour, 10 mars 2017, les parents réunis devant le centre se plaignent de n’avoir aucune information et attendent toujours des explications et des nouvelles de leurs enfants. A part l’identité des 18 premières victimes, aucune information ne leur a été diffusée.

Des doutes sont émis par les parents concernant la réaction des secours et la non-évacuation des adolescentes. En effet, un jeune garçon de 16 ans, rescapé de l’incendie, té-moigne entre deux sanglots “on connaissait les filles qui étaient enfermées, on a voulu aller les aider mais ils nous en ont empêché… on voulait les faire sortir mais les policiers nous ont bloqué l’entrée”.

Hier soir, un rassemblement devant le “Palais National” a eu lieu à l’appel des institu-tions de défenses des droits humains et de collectifs autonomes pour se recueillir, “être la voix de celles qui n’en ont plus” et exiger justice. Malgré les accusations à l’encontre du gouverne-ment, Jimmy Morales, le président du Guatemala a déclaré dans un discours annonçant 3 jours de deuil national, que ce fut un “terrible accident” dont toute la société est responsable.

D’autres manifestations sont prévue en fin de semaine pour exiger l’ouverture d’une réelle enquête concernant les accusations d’exploitation sexuelle et de maltraitance du foyer, et pour dénoncer la responsabilité de tous les corps d’Etat impliqués dans cette affaire.